Inquiétude, colère, détermination

Ce matin, Manuel Valls a annoncé qu'il allait à nouveau utiliser le 49-3. Jusqu'au bout, ce gouvernement aura décidé de nous ignorer, nous mépriser, nous brutaliser, répondant à une injonction du Medef de ne rien lâcher sur l'article 2.

Ce matin, le gouvernement s'est décidé à utiliser à nouveau le 49-3, passant en force contre sa majorité parlementaire, contre le pays. Toutes les sorties de crises, des plus timorées proposées par des députés socialistes à celles réclamées par les syndicalistes auront été écartées d'un revers de la main.

Ce matin, je suis inquiète, en colère et déterminée.

Inquiète de voir le décalage entre la force que nous avons soulevée ensemble tout au long de ces 5 mois de mobilisations et l'incapacité des responsables politiques de comprendre ce qui se passait. La rupture entre nous et eux est tellement profonde qu'elle emporte avec elle toute la classe politique. D'un tel déni démocratique ne peut sortir que du mauvais. Un gouvernement qui brutalise, méprise un mouvement social soutenu par 70% de la population renforce la défiance, le desespoir et le sentiment que notre voix, notre vote, ne sert au fond pas à grand chose. Un an avant une élection présidentielle, accentuer la rupture entre les citoyennes et citoyens et le monde politique comme ils le font aujourd'hui est irresponsable, dangereux. Et donc inquiétant.

Je suis en colère ensuite. Contre moi-même. Car si Manuel Valls est Premier ministre, c'est en partie de ma faute. En 2012, j'ai voté Francois Hollande. Pas dans un enthousiasme débordant certes mais convaincue qu'il était le meilleur moyen à ma disposition pour améliorer mes conditions de vie et celles des millions de citoyennes et citoyens qui se lèvent le matin pour aller au boulot, en chercher un, s'occuper de leurs enfants, vivre. Je n'attendais pas grand chose, j'ai quand même été déçue. 

Je suis déterminée enfin. Nous n'allons pas nous laisser faire. Nous nous sommes révélés des centaines de milliers au cours de ces 5 mois de mobilisations. Pétitions, vidéos, manifestations, nuits debout, grèves, interpellations... Nous avons utilisé tous les moyens à notre disposition pour nous faire entendre. Cela n'a pas suffit ? Nous en construirons d'autres. Ils ont réussi, avec ce projet de loi, à créer un lien entre nous toutes et tous. Ouvriers, employé.e.s, cadres, chômeurs et chômeuses, étudiant.e.s. Notre point commun, c'est le travail et les conditions dans lesquelles nous l'exerçons, nous en cherchons un ou nous nous formons pour en trouver un. Ce lien qu'ils ont malgré eux réactivé, nous allons le maintenir, le renforcer. 

Cette classe politique est défaillante. Nous n'allons pas la laisser nous diriger à sa guise, guidée par les intérêts de quelques puissants. Nous allons nous organiser. Et la renverser. Ne laissons pas retomber cette énergie incroyable que nous avons soulevée. Ne nous laissons pas abattre. Écrivons une autre histoire, la notre. 


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