Atterrissage ce matin à Santigao du Chili. A peu près en même temps, commençait à Paris la manifestation contre les violences faites aux femmes auquelle a participé Osez le féminisme ! Je suis les cortèges sur Facebook et Twitter. Apparemment, il y a du monde place de la Bastille.
Première étape, poser ses affaires à l'hôtel. Le mien se situe juste à côté d'une des universités publiques du pays, l'université du Chili. Comme toutes les autres, elle est occupée par les étudiants depuis plusieurs mois. Ils exigent des moyens pour l'éducation, un accès pour tous à l'enseignement supérieur et de meilleures conditions d'étude. Leur mouvement, au fil des mois, a largement dépassé les seules revendications étudiantes pour mettre en accusation tous les restes - ils sont nombreux - de l'ère Pinochet.
Miguel, qui est venu me chercher à l'aéroport me raconte que ce mouvement est la meilleure chose qui soit arrivé à son pays. "Les étudiants posent des questions que nous aurions du nous poser il y a 20 ans : éducation, santé, droits des femmes...". Pour lui, ce qui se passe est extraordinaire et il espère que ce mouvement social d'une ampleur sans précédent débouchera sur des réformes et une réelle alternance politique. Au Chili, la droite "dure" comme dit Miguel a repris le pouvoir après des années de gouvernement d'union entre le centre-gauche et la démocratie chrétienne.
>> Retrouvez sur Facebook les photos de la mobilisation étudiante <<
Dans l'avion, j'ai lu la tribune écrite par Camila Vallejo dans Le Monde Diplomatique : "Quand le mythe néolibéral chilien vacille". Je regrette de ne pas avoir pu aller au meeting organisé par l'UNEF à Paris il y a quelques semaines en présence des leaders étudiants chiliens (voir les photos sur leur site). L'amie franco-chilienne qui a monté leur venue à Paris me dit que si l'on pose la question à Camila, elle dira qu'elle n'est pas féministe. Au Chili, le mot "féminisme" est très associé aux associations de femmes institutionnelles, d'une autre génération que la sienne. Les jeunes femmes ne s'y retrouvent pas forcément. C'est étrange, ça me rappelle des débats que nous avions il y a 2 ou 3 ans lors de la création d'Osez le féminisme. "Je ne suis pas féministe mais..."
La composition et l'état du mouvement des femmes aux Chili feront l'objet d'un prochain billet.Je me rends compte en découvrant le mouvement féministe ici qu'il est confronté aux mêmes questions que nous : rapport au pouvoir, rapport au politique, transmission...
Demain, à 15h, à la Plaza Italia, RDV pour une manifestation pacifiste pour défendre le droit à l'éducation. Je m'y rends en compagnie du responsable du Monde Diplomatique au Chili. J'espère bien pouvoir interviewer un ou une étudiante sur place. Ensuite, j'interviens au Salon du Livre de Santiago. Le thème : "Les jeunes féministes". Tout un programme.
Lundi, grâce à Maïté Albagly, je rencontre la Secrétaire générale de l'Observatoire de l'Equité. L'occasion de lui poser toutes les questions qui me viennent à l'esprit. Dans la foulée, café avec des étudiants mobilisés pour parler féminisme.