Ceci n'est pas un jeu, nous demandons à être entendues

75000 personnes ont signé une pétition demandant à Emmanuel Macron un plan d'urgence contre les violences. Le gouvernement explique que les mesures proposées sont déjà prévues. C'est faux. Ceci n'est pas un jeu.

En 48 heures, plus de 75 000 personnes ont signé la pétition demandant à Emmanuel Macron un plan d’urgence contre les violences sexuelles. Plusieurs propositions concrètes et faciles à mettre en place ont été faites au chef de l’Etat.

Pas de réponse pour l’instant du côté de l’Elysée. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat en charge de l’égalité femmes – hommes, a déclaré sur LCI et sur RMC que la plupart des mesures demandées était déjà prévues. Fermez le ban. Tout va bien.

Ce n'est pas sérieux. Cette pétition n'est pas un jeu. Nous demandons à être entendues.

Aucune de nos 5 propositions n'est aujourd'hui prévue à l'agenda et financée. Nous attendons un calendrier précis de mise en oeuvre et un budget dédié à la hauteur de l'enjeu. Nous réitérons notre demande d'être reçues par le Président de la République pour travailler à la réalisation de ce plan d'urgence.

Nous sommes engagées depuis des années contre les violences sexuelles et nous avons lancé cette pétition pour qu'elles cessent. C'est possible. Pour cela, nous avons besoin que le Président et l’ensemble des ministres se mobilisent pour impulser un changement radical et durable dans l’ensemble de la société.

Ce n'est aujourd'hui pas le cas. Reprenons nos 5 propositions :

1. Doublez immédiatement les subventions des associations qui accueillent les femmes au téléphone ou physiquement et doublez le nombre de places d’accueil pour les femmes victimes.

Pas fait. Les associations croulent sous les demandes. Elles n’ont pas assez de personnels pour répondre. Les numéros d’appels dédiés aux femmes ne sont même pas ouverts 24h/24h.

2. Organisez dès 2018, de manière systématique et obligatoire, une formation de tous les professionnel.le.s en contact avec des femmes victimes : enseignant.e.s, magistrat.e.s, policier.e.s, gendarmes, professionnel.le. s de santé, notamment de la santé au travail.

Pas appliqué. La loi pour l’égalité réelle d’août 2014 prévoit l’intégration dans la formation initiale et continue des professionnel.le.s des questions de violences contre les femmes. Ces formations sont aujourd’hui organisée dans quelques structures ou quelques collectivités, souvent sur la base du volontariat. Elle prennent souvent la forme d’une sensibilisation ou d’une intervention d’une ou deux heures.

Nous avons besoin d’une formation systématique. Pour apprendre aux policiers et gendarmes à accueillir les plaintes. Pour apprendre aux magistrats à qualifier les violences et à entendre la parole des femmes victimes. Pour apprendre aux soignant.e.s à poser systématiquement la question aux femmes pour pouvoir détecter et prendre en charge.

3. Créez au collège un brevet de la non-violence sur le modèle du brevet de la sécurité routière, obligatoire dès la rentrée prochaine.

Pas prévu. Le dispositif de la sécurité routière comprend deux moments obligatoires pour tous les élèves : un en cinquième (ASSR 1) et un en troisième (ASSR 2). Il n’est à ce jour pas prévu d’organiser la même chose sur les violences sexuelles.

La seule prise de parole du Ministre de l’éducation nationale récemment sur la thématique a été pour dire son désaccord avec l’écriture inclusive, qui vise à rendre visible dans notre langage la moitié de l’humanité.

4. Rendez obligatoire la formation des salarié.e.s et managers à la prévention du harcèlement sexuel au travail, instaurez une négociation obligatoire en entreprise sur ce sujet et protégez l’emploi des femmes victimes.

Pas appliqué ou pas fait. L’article L1153-5 du code du travail prévoit que « l'employeur prend toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les agissements de harcèlement sexuel ». Le nombre d’entreprises ayant organisé une formation obligatoire de l’ensemble des salarié.e.s et managers sur le sujet se compte sur les doigts d’une main. Une directive européenne sur le harcèlement sexuel qui exige des états membres des sanctions "effectives et dissuasives" pour les employeurs qui ne respectent pas leurs obligations. Ces sanctions sont très rares. Il n’y a pas de négociation en entreprise sur le harcèlement sexuel. Les femmes victimes qui osent porter plainte perdent souvent leur emploi.

5. Lancez une campagne nationale de prévention équivalente à celles que nous avons connues sur la sécurité routière, campagne que vous pourriez venir présenter au JT d’une grande chaîne pour affirmer, en tant que chef de l’État, que les violences n’ont plus leur place dans notre pays.

Pas fait. Les campagnes de communication de la Sécurité routière coutent entre 7 et 10 millions d’euros par an. Nous avons besoin d’une campagne du même niveau. Le secrétariat d’état a lancé une campagne de communication sur internet. Les vidéos de la campagne, diffusées sur Dailymotion, avaient été vues, 10 jours après leur lancement, par... 3900 personnes.

Le Président de la République n’a pas annoncé sa présence au Journal télévisé pour rappeler que les violences sexuelles n’étaient pas tolérables.

Le projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, prévu pour l'an prochain et initié par la Secrétaire d'État, qui doit notamment porter sur l'allongement des délais de prescription et l'encadrement du consentement des mineurs en cas de viol et d'agression sexuelle sera un outil indispensable.

Il n'est pas suffisamment. Nous avons besoin de mesures immédiates qui ne dépendent pas d’une nouvelle loi (formation, éducation, communication...).

Monsieur le Président, répondez à notre appel. Recevez-nous à l’Elysée pour travailler à un plan d’urgence immédiat contre les violences sexuelles.

Caroline De Haas, Giulia Foïs, Marie Cervetti et Clara Gonzales

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