Je serai à la manifestation dimanche contre l'islamophobie

Et j'ai demandé qu'on retire mon nom de la liste des signataires de l'appel « Marche du 10 novembre à Paris: nous dirons STOP à l’islamophobie ».

Je serai à la marche contre l'islamophobie dimanche parce que j’ai peur.  J’ai peur pour les femmes qui portent le voile et qui sont victimes de violences chaque jour. Insultes, discriminations, violences physiques, menaces : les témoignages des femmes sont glaçants. Je marcherai dimanche pour dire mon soutien, pour dire que chaque femme a le droit fondamental de vivre en sécurité, quelle que soit sa religion, son âge, son orientation sexuelle ou son apparence physique. J’ai peur pour les musulmans qui sont victimes de violences dans la rue, dans les médias, dans leur travail. Un homme a ouvert le feu sur des musulmans à Bayonne fin octobre. Et on a l’impression que cet attentat est déjà oublié.

Je serai à la marche dimanche parce que je suis en colère. En colère de voir des responsables politiques alimenter la haine, le rejet et les discriminations. La parole publique n’est pas neutre. Elle a des conséquences concrètes sur la vie des gens. Aujourd’hui, les conséquences de la parole publique sont des violences. Qui visent principalement les femmes musulmanes.

Je serai à la marche dimanche parce que je me sens impuissante. J’ai l’impression de voir physiquement mon pays devenir plus raciste chaque jour sans pouvoir stopper le processus. Participer à un rassemblement des forces de gauche autour d’un mot d’ordre commun est pour moi façon d’agir.

J’ai demandé qu’on retire mon nom de la liste des signataires. Parce qu’il y a dans cette listes des personnes qui ont tenu des propos d’une violence sidérante à l’encontre des femmes. Et que je ne veux pas voir mon nom à côté du leur.

Parce qu’entendre un monsieur justifier le viol me fait penser au viol que j’ai subi. Savoir que ce monsieur est à côté de moi sur un appel me fait penser au viol que j’ai subi. Et que je n’ai pas envie.

Ils ont changé d’avis depuis ? J’en suis ravie. Je n’ai toujours pas envie de signer un texte avec eux.

Chercher parmi des dizaines de signataires deux noms, publier leurs propos datant d’il y a 10 ans est une manœuvre qui vise à déconsidérer la lutte contre l’islamophobie ? C’est vrai. Je n’ai toujours pas envie de signer ce texte avec eux

Je ne suis pas dupe, je vois celles et ceux qui commentent, se frottent les mains et qu'on entend jamais contre le racisme voire qui parfois l'alimentent. Qui vont monter au créneau d'un air réjoui pour dénoncer des propos inadmissibles tenus par deux signataires de l'appel à la marche. Et qui n'auront pas eu un mot pour dénoncer les propos racistes ou misogynes qu'on entend quotidiennement dans les principaux médias.

Le niveau de racisme est tel dans la société que c’est un débat secondaire de savoir si untel a appelé au viol ou pas ? Je ne pense pas. Et je n’ai toujours pas envie de signer un texte avec eux. Je pense que c’est une erreur stratégique de se dire que parce que la cause est valable, on est prêt à franchir des lignes rouge. Pour la cause. Ce n’est pas efficace.

Je manifesterai dimanche. Avec des amies féministes. Contre les violences racistes et islamophobes. Je continuerai à penser que pour en finir avec le racisme, il faut aussi en finir avec le sexisme et les violences sexuelles. Comme je continue à penser qu’on n’en finira pas avec les violences sexuelles sans penser aussi la fin des violences racistes, homophobes, transphobes ou liées au handicap.

A dimanche, j’espère !

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