La claque.

Lorsque lundi 6 juillet, Alexis Kohler a annoncé la composition du gouvernement, j’ai perdu mon souffle. Un instant. Comme si je venais de me prendre une gifle. Une claque soudaine, brutale.

Une claque en tant que victime de viol. Une claque en tant que féministe. Une claque en tant que femme.

Par ce remaniement, le Président de la République nous confirme ce que nous savions déjà . Lorsqu’il a déclaré il y a 3 ans que l’égalité femmes – hommes et la lutte contre les violences étaient la grande cause du quinquennat, ce n’était au fond qu’une vaste fumisterie. Une opération de communication visant à donner l’illusion que la France s’engageait contre les violences à un moment de mobilisation internationale.

La réalité, c’est qu’Emmanuel Macron et son entourage n’en n’ont absolument rien à cirer des droits des femmes, de l’égalité ou de la lutte contre les violences. Ils s’en foutent. Complètement.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’un Président de la République n’est pas féministe. Son désintérêt aurait pu rester poli et neutre. Son désintérêt est devenu militant et agressif. Cela faisait longtemps qu’un gouvernement n’avait pas été aussi ouvertement anti-féministe.

En nommant à la tête de l’institution censée recueillir les plaintes des femmes victimes, Gérald Darmanin, visé par une enquête pour un crime sexuel, Emmanuel Macron dit aux femmes de se taire. En nommant à la tête de l’institution censée juger les violences sexuelles Eric Dupond-Moretti, qui considère que les femmes « regrettent de ne plus être sifflées dans la rue », le Président nous dit que notre parole ne sera pas prise au sérieux.

© carolinedehaas

Le prochain ou la prochaine qui nous dira "Allez porter plainte !", je lui répondrai : "Mais comment ?"

Comment allons-nous porter plainte alors que le ministre de l’Intérieur est lui-même visé par une plainte pour viol ? Comment allons-nous porter plainte alors que le ministre de la Justice méprise ouvertement les femmes victimes ? Comment penser que nous allons nous sentir en sécurité dans un pays dirigé par des hommes qui banalisent les violences et dévalorisent celles qui luttent au quotidien pour accompagner les victimes ?

Depuis des années, les militantes féministes agissent pour que la parole des victimes soit entendue. Par nos mobilisations, nos marches, nos campagnes, nous avons fait de la question des violences un sujet politique de premier plan.

Le Président de la République vient de nous envoyer un message. Il aurait difficilement pu être plus clair. Femmes victimes de violences : on vous vous méprise. Féministes : votre avis ne nous intéresse pas. Femmes : taisez-vous.

Depuis #MeToo, en matière de lutte contre les violences sexuelles, la France a toujours un wagon de retard. Là, elle vient de laisser passer tout le train.

Nous étions dans la rue aujourd'hui. Nous y serons demain. Nous ne laisserons pas refermer la chape de plomb.

Caroline De Haas, militante féministe, #NousToutes

 

 

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