Chili : le travail de mémoire

Ce matin, avec Yvette Roudy et Julia Kristeva, Michèle Sarde, Nicole Renault et Maïté Albagly, nous avons visité la Villa Grimaldi, ancien lieu de torture sous la dictature de Pinochet, aujourd'hui centre de mémoire. 4500 personnes ont transité par ce centre entre 1974 et 1978. Contrairement à d'autres lieux, la Villa Grimaldi n'a jamais été reconnue officiellement comme un centre de détention. Il n'existait pas. Les personnes qui y étaient détenues n'étaient pas considrées comme des prisonniers politiques mais comme des "disparus". Personne, ni eux, ni leurs proches, ne savaient où ils étaient enfermées. On y torturait les prisonniers pour leur extorquer des informations. En règle général, ils ne restaient pas longtemps sur place et étaient ensuite envoyés dans des camps de travail puis libérés. Laisser sortir les prisionniers participait d'une stratégie de terreur, mise en place par l'Etat. L'objectif était alors de faire peur, aux prisionniers comme à leurs familles.

Lors de l'avénement de la démocratie, des projets de vente de ce terrain ont vu le jour. Une bonne partie de la société civile s'est alors mobilisée pour faire de la Villa Grimaldi un lieu de mémoire.

La visite est très émouvante : nous sommes accompagnées de Margarita Romero, directrice de la Villa Grimaldi et de femmes qui ont été torturées ici. Elles nous racontent leur vie quotidienne dans le centre, la façon dont elles étaient traitées. Elles nous expliquent qu'elle étaient alors doublement punies : parce que militantes politiques engagées contre la dictature mais également parce que femmes. Lors des séances de torture, les insultes les visaient en tant que mères, essayant de les culpabiliser d'avoir "abandonner" leurs enfants. Les sévices étaient souvent d'ordre sexuels, les transformant en objets disponibles pour leurs tortionnaires.

Nous passons devant le mur des noms, où sont inscrits ceux des 226 militantes et militants passés par la Villa Grimaldi et tués sous la dictature. Un peu plus loin, un jardin de roses a été installé en mémoire des 191 femmes mortes sous la dictature de Pinochet.

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Le Mur des Noms

Je suis particulièrement touchée par la présence dans la délégation française de Maïté Albagly, qui a été Secrétaire Générale du Planning Familial en France. Militante chilienne dans les années 70, elle a été enfermée et torture dans un des nombreux lieux de détention de la dictature Pinochet. Elle est très émue par la visite. Et nous avec.

L'équipe réunie autour de Margarita Romero a réussi à faire de la Villa Grimaldi un lieu fort de mémoire. Leur site internet permet d'en savoir plus.

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