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Billet de blog 10 janv. 2018

Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s’inquiéter

À chaque fois que les droits des femmes progressent, que les consciences s'éveillent, les résistances apparaissent. En général, elles prennent la forme d’un « c’est vrai certes, mais… ». Avec plusieurs militantes féministes, nous répondons à la tribune du Monde.

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Cette tribune a été initiée par des militantes du Groupe F, groupe d'actions contre les violences.

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Ce 9 janvier, nous avons eu droit à un « #Metoo, c’était bien, mais… ». Pas vraiment de nouveauté dans les arguments employés. On retrouve ces derniers dans le texte publié dans Le Monde comme au boulot autour de la machine à café ou dans les repas de famille. Cette tribune, c’est un peu le collègue gênant ou l’oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer.

« On risquerait d’aller trop loin ». Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès. L’excès, nous sommes en plein dedans. C’est celui du monde dans lequel nous vivons. En France, chaque jour, des centaines de milliers de femmes sont victimes de harcèlement. Des dizaines de milliers d’agressions sexuelles. Et des centaines de viols. Chaque jour. La caricature, elle est là.

« On peut plus rien dire ». Comme si le fait que notre société tolérait - un peu - moins qu’avant les propos sexistes comme les propos racistes ou homophobes était un problème. « Mince, c’était franchement mieux quand on pouvait traiter les femmes de salopes tranquilles, hein ? ». Non. C’était moins bien. Le langage a une influence sur les comportements humains : accepter des insultes envers les femmes, c’est de fait autoriser les violences. La maîtrise de notre langage est le signe que notre société progresse.

« C’est du puritanisme ». Faire passer les féministes pour des coincées, voire des mal-baisées : l’originalité des signataires de la tribune est... déconcertante. Les violences pèsent sur les femmes. Toutes. Elles pèsent sur nos esprits, nos corps, nos plaisirs et sur nos sexualités. Comment imaginer un seul instant une société libérée, dans laquelle les femmes disposent librement et pleinement de leur corps et de leurs sexualités, lorsque plus d’une sur deux déclare avoir déjà subi des violences sexuelles ? (1)

« On peut plus draguer ». Les signataires de la tribune mélangent délibérément un rapport de séduction, basé sur le respect et le plaisir, avec une violence. Tout mélanger, c’est bien pratique. Cela permet de tout mettre dans le même sac. Au fond, si le harcèlement ou l’agression sont de “la drague lourde”, c’est que c’est pas si grave. Les signataires se trompent. Ce n’est pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement mais une différence de nature. Les violences ne sont pas de la “séduction augmentée”. D’un côté, on considère l’autre comme son égal.e, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres souhaits ni de son consentement.

« C’est de la responsabilité des femmes ». Les signataires de la tribune parlent de l’éducation à donner aux petites filles pour qu’elles ne se laissent pas intimider. Les femmes sont donc désignées comme responsables de ne pas être agressées. Quand est-ce qu’on posera la question de la responsabilité des hommes de ne pas violer ou agresser ?

Les femmes sont des êtres humains. Comme les autres. Nous avons droit au respect. Nous avons le droit fondamental de ne pas être insultées, sifflées, agressées, violées. Nous avons le droit fondamental de vivre nos vies en sécurité. En France, aux Etats-Unis, au Sénégal, en Thaïlande ou au Brésil : ce n’est aujourd’hui pas le cas. Nulle part.

Les signataires sont pour la plupart des récidivistes en matière de défense de pédocriminels ou d’apologie du viol. Elles utilisent une nouvelle fois leur visibilité médiatique pour banaliser les violences sexuelles. Elles méprisent de fait les millions de femmes qui subissent ou ont subi ces violences.

Beaucoup d’entre elles sont souvent promptes à dénoncer le sexisme quand il émane des hommes des quartiers populaires. Mais la main au cul, quand elle est exercée par des hommes de leur milieu, relève selon elles du « droit d’importuner ». Cette drôle d’ambivalence permettra d’apprécier leur attachement au féminisme dont elles se réclament.

Avec ce texte, elles essayent de refermer la chape de plomb que nous avons commencé à soulever. Elles n’y arriveront pas. Nous sommes des victimes de violences. Nous n’avons pas honte. Nous sommes debout. Fortes. Enthousiastes. Déterminées. Nous allons en finir avec les violences sexistes et sexuelles.

Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement - trop lentement - mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde.

(1) Sondage Le Figaro du 19 octobre 2017

Signataires

Cette tribune a été initiée par des militantes du Groupe F, groupe d'actions contre les violences.


Adama Bah, militante afrofeministe et antiraciste
Marie-Noëlle Bas, présidente des Chiennes de garde
Lauren Bastide, journaliste
Cynthia Benites, militante féministe
Fatima Benomar, co-porte-parole des effronté.es
Anaïs Bourdet, fondatrice de Paye ta Shnek,militante féministe
Sophie Busson, militante féministe
Marie Cervetti, directrice du FIT et militante féministe
Pauline Chabbert, militante féministe
Madeline Da Silva, militante féministe
Caroline De Haas, militante féministe
Basma Fadhloun, militante féministe
Giulia Foïs, journaliste
Clara Gonzales, militante féministe
Leila H. de Check tes privilèges
Clémence Helfter, militante féministe et syndicale
Carole Henrion, militante féministe
Mathilde Julié Viot, militante féministe
Anne-Charlotte Jelty, militante féministe
Andréa Lecat, militante féministe
Claire Ludwig, chargée de communication et militante féministe
Maeril, illustratrice et militante féministe
Chloé Marty, assistante sociale et féministe
Angela Muller, militante féministe
Selma Muzet Herrström, militante féministe
Michel Paques, militant féministe
Ndella Paye, militante afrofeministe et antiraciste
Chloé Ponce-Voiron, militante féministe, metteuse en scène, réalisatrice et et comédienne
Claire Poursin, co-présidente des effronté.es
Sophie Rambert, militante féministe
Noémie Renard, animatrice du site Antisexisme.net et militante féministe
Sabine Reynosa, militante féministe et syndicale
Rose de Saint-Jean, militante féministe
Laure Salmona, co-fondatrice du collectif Féministes contre le cyberharcèlement 
et militante féministe
Muriel Salmona, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie et militante féministe
Nicole Stefan, militante féministe
Mélanie Suhas, militante féministe
Monique Taureau, militante féministe
Clémentine Vagne, militante féministe
L’Association En Avant Toute(s)
L’Association Stop Harcèlement De Rue
La Brigade Antisexiste

Et aussi :

Nathalie Dépret, journaliste

Léna Younes, militante féministe

Mischa Haider, militante féministe trans

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