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Billet de blog 10 févr. 2019

Les excuses et les «excuses» #LigueduLol

Depuis quelques jours, de nombreuses femmes et des hommes victimes de harcèlement par un groupe Facebook d'hommes journalistes parisiens (la "Ligue du LOL") parlent, racontent, dénoncent. Et, près de 10 ans après les faits, des excuses arrivent. Parfois plutôt des "excuses".

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Dans les formations de professionnel.le.s sur les violences conjugales, on donne un truc pour détecter les conjoints violents. C’est leur façon de s’excuser.

#LigueduLol

Dans un rapport d’égalité, de respect, quand on fait une faute, petite ou grosse, on demande pardon. Point. Sans chercher d’explications ou d’excuses. Dans un rapport de domination, il y a toujours un « mais » ou une virgule après les excuses. « Je suis désolé mais », « j’ai pas été cool, c’est parce que... »

La stratégie est simple : faire reposer sur d’autres (la victime, son boulot, sa famille, ...) la responsabilité du problème. On appelle ça l’inversion de la culpabilité. Dans nos formations, on propose aux professionnel.le.s de noter lors des prochains RDV la façon dont monsieur s’excuse quand il parle mal à madame. Le « mais » ou la virgule sont des signaux pour détecter les violences au sein du couple.

Dans les excuses ou les « excuses » publiées depuis hier par les hommes ayant participé à la #LigueDuLol, on voit les deux. Les excuses avec un point à la fin et les « excuses » avec plein de circonvolutions autour.

Ce n’est pas facile de demander pardon. C’est reconnaître qu’on a merdé, qu’on a fait du mal, qu’on a été violent. Ça renvoie une image de soi dégueulasse, qu’on a du mal à accepter. C’est la seule solution pour reconstruire une vie sans violence.

On ne naît pas violent. On le devient. On peut donc ne plus l’être. On peut changer. La première étape est de reconnaître les faits, de demander pardon et de mettre en place des actions pour que les violences ne recommencent jamais.

Est-ce que cela suffit pour les victimes ? Parfois oui, parfois non. Il faut aussi accepter que pour certaines victimes, le pardon n’est pas possible. C’est leur droit. C’est douloureux ? Faites avec.

Le procès #Baupin, les témoignages des victimes de la #LigueDuLol montrent la puissance - encore aujourd’hui - de #MeToo. Nous ne regardons plus les violences de la même manière. Le degré de compréhension du machisme et de sa violence intrinsèque est monté de plusieurs crans.

Cette accélération n’a pas permis d’en finir avec les violences machistes. La banalisation, la méconnaissance des faits, le déni, la tentative de trouver des excuses ailleurs sont encore fréquentes. Très fréquentes.

Les rédactions ne sont pas des espaces protégés. Au contraire. Le sentiment de savoir, d’être des gens biens (puisque exerçant un noble métier), renforce parfois au plus haut sommet de la hiérarchie, l’impunité.

Comment s’en sortir ? En parlant. De manière visible ou anonyme. En faisant appel à une association ou un syndicat. En menant des enquêtes. Les solutions existent. Parler, c’est aussi découvrir l’ampleur des violences.

Cette semaine, j’ai vu deux femmes parler d’un mec harceleur. La première avait été agressée 12 ans auparavant. L’autre l’année passée. La parole a été la première étape vers l’action. Pour que cesse l’impunité (ici d’un haut fonctionnaire)

Plein de courage et de force aux victimes de la #LigueDuLol, celles et ceux qui ont parlé et les autres. Je vois la douleur que c’est de suivre vos témoignages de l’extérieur, je suppose de très loin la violence de ce que vous vivez ces jours-ci. Soutien.

Caroline De Haas

© carolinedehaas

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