Qu’attendez-vous pour nous répondre Monsieur le Président ? #1femmesur2

Dimanche dernier, nous avons lancé un appel au Président de la République pour lui demander de déclencher un plan d’urgence contre les violences sexuelles. Depuis, plus de 120 000 personnes l’ont signé. Et… Rien. Rien du tout. Pas une réponse. Pas une réaction.

3 millions de femmes en France ont déjà subi – ou subissent encore – du harcèlement sexuel au travail. Chaque jour en France, 1500 femmes sont victimes d’agressions sexuelles et plus de 200 femmes sont violées, dans 90% des cas par une personne de leur entourage. Chaque année, plus de 100 femmes sont tuées sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon.

Nous parlons de violences massives. Qui pèsent à la fois sur les victimes mais au-delà, sur l’ensemble des femmes qui adaptent leurs comportements et leurs ambitions à cause de cette culture des violences sexuelles dans laquelle nous baignons.

Nous avons lancé un appel au Président de la République dimanche dernier. Depuis, plus de 120 000 personnes l’ont signé.

Et… Rien. Rien du tout. Pas une réponse. Pas une réaction.

Comme si ce que vivent au quotidien les femmes dans ce pays, les sifflements, les moqueries, les remarques sur leur physique, leurs habits, les insultes, les agressions, les viols, les coups, n’avait au fond, pas vraiment d’importance.

Je suis sidérée.

Suite à l’apparition sur les réseaux sociaux des hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo, je m’étais dit que les choses allaient profondément changer côté politiques publiques. Que plus personne, chef de l’Etat inclus, ne pourrait faire comme si les violences sexuelles étaient un sujet parmi d’autres, qu’on traite deux fois par an, lors des journées mondiales.

Que l’Etat, les collectivités, les acteurs sociaux allaient enfin prendre conscience de l’ampleur de la crise et allait mettre sur la table les moyens conséquents.

J’avais imaginé que le Président de la République allait organiser une conférence de presse spéciale, retransmise en direct sur l’ensemble des chaînes de télé, en présence de l’ensemble des ministres, pour déclarer que notre pays allait en finir avec les violences.

A la suite de cette conférence de presse, sous la responsabilité de la ministre des droits des femmes (qui serait redevenue ministre de plein exercice), l’ensemble des ministères auraient mis en place un plan interne de lutte contre les violences sexuelles dans leur administration et auraient réuni les services pour mener des actions ambitieuses dans leur secteur d’activité.

Le ministre des finances aurait débloqué un fond d’urgence pour permettre à l’ensemble des ministères d’agir.

Le ministre de l’Intérieur aurait déclenché un plan d’urgence de formation de l’ensemble des policiers à l’accueil et la prise en charge des femmes victimes de violences. Sa collègue de la Justice aurait fait pareil. Elle aurait également réuni l’ensemble des magistrat.e.s du Parquet pour leur rappeler la loi et son application.  

La ministre du travail aurait organisé une réunion avec l’ensemble des partenaires sociaux pour en finir avec le harcèlement sexuel au travail : formation, négociation dans les entreprises et protection des femmes dénonçant des violences.

La ministre de la Santé aurait réuni les directeurs et directrices d’hôpitaux pour leur demander comment ils allaient agir contre les violences sexuelles (NB : l’hopital est un des lieux les plus concernés)

Le ministre en charge des associations aurait reçu les associations féministes qui accueillent les femmes victimes et aurait annoncé un doublement de leurs subventions.

La ministre de la Culture aurait réuni l’ensemble des responsables d’institutions culturelles dans son bureau pour leur demander un plan de travail immédiat.

Le ministre de l’Education nationale aurait réuni son administration pour travailler à la mise en place d’un « brevet de la non-violence » sur le modèle de celui passé au collège sur la Sécurité routière. Objectif : 100% des élèves formés au consentement et au respect.

Dans la foulée de cette mobilisation générale, les collectivités locales (certaines sont déjà très engagées), les syndicats, les associations comme les groupes de presse auraient déclenché à leur tour des plans d’actions ambitieux (moyens financiers, formation, communication, dispositifs d’écoute et de prise en charge des victimes).

Un mois après, le Président de la République serait venu parler au journal télévisé d’une grande chaîne pour faire le point et dire à nouveau la mobilisation des pouvoirs publics pour en finir avec les violences. Il aurait alors présenté la campagne nationale de prévention, la première d’une longue série, ayant vocation à percuter les esprits et faire changer les mentalités.

OK, je redescends. Cela n’est pas (encore) arrivé.

C’est compliqué ? Non.

Nous savons faire cela en France. Nous sommes des champions des politiques publiques.

Alors pourquoi ne se passe-t-il rien, ou presque ?

Pourquoi le Président a-t-il laissé la secrétaire d’Etat à l’égalité, qui dispose d’un budget ridicule, seule pour répondre à cette mobilisation sociale sans précédent ? Pourquoi n’a-t-il pas pris 1 demi-journée pour s’intéresser au sujet ?

Je ne sais pas.

Demandez-lui ! http://1femmesur2.fr/

 

 

 

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