Candidate citoyenne, féministe et écologiste aux législatives ? Parlons-en !

Des militant.e.s écologistes puis des communistes m’ont proposée d’être candidate aux législatives, à Paris, dans la 18ème circonscription de Paris, celle dans laquelle se présente (entre autres) Myriam El Khomri, à l'origine de la Loi Travail.

La première fois qu’on m’en a parlé, c’était un SMS. Le 22 septembre. Une militante écolo m’envoie « Un scénario Caroline De Haas contre El Khomri aux législatives, ça le ferait non ? Moi, je vote pour ! » Je réponds : « Euh… Pas vraiment envie d’être candidate aux législatives ! :-) »

Le SMS du 22 septembre (avec la faute originale) Le SMS du 22 septembre (avec la faute originale)

L’échange me sort de la tête. Engagée dans une aventure professionnelle qui me passionne, je me dis que je ne pourrais pas tout mener de front. En octobre, la même semaine, 3 journalistes différents m’appellent pour me demander de « confirmer une rumeur selon laquelle vous seriez candidate aux législatives à Paris ». Au premier coup de fil, je rigole. Au deuxième, je m’étonne. Au troisième, je me dis que quelqu’un a pensé que je pouvais être candidate mais a oublié de m’en parler. Surprise et amusée, je finis par me poser sérieusement la question.

J’en parle à l’occasion avec des ami.e.s, des proches, des responsables politiques, des militant.e.s syndicaux ou associatifs. La plupart m’encouragent. « Caroline, t’es bien sympa, mais si tu veux changer les choses, il va falloir t’y coller toi aussi ». « Tu veux des politiques sincères et intègres ? Vas-y, présente toi. On veillera à ce que tu partes pas en sucette ». « Le 49-3 nous a bien montré qu’on manquait de gens de gauche courageux à l’Assemblée ».

Il est certain que les urgences ne manquent pas. Il suffit de regarder ces dernières semaines : Cédric Herrou a été condamné à 3000€ d'amende avec sursis pour avoir aidé des réfugiés qui fuyaient la guerre, un pic de pollution a abimé (un peu plus) nos bronches dans tout le nord de la France, un accident a eu lieu dans une centrale nucléaire, un jeune a été violé par un policier. Il y a donc de multiples raisons d'être mobilisée, en colère et déterminée dans un monde qui a les moyens de nourrir, soigner, éduquer, protéger tout le monde mais ne le fait pas.

Cette idée de candidature est notamment portée par des militants écologistes du 18ème arrondissement. En décembre, je les rencontre, on discute. En janvier, j'échange également avec les communistes qui se disent intéressés à l'idée d'une candidature unitaire qui donne une chance de victoire à une politique de gauche combative et entre en résonance avec le mouvement social contre la loi travail.

Je parle aux un.e.s et aux autres de ce qui me fait hésiter. Le fait, si on gagne l’élection, d’arrêter de travailler dans mon entreprise pendant 5 ans, la peur de devenir comme ces responsables politiques qui me sortent par les yeux, complètement déconnectée. La peur de (me) décevoir. Le stress de ne pas réussir à gérer entre les enfants, la famille et le mandat.

Je leur dis aussi ce qui me stimule dans cette aventure. La perspective d'être utile, de réussir, en portant à l'Assemblée nationale la voix de celles et ceux qu'on n'entend pas, en faisant bouger les rapports de forces. Le plaisir de faire campagne, de rencontrer du monde, de confronter nos convictions au vote des électeurs et électrices. La conviction que l’engagement politique reste le meilleur outil à notre disposition pour changer les mentalités et la réalité. L’espoir, si je suis élue, de réussir à faire avancer, par la loi et l’engagement politique, des thèmes qui me prennent aux tripes. Il y en a plein : la concentration des richesses, l’égalité femmes - hommes, la lutte contre le racisme ou les libertés publiques. Il y a aussi la lutte contre les violences à l’encontre des enfants (2 enfants meurent chaque jour des coups de leurs parents, oui c’est lunaire) 

Les militant.e.s me confirment que cette candidature est pour eux une opportunité de faire exister nos thématiques dans la campagne. Environnement, travail, égalité, démocratie : nous voulons parler de nos vies, de nos réalités.  Cette campagne, c’est aussi l’occasion d’amener de nouvelles personnes à l’engagement citoyen. Dans la période (c’est encore plus vrai depuis le #FillonGate), c’est dur de donner envie de s’engager en politique. L’idée d’avoir une députée citoyenne, féministe, écologiste, de gauche à l’Assemblée Nationale, c’est la possibilité d’envisager de faire avancer la loi sur des thèmes qui nous tiennent à cœur comme la réduction du temps de travail, l’augmentation du SMIC, de lutter contre l’influence des lobbys en matière d’environnement, de faire avancer, dans la pratique, la transparence des responsables politiques. Une députée de gauche, convaincue, c’est aussi la possibilité de résister si le gouvernement propose de réduire le remboursement des soins ou de limiter l’accès à l’école pour les enfants migrant.e.s (oui, ça fait partie des propositions de la droite et de l’extrême-droite). 

C’est aussi la possibilité de faire de la campagne puis du mandat un laboratoire démocratique, un laboratoire d’action politique. Par exemple, comme me l’a suggéré un ancien militant de Nouvelle Donne, un créant une « circo citoyenne », composée de 20 à 30 membres, qui a pour rôle, pendant les 5 ans, de contrôle le travail de la députée, son respect des engagements et son utilisation de l’argent public. 

Les contours de la 18ème circonscription de Paris Les contours de la 18ème circonscription de Paris

La 18ème circonscription couvre la partie centrale du 18ème arrondissement (Porte Montmartre, Clignancourt, Jules Joffrin, Montmartre, Pigalle) ainsi que le quartier Anvers-Trudaine dans le nord du 9ème arrondissement. D’un bout à l’autre de la circonscription, ce sont des mondes complètements différents. Des quartiers (très) favorisés, d’autres populaires, très populaires d’autres encore dans lesquels l’action publique et les protections sont bien en deçà du droit commun.

Les dynamiques locales sont nombreuses. Le 18ème arrondissement foisonne d'entrepreneurs et d'entrepreneuses innovant.e.s et d’associations, bien plus qu’ailleurs dans Paris. L’arrondissement accueille la Maison des associations la plus dynamique de la capitale et concentre la dynamique la plus forte en matière de création d’entreprises. Le 18ème est en pointe dans les secteurs les plus innovants de l’entrepreneuriat tels que l’économie culturelle, l’économie circulaire, l’économie sociale et solidaire ou encore les nouveaux modèles d’alimentation alternatifs à la grande distribution. C’est ici que sont nées des initiatives emblématiques : le Mila pour la culture, La Louve pour la nouvelle alimentation, Carton Plein pour l’économie circulaire ou encore la végétalisation avec le premier programme local de verdissement de l’espace public. C'est ici que l’association Zero Waste France (zéro déchets) a son siège. Une députée pourrait s’appuyer sur ces expériences réussies pour faire si nécessaire changer la loi ou diffuser des bonnes idées.  

Avec les militant.e.s écolo, les féministes et les syndicalistes, nous sommes tombés d’accord sur deux éléments : d’abord, cette candidature n’a de sens que si elle permet de rassembler les forces progressistes, écologistes, de gauche de l’arrondissement. De créer une dynamique avec toutes celles et ceux qui portent un projet radical de transformation de notre société. Les écologistes sont moteurs. Le Parti communiste soutient dans la perspective de construire une candidature unitaire. J’en discute aussi à La France Insoumise, qui ne veut plutôt pas (pour l’instant) soutenir de candidatures en dehors du mouvement. On garde le contact.☺

Au delà de la circonscription, des échanges ont lieu avec François Ruffin, candidat en Picardie ou Charlotte Marchandise, candidate aux Présidentielles, qui tente de créer un « archipel citoyen » rassemblant les député.e.s citoyen.ne.s. 

Le rassemblement donc. Ensuite, on se dit qu'on veut construire une aventure différente. Qui met en pratique la volonté de rénover, transformer, chambouler la façon de faire de la politique. Cela signifie qu’on ne décidera pas tous seuls de lancer la campagne. On va le faire avec d’autres. Avec les habitantes et habitants.

On décide donc… de ne pas décider. Ma candidature est une proposition. On va, avant de lancer la campagne, voir si les habitant.e.s sont réceptifs ou s’ils n’en n’ont rien à cirer. Et on se décidera après.

On commence par créer un sondage, accessible sur nos téléphones et on va dans la rue, parler de la candidature directement avec les habitant.e.s.  Simplon, Marcadet, Jules Joffrin, Clignancourt, Abbesses, Barbès… On va partout. Dans les échanges avec les habitant.e.s du 18ème, on entend parler des galères de logement, du froid, des difficultés que rencontrent les enfants à l'école ou les plus grands pour poursuivre leurs études. On nous parle du niveau de salaire insuffisant pour vivre sereinement. On nous parle aussi d'espoir, celui de voir des nouvelles têtes, sincères, prendre en main la politique et ne pas la laisser aux malhonnêtes. 

Presque chaque sondage déclenche des échanges. On rencontre des personnes motivées pour participer à la campagne. On se dit qu’il faut réunir toutes ces personnes pour échanger, croiser les expériences, les aspirations et les attentes. Nous voulons créer un événement permettant d’ouvrir la participation le plus largement possible.

Nous décidons donc d’organiser une rencontre publique et participative pour discuter de l’idée de cette candidature. On l’explique dans une vidéo dans laquelle nous invitons toutes celles et ceux que cette démarche intéresse à nous rejoindre. 

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Cette réunion aura lieu mardi 28 février, à 19h30, à l'Atelier Montmartre, 6 rue Burcq, Paris 18e (Métro Abbesses). On parlera de la candidature. On réfléchira ensemble à ce qu'on a envie (ou pas) d'en faire. Comment une députée dans la 18ème circo peut être un outil d'innovation démocratique et sociale. On parlera des lois qu'on proposera à l'Assemblée si on est élu.e.s. Et on discutera aussi des outils qu'on construit pour contrôler le travail de la députée, son utilisation des fonds publics et son respect des engagements de campagne (ça sera le moment créativité de la soirée).  

Cette réunion sera une première étape. L’idée est d’inventer ensemble une nouvelle façon de pratiquer la chose politique, pendant la campagne et ensuite, à l’Assemblée. 

Ca vous intéresse ? Inscriptions ici : http://la18citoyenne.fr

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