Violences au sein du couple: le bracelet électronique, la solution miracle?

On entend beaucoup parler du bracelet électronique ces dernières semaines. Nicole Belloubet, ministre de la justice, en a fait un axe majeur de sa communication sur les violences. Et Aurélien Pradié, député, a fait voter une loi pour l'étendre. Explications. Et critiques.

Le bracelet électronique, ou bracelet anti-rapprochement est un dispositif qui peut être imposé à des hommes condamnés pour violences au sein du couple afin qu’ils ne puissent plus approcher la victime. Cette surveillance électronique, qui sert souvent d’alternative à une peine de prison, a été introduite en France en 1996. Pour y être éligible, la personne condamnée doit disposer d’un logement.

En France, autour de 11000 personnes sont placées sous surveillance électronique ; En juillet 2018, un reportage de La Croix montrait les limites du dispositif qui peinait à se généraliser
https://www.la-croix.com/France/Securite/Le-bracelet-electronique-panne-2018-07-30-1200958576

Est-ce que cet outil est efficace en matière de violences au sein du couple ? Pour les personnes concernées, oui. En Espagne, où il a été généralisé, les résultats sont probants.
https://positivr.fr/espagne-bracelets-electroniques-contre-feminicides/

Mais… le bracelet électronique ne concerne que les hommes condamnés. 1150 individus ont un bracelet aujourd’hui en Espagne. Si on arrivait en France à le généraliser au même niveau, cela signifierait donc que 0,6% des femmes victimes de violences conjugales pourraient être protégées par ce dispositif. 0,6%.

Plusieurs personnes disent : « eh bien, mettons un bracelet à des hommes violents qui ne sont pas condamnés ». Hum. Priver de liberté quelqu’un est une mesure très grave. Elle ne peut être prise indépendamment d’une décision de justice. Imaginez un jour un parti réactionnaire arrive au pouvoir. Et on a ouvert la possibilité de limiter la liberté de quelqu’un en dehors de toute décision de justice. Vous voyez l’horreur ?

Aurelien Pradié a trouvé une autre solution : demander aux hommes qui ne sont pas condamnés s’ils sont volontaires pour porter le bracelet. S’ils sont d’accord pour de leur plein gré être placés sous surveillance. Comment dire. LOL (non, c’est pas drôle).

Le bracelet électronique est donc une bonne mesure… pour 0,6% des femmes victimes de violences au sein du couple. La question que pose #NousToutes à Nicole Belloubet c’est : qu’est-ce qu’on fait pour les 99,4% d’autres ?

Cet été, de nombreux médias ont embrayé sur les interview de la garde des Sceaux : beaucoup de JT ont présenté le bracelet comme « LA » mesure qui allait permettre d’en finir avec les féminicides. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas neutre que la communication du Gouvernement soit centrée sur ce dispositif. La politique de prévention des violences ne peut tourner principalement autour du bracelet électronique. Il permettra de protéger des femmes, c’est fondamental. Il ne permettra pas de faire reculer de manière massive les violences sexistes et sexuelles en France.

Nous avons besoin d’une politique beaucoup – beaucoup – plus ambitieuse. Prévention dès l’école, formation obligatoire des policier.e.s, médecin, magistrat.e.s, travailleuses et travailleurs sociaux, campagnes de prévention toute l’année, …

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