Renforcer la lutte contre le système prostitueur

Maud Olivier, députée de l'Essonne, a rendu aujourd'hui un rapport parlementaire sur la lutte contre système prostitueur, contenant 40 recommandations. Ce rapport, écrit après une année d'auditions, de rencontres et de déplacements, vient compléter le travail mené en 2010 par les députés Danielle Bousquet et Guy Geoffroy et replace le débat autour de la prostitution dans son contexte historique et international.

Depuis 1960, la France est l'un des pays signataire de la Convention des Nations unies pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, convention qui engage les pays à lutter de manière efficace contre l'exploitation des être humains.

La position abolitionniste de la France s'appuie sur le fait que la prostitution constitue une violence, physique, économique, sexiste. Cette violence s'exerce en grande majorité sur des femmes, la plupart du temps victimes de la traite.

Pourtant, les politiques publiques menées depuis cette date n'ont pas réellement permis de faire reculer la traite et la prostitution. Pour sortir de l'hyprocrisie actuelle et mettre notre droit en cohérence avec nos engagements internationaux, le rapport propose de construire une nouvelle politique publique permettant d'envisager une lutte efficace contre le système prostitueur. Cette nouvelle politique publique s'articulerait autour de 4 axes définis par Maud Olivier : la lutte contre les réseaux, l'accompagnement global des personnes en situation de prostitution, le renforcement de l'éducation à la sexualité et la responsabilisation des clients par la pénalisation d'achats d'actes sexuels.

Les féministes le disent depuis de nombreuses années : tant que l'Etat permet, de manière légale ou tolère, en refusant de s'intéresser à la problématique, qu'on puisse acheter des services sexuels, il envoie un message clair à l'ensemble de la société. Ce message, c'est que la libération sexuelle et l'égalité des sexes ne sont pas pour tout de suite. Une société qui se donne comme horizon l'abolition du système prostitueur, c'est une société qui dit : l'égalité est possible, les rapports sociaux inégaux entre femmes et hommes peuvent donner lieu à des rapports égaux, basés sur le consentement et le désir.

Ce rapport est une occasion à saisir pour le gouvernement. Il permet d'envisager la mise en oeuvre une politique publique cohérente, ambitieuse et soucieuse de l'intérêt des personnes en situation de prostitution. 

On attend donc maintenant la proposition de loi qui devrait rapidement déboucher de ce rapport et être soumise au vote du Parlement. A suivre !

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