#balancetonporc, vous entendez ce silence?

Billet écrit le 17 octobre, à 20h, avec Anna Melin après une semaine de mobilisation contre les violences sexuelles. On s'est dit qu'une parole manquait. Celle de nos organisations politiques.

Depuis quelques jours, dans la foulée de l’enquête qui visait Harvey Weinstein publiée le 10 octobre, plusieurs hashtags ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux. A travers #BalancetonPorc (lancé par @LettreAudio) ou #MeToo (par @Alyssa_Milano), on a assisté à une irruption sur la toile des violences quotidiennes que subissent des millions de femmes à travers le monde.

Là, vous vous dites : « des millions, ça y est, elles exagèrent ».
Même pas. Selon l’ONU, 1 femme sur 3 subira des violences au cours de sa vie. 1 sur 3. Les violences sexistes et sexuelles sont massives. Elles existent dans nos maisons, nos bureaux, nos transports en commun, nos rues. Partout. Tout le temps. Ces prises de paroles nombreuses et courageuses disent plein de choses de notre société : l’ampleur des violences bien sûr, la diversité des agresseurs, leur coût social et financier, notre incapacité à entendre les victimes, les carences aberrantes de notre système de prise en charge et de notre réponse pénale. Bref. Nous parlons depuis 6 jours d’un fait politique majeur qui nous concerne toutes et tous.

Et pourtant… Il y a de grands silencieux dans ce débat.
Et notamment les partis politiques. Comment, alors qu’ils sont si prompts à réagir sur chaque actualité, ont-ils pu rater ça ? Maintenant, vous vous dites  « Mais non, ils en parlent, ne soyez pas parano ».
Allons donc faire un tour…
D’abord, sur le site du mouvement qui se présente comme la principale force d’opposition au gouvernement, la France Insoumise. 12 articles publiés depuis le 11 octobre. Pas un sur les violences sexuelles.
Sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, un article « La semaine perplexe », publié lundi 16 octobre. Pas un mot. Perplexité oblige… Son fil twitter est totalement silencieux aussi sur ce sujet.

Lorsqu’on regarde les fils twitter des députés les plus médiatisés du mouvement, pas un mot non plus (Ruffin, Corbière, Quatennens…). C’est comme si le sujet n’existait pas. Même dans leurs commentaires de l’interview de Macron (où le harcèlement sexuel a été rapidement abordé), rien. La seule qui aborde le sujet dans l’entourage de la France Insoumise, c’est Clémentine Autain, membre du mouvement Ensemble. Militante féministe, engagée de longue date contre les violences, elle est bien seule.

[MISE A JOUR] Suite à la publication de ce billet, Danielle Simonnet, co-responsable du Parti de gauche, a réagi sur Twitter, expliquant que ce texte que vous lisez était du à l'aigreur d'une de ses auteures. Plusieurs femmes de la France Insoumise ou du PG ont en effet réagi, souvent suite à l’interview de Macron (NB : la mobilisation était là avant). Ce que nous trouvons révélateur, c’est que ni le fil Twitter de leurs organisations, ni celui du principal porte parole n’ait publié de message spécifique. La France Insoumise, comme le PG, ont, comme dans tous les mouvements politiques, des harceleurs et agresseurs dans leurs rangs. Ne pas saisir l’opportunité de cette mobilisation hallucinante en ampleur pour en parler, c'est triste. Certes, #BalanceTonPorc dérange, bouscule, interpelle et ce n'est pas très agréable pour une organisation. Réduire ça à de l’aigreur d'une militante féministe, c'est dommage.

C’est d’ailleurs la même chose sur le site du Parti Socialiste (ou ce qu’il en reste), rien non plus. Fil Twitter idem. Nada. Benoît Hamon, ancien candidat à la Présidentielle est bouche cousue aussi.. Comme son mouvement, le M1717.

Ils sont quelques-uns à être intervenus : Pierre Laurent a pris la parole. Mouvements féministes, le NPA et EELV ont repris le hashtag et publié des articles sur le sujet. C’est dommage (sic) que les mouvements ou personnalités les plus importantes à gauche n’aient pas jugé bon de parler.

Que se passe-t- il ? Ces organisations et responsables politiques ont-ils conscience de l’ampleur du problème ? Si oui, est-ce qu’ils s’en fichent ? Ou – hypothèse - est-ce qu’ils sont mal à l’aise parce que comptent en leur sein des responsables ou militants qui se reconnaissent dans les #BalanceTonPorc ?

Au bout de 7 jours, ce silence est en tout cas inquiétant sur leur capacité à nous défendre, à nous représenter et tout simplement à lutter à nos côtés. On attendrait de ces responsables et organisations qu’ils assument n’avoir pas assez fait jusqu’à présent et proposent des mesures pour en finir avec les violences machistes. Dans la société comme dans leurs rangs.

Caroline De Haas et Anna Melin, militantes féministes

 

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