Agression sexuelle au Figaro: circulez, y a rien à voir !

Après le témoignage d'une salariée, agressée sexuellement au journal, la direction du Figaro a réagi en ne faisant… rien. Le niveau de bullshit et de mensonges dans leurs justifications est stratosphérique.

Dans une enquête publiée il y a un mois, le journal Libération rapportait plusieurs témoignages de harcèlement sexuel et deux d’agression sexuelle au sein de la rédaction du Figaro. Cette enquête fait échos au sondage #EntenduALaRédac lancé par #NousToutes, Prenons la Une et Paye Ton Journal dans laquelle plusieurs victimes de violences sexistes et sexuelles au Figaro avaient témoigné.

Jeudi 18 avril, Libération révèle dans un nouvel article que depuis leur enquête, une des victimes est allée voir les RH pour témoigner de l’agression sexuelle qu’elle avait subie. En nommant l’agresseur. Et devinez quoi ? Rien.

Ce papier publié par Libération est assez révélateur de la façon dont certaines rédactions (ici Le Figaro) ne sont ni volontaires ni outillées pour traiter les cas de harcèlement ou d'agression. La direction du journal raconte à peut près n'importe quoi dans l'article.

Le directeur des rédactions, Alexis Brezt affirme n’être « au courant de rien ». Depuis plusieurs semaines, au moins deux enquêtes rapportent des témoignages sur les violences sexuelles dans son journal et il n’est « au courant de rien » ? C’est une plaisanterie ? Il assume également « n’avoir ouvert aucune enquête ». Le directeur des rédactions de Le Figaro assume donc publiquement… d’enfreindre la loi. En effet, comme l’a rappelé la Cour de Cassation en 2011, si des faits de type harcèlement ou agression remontent à des RH ou à une direction, l’entreprise doit ouvrir une enquête. C’est obligatoire.

Mon passage préféré (sic) de l’article, c’est quand le direction des rédactions (toujours Alexis Brezet) dit : « On a pris l’affaire tout à fait au sérieux. On a nommé une référente. J’ai dit que ma porte était ouverte. On a fait tout ce qu’on pouvait faire de ce point de vue là. »
Les bras m’en tombent.

Mais de qui se moque-t-il ? Faire tout ce que qu'ils pouvaient, cela aurait consisté à déclencher en urgence un plan d’action contre le sexisme et le harcèlement dès les révélations de #EntenduALaRédac et de Libération.

Comment fait-on pour en finir avec les violences sexistes et sexuelles dans sa rédaction ?
1. Vous lancez un sondage interne pour mesurer la réalité des violences
2. Vous formez tout le monde, de manière obligatoire, en quelques mois
3. Vous ouvrez une cellule d’écoute, interne ou externe, pour recueillir la parole
4. Vous établissez une procédure interne de traitement des cas, procédure diffusée à l’ensemble des salarié.e.s
5. A chaque signalement de harcèlement ou d’agression, vous lancez une enquête.
6. Si les faits sont établis, vous sanctionnez
7. Vous accompagnez les équipes à reconstruire une ambiance sereine de travail.

C’est impossible ? Faux. Des rédactions l’ont déjà fait (je raconte ici en détail les actions possibles).
« On a fait tout ce qu’on pouvait faire de ce point de vue là. » Je m’en remets pas d’un tel niveau d’hypocrisie.

Plus bas dans l’article de Libération, autre perle. Les RH ont dit à la victime que la direction ne pouvait pas convoquer l'homme mis en cause, ou faire d’enquête, parce que c’était un témoignage anonyme. C’est un mensonge.

L’anonymat n’a pas besoin d’être levé au moment du lancement de l’enquête. Il doit être levé à l’issue de l’enquête pour que la personne mise en cause puisse se défendre des faits qui lui sont reprochés. Et des mesures de protection des victimes existent.

La conclusion de l’article de Libération vaut son pesant de cacahuètes. La direction du Figaro a déclaré qu’elle prenait le sujet «très au sérieux» Sincèrement, arrêtez de nous prendre pour des imbéciles. Chère direction du Figaro, on ne vous demande pas de devenir des grands défenseurs de l’égalité. On vous demande juste de protéger les salarié.e.s et de respecter le code du travail.

Caroline De Haas

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