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Billet de blog 18 oct. 2019

361 millions d'euros «supplémentaires» contre les violences ? Non, pas vraiment

Marlène Schiappa a annoncé débloquer 361 millions d’euros « supplémentaires » en 2020 contre les violences sexistes et sexuelles. Je suis allée regarder en détail.

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Dans un document transmis aux journalistes cette semaine, Marlène Schiappa présente le détail de ces 361,5 millions d’euros « supplémentaires » mobilisés contre les violences.

Je suis allée regarder, pour chacune des lignes, si elle correspondait à des dépenses supplémentaires par rapport à 2019 (ou pas). Chaque n° de programme correspond à un budget. Le détail de chaque budget peut être retrouvé sur le site du ministère des finances.

Prenons les programmes dans l’ordre. Le programme 137, celui qui correspond au budget du Secrétariat d’Etat. Il ne bouge pas d’un iota. Toutes les mesures prévues existent déjà en 2019 (et l’année d’avant). Aucune nouvelle dépense sur ce budget en faveur de la lutte contre les violences.

Concernant le programme 129, qui concerne la communication gouvernementale, Marlène Schiappa indique 2 millions pour 2020 (elle précise qu’il s’agit d’une estimation). Cette dépense n’est pas nouvelle. En fait, elle baisse. En 2018, le gouvernement avait lancé une campagne de communication de 4 millions d’euros.

Sur le programme 124, qui concerne le coût des personnels qui travaillent sur l’égalité et les violences,  le budget est en baisse. On passe de 179 agent.e.s à 161 (voir ici).

Oui, il n’y a que 161 personnes dans qui travaillent au service des droits des femmes du gouvernement français. Moins de personnels = automatiquement moins de temps consacré à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les régions comme au niveau national.

Le programme 177, sur l’hébergement, est … intéressant (sic). La ministre prévoit de passer de 77,3 millions (estimés en 2019) à 90 millions. Problème : les 77,3 millions de 2019 calculés en tenant compte de la création de 530 places d’hébergement. Places d’hébergement dont aucune structure n’a vu la couleur. On pense qu’ils ont calculé les 90 millions en faisant une estimation à partir des nouvelles places annoncées en 2020 (250 places d’hébergement d’urgence et 750 places via l’allocation de logement temporaire). Si ces places sont aussi réelles que celles de 2019, ça devrait pas coûter très cher à l’État. J’ai quand même décidé de croire la ministre (oui, je suis comme ça). Et de compter que le programme 177 augmenterait bien de 12,7 millions d’euros, comme indiqué sur son document.

Sur le programme 101, qui correspond à la Justice, on trouve dans le DPT 2019 la trace des montants existants l’an dernier. On était à 7,4 millions. L’augmentation est donc de 2 millions.

Sur le programme 107, concernant les stages de responsabilisation, la ministre prévoit l’organisation de 54 stages. En 2016, il y en a eu 67. On est donc en baisse.

Le plus gros du budget est composé des programmes 152 (police) et 176 (gendarmerie). 221,6 millions d’euros. Les mesures sont détaillées ici. Elles existent depuis 1 an (plateforme en ligne) ou depuis 12 ans comme les psychologues en gendarmerie. Cette histoire de psychologues est par ailleurs juste énorme. Marlène Schiappa a déclaré que le gouvernement allait « recruter » 73 psychologues. Ils sont déjà là. Depuis 2007.

« Le ministre de l’Intérieur a lancé le recrutement de 73 psychologues ». Je vous assure que je ne m’en remets pas.

Sur le programme 216, qui concerne le Fond pour la prévention de la délinquance, on passe de 9 à 11,2 millions d’euros. + 2,2 millions d’euros. J’explique ici pourquoi compter intégralement ce budget comme « prévention contre les violences sexuelles » est malhonnête.

Récapitulons. On augmente de 12,7 millions l’hébergement (estimation), de 2,4 millions les mesures «  justice » et de 2,2 millions la prévention de la délinquance. Total : 17,3 millions d’euros de nouvelles mesures. Sur 361,5 millions.

Cela fait… 5% de nouvelles dépenses. 5%. Le gouvernement a donc décidé de reproduire quasiment à l’identique les mesures menées l’an dernier. Avec le succès que l’on connait (121 féminicides recensé à ce jour par le collectif Féminicides par compagnon ou ex)

Comment Emmanuel Macron peut-il dire qu’il fait de la lutte contre les violences une priorité s’il ne fait que reproduire les mêmes politiques avec les mêmes moyens ? Ces politiques n’ont pas suffit en 2019,  elles ne suffiront pas en 2020.

Et nous, Monsieur le Président, nous continuerons à compter. En attendant que vous vous décidiez à changer d'échelle. Et à débloquer les moyens suffisants.

Caroline De Haas, militante féministe

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Retrouvez l'analyse du budget global dédié à l'égalité ici

© carolinedehaas

RDV samedi 23 novembre, à Paris, pour une marche nationale contre les violences sexuelles. Inscrivez-vous sur http://noustoutes.org

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