Défaite. Nette.

J'ai rejoint début septembre la primaire de l'écologie pour faire la campagne de Cécile Duflot. Nous avons perdu. Au lendemain de la défaite, quelques éléments de réflexion, encore à chaud.

Hier soir, Cécile Duflot a été éliminée au premier tour de la primaire écologiste. Personne n'avait vu venir ce résultat : son équipe, les autres candidat.e.s, les militant.e.s comme les journalistes. Personne. Sauf peut-être Cécile elle-même qui la veille l'avait prédit à une journaliste (qui ne l'a pas crue). Elle connait mieux que personne sa famille politique, son rapport a la présidentielle et a la personnalisation.

 

La déception est grande. Je me suis engagée dans cette campagne avec la conviction que Cécile Duflot représentait une chance pour incarner un projet ambitieux, innovant, de rassemblement de la gauche autour de l'écologie. Je suis d'autant plus déçue que nous avons mené une campagne enthousiasmante dans laquelle nous avons réussi à convaincre des citoyennes et citoyens de s'engager en politique pour la première fois. 

La défaite est nette. Nous avons porté dans cette campagne une orientation stratégique pour 2017. Les participant.e.s à la primaire ont fait un choix politique et n'ont pas validé cette orientation proposée. Le principal débat de cette primaire à en effet porté sur la façon de penser la présidentielle pour l'écologie. En plaçant en tête du scrutin le seul candidat ayant affirmé qu'il allait perdre la présidentielle, les 12 000 participant.e.s à la primaire de l'écologie ont donc exprimé clairement leur rapport à cette élection et sans doute plus largement aux institutions. 

Quand Yannick Jadot a pris cette position à Strasbourg lors d'un débat interne puis publiquement sur BFMTV, j'ai dit à Cécile "c'est le tournant de la primaire". J'étais persuadée que dire avant un scrutin qu'on y allait pour perdre, c'était se tirer une balle dans le pied. Que partir à une élection présidentielle en expliquant aux gens qu'on y allait pas pour changer leurs vies mais pour témoigner de l'importance de l'écologie signait une défaite. Je me suis trompée. Chez les écolos, cette position est aujourd'hui majoritaire. Ce moment a donc sans doute bien été un tournant de la campagne. Pas dans le sens que j'avais prévu.

Ce débat politique n'explique sans doute pas à lui seul le résultat. Cette primaire est aussi l'illustration d'une lame de fond qui va au delà des écologistes. J'avais déjà ressenti lors des mobilisations contre la loi travail un profond rejet de la politique telle qu'elle se pense et se pratique aujourd'hui. Le fait que seulement 10 000 personnes de l'extérieur aient participé à la primaire est aussi le signe de cette désaffection à l'égard des responsables politiques. 

Vouloir ramener cette primaire à des questions de personnes, de parcours ou au passage ministériel de Cécile Duflot ne me semble pas le plus pertinent. Le résultat de ce scrutin en dit d'ailleurs à mon avis beaucoup plus long sur les écologistes et leur parti que sur Cécile Duflot elle-même.

J'ai ressenti à nouveau dans cette campagne (éclair) ce qui s'apparentait à de l'espoir. J'ai rencontré des personnes avec lesquelles j'ai pris un grand plaisir à débattre, échanger, militer. Nous avons travaillé ensemble à essayer de faire changer l'écologie politique de dimension. Nous avons échoué. 

En 2012, j'ai voté pour le changement. Cinq ans après, ce quinquennat laisse la gauche et le pays en lambeaux. Et nous avec. J'ai participé à des dizaines d'aventures qui ont tenté de changer la donne. En résistant ou en inventant. Nous sommes des milliers à essayer dans des mouvements citoyens, des syndicats, des organisations politiques ou tout simplement avec nos amies et amis. 

Au delà de cette primaire de l'écologie, de la présidentielle et des législatives qui vont suivre, je ne sais pas encore où et avec qui nous relèverons la tête. Ce serait bien qu'on tarde pas trop.

Caroline De Haas, militante féministe

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