Monsieur le Président...

Monsieur le Président, lors de votre récent déplacement en Suède, interrogé par des journalistes sur la questions des violences sexuelles que subissent les femmes, vous avez répondu : "Allez voir la police, saisissez la justice". Cela m'a donné envie de vous raconter des histoires, pour que vous compreniez le problème. Parce que manifestement, vous êtes complètement à côté.

Ces histoires sont des histoires vraies. Certaines m'ont été racontées par les victimes ou leur entourage. D'autres ont fait la une des journaux ou été racontées par des témoins dans des émissions ces dernières semaines. Ces histoires sont des histoires vraies. 

Elle s'appelle Marie*. Elle a une trentaine d'année. Elle a été victime d'une tentative de viol de la part d'un cadre supérieur de son administration (publique). Elle porte plainte. L'agresseur reconnaît l'avoir touchée. Mais précise "pas sur les parties sexuelles". Classement sans suite.

Elle s'appelle Layla. Elle a moins de 18 ans à l'époque des faits. Elle est violée par son compagnon de l'époque qui la menace, si elle crie, d'appeler les copains qui sont dans la pièce à côté. Elle va porter plainte. Les gendarmes lui font "mimer" la scène (oui, vous avez bien lu, mimer). Puis, ils appellent ses parents (qui n'étaient pas au courant) et leur expliquent que leur fille est folle.

Elle s'appelle Caroline. Pendant plusieurs semaines, elle reçoit des menaces de mort, des menaces de viols collectif. Des vidéos mettant en scène des viols. Elle reçoit un message lui disant qu'on sait ou elle habite, qu'on va venir la planter avec ses enfants. Elle décide de porter plainte. Parce qu'elle se dit comme vous Monsieur le Président, que les auteurs "doivent être punis, pas simplement blâmés". 8 mois après, son avocat lui annonce que ses plaintes sont abandonnées. Parce que les auteurs n'ont pas pu être retrouvés.

Il s'appelle Jean-Pierre. Il est chef d'entreprise. Lorsqu'une des salariées est victime de harcèlement sexuel de la part d'un collègue, il réagit. Il vire le collègue et va au commissariat. On lui répond "Monsieur, franchement, si elle a pas été violée, on peut pas faire grand chose".

Elle s'appelle Sophia. Elle a été victime pendant plusieurs mois de harcèlement sexuel au travail. Lorsqu'elle franchit le seuil de la gendarmerie, on lui rétorque : "mais enfin, Madame, ce ne sont que des mots".

Elle s'appelle Corinne. Elle a été violée par un inconnu dans la rue. Lorsqu'elle l'a décrit, elle a fait du mieux qu'elle pouvait. Ils ont d'ailleurs réussi à retrouver le criminel, qu'elle a identifié. La justice a trouvé que la description n'était pas assez précise et qu'on était pas vraiment sûr. Acquittement.

Elle s'appelle Sabrine. Elle a été victime d'une agression sexuelle. Lors de son audition, l'enquêteur lui a demandé comment elle était habillée ce jour là.

Elle s'appelle Monique. Elle est victime de violence conjugale. Elle va au commissariat pour porter plainte. On lui explique qu'il vaudrait mieux qu'elle revienne sans son sac, en pantoufles et robe de chambre. Parce que là, il y aurait urgence et qu'ils pourraient traiter son cas.

Elle s'appelle Noélie. Elle a été violée par son père. Mais comme ils n'ont pas pu prouver qu'il y avait "menace, contrainte, violence ou surprise" comme le prévoit la loi, le violeur n'a pas été condamné.

Elle s'appelle Fatma. Elle est travailleuse sociale. Lorsqu'elle a demandé un placement pour une enfant de 3 ans victime de violences, le juge lui a rétorqué qu'il n'était pas là pour séparer des familles.

Elle s'appelle Hiromi. Elle est victime de violences conjugales. L'hôpital lui signe une incapacité totale de travail (ITT) de 45 jours (!!). Le procureur classe sans suite "par défaut de témoins".

Elle s'appelait Noémie. Elle a porté plainte en septembre pour violences de la part de son compagnon. Ce dernier n'avait plus le droit de l'approcher. Il l'a pourtant tuée mi-novembre.

Des histoires comme celles-là, nous en connaissons des dizaines. Il en existe des centaines de milliers.

Vous voyez le problème Monsieur le Président ?

Alors arrêtez de nous dire d'aller voir la police et de saisir la justice. Dites plutôt à la police et à la justice de faire leur travail (et donnez leur les moyens pour cela).

Caroline De Haas, militante féministe

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Dans une pétition lancée début novembre, et signée par près de 130 000 personnes, nous demandons la formation obligatoire et systématique, dès 2018, de l'ensemble des professionnel.le.s, notamment des services de police, gendarmerie et justice. Signez ici : http://change.org/1femmesur2

*Certains noms et lieux ont été modifiés.

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