#NousToutes, et si c'était possible?

Plusieurs militantes et associations féministes préparent pour le 24 novembre une marche pour en finir avec les violences sexistes et sexuelles. Et cela fait débat. Tant mieux ! J'exprime ici un avis personnel, qui n'engage que moi.

#NousToutes, c’est un espoir. Celui de voir le 24 novembre une manifestation inédite et massive contre les violences sexistes et sexuelles.

#Noustoutes - Devenez volontaire © Nous Toutes

Nous sommes des millions à subir le sexisme, les insultes, le harcèlement, les agressions ou les viols. #MeToo l’a d'ailleurs magistralement montré : nous ne sommes pas seules. Partout, à la surface de la planète, en tant que femmes, nous partageons toutes une expérience commune : celle du sexisme et des violences, à des degrés divers.

Nous allons secouer le pays pour qu’il se mette tout entier en mouvement contre ces violences que subissent en immense majorité les femmes.

Nous allons faire de #NousToutes un immense moment d’éducation populaire pour donner à chacune et chacun les outils pour détecter les violences, les faire reculer et accompagner les victimes.

Nous allons montrer que ces violences commencent dès le plus jeune âge : les enfants sont, en France comme ailleurs, très nombreux à être victimes de maltraitances et de violences sexuelles*. Ces violences sont taboues, cachées. Nous allons les rendre visibles pour les faire disparaître.

Nous allons nous retrouver, nous reconnaître, montrer qu’ensemble, nous sommes plus fortes que les violences.

Les militantes et associations féministes à l’origine de ce projet ont choisi que #NousToutes soit un mot d’ordre permettant à toutes celles et ceux qui veulent en finir avec les violences sexistes et sexuelles de se rassembler.

Choisir d’en finir avec les violences sexistes et sexuelles, c’est vouloir transformer en profondeur la société dans laquelle nous vivons pour que nous soyons débarrassées des stéréotypes sexistes dans lesquelles les violences prennent racine.

C’est vouloir créer une société dans laquelle les être humains, quel que soit leur sexe, leur couleur de peau, leur âge, leur situation de handicap, leur lieu de résidence, leur orientation sexuelle, leur genre, leur religion ou leur origine sociale soient traités à égalité, sans aucune violence.

#NousToutes, c’est aussi comprendre la façon dont les violences s’exercent dans la sphère privée, au travail ou dans la rue pour les faire disparaître. C’est penser le croisement des mécanismes de domination, notamment économiques, avec les violences.

Permettre à toutes celles et ceux qui veulent descendre dans la rue de le faire avec #NousToutes, cela implique de laisser de côté - dans le cadre de #NousToutes et seulement pour le temps de #NousToutes - des débats et des désaccords qui pourraient empêcher certaines d’entre nous de se mobiliser.

#NousToutes prend un seul parti : celui d'en finir avec les violences sexistes et sexuelles.

Nous prenons le parti des femmes qui subissent les violences au travail. Nous prenons le parti des femmes victimes de violences conjugales. Nous prenons le parti des femmes harcelées dans la rue. Nous prenons le parti des lesbiennes insultées. Nous prenons le parti des enfants frappés, maltraités, violentés, de ceux victimes d'inceste. Nous prenons le parti des femmes victimes de violences parce qu'elles ont choisi de porter un voile et de celles qui subissent les violences parce qu'elles refusent d'en porter un. Nous prenons le parti des personnes victimes de la traite des êtres humains et de l'exploitation sexuelle. Nous prenons le parti des femmes racisées victimes de violences en raison de leur sexe et de leur couleur de peau. Nous prenons le parti des personnes trans victimes de violences en raison de leur identité de genre. Nous prenons le parti des femmes victimes de violences de la part du monde médical. Nous prenons le parti de toutes les femmes qui subissent des violences parce que leur corps serait trop ceci ou pas assez cela. Nous prenons le parti des femmes migrantes qui subissent des violences sexistes, sexuelles et administratives. Nous prenons le parti des prostituées victimes de violences. Nous prenons le parti des femmes qui se voient refuser leur plainte en commissariat ou gendarmerie. Nous prenons le parti des femmes victimes de violences en raison de leur situation de handicap.

Nous prenons leur parti. Nous prenons notre parti.

 

Cette position, celle d'essayer de rassembler autour d'un mot d'ordre unique et fédérateur, fait débat. Des militantes féministes rétorquent : alors, on fait ça avec n'importe qui ?

Je ne suis pas d'accord.

Dire qu'on veut en finir avec les violences sexistes et sexuelles, c'est déjà choisir son camp. Dire que le sexisme et les inégalités alimentent les violences que subissent les femmes, c'est choisir son camp. Intégrer dans cette mobilisation les violences subies par les enfants, c'est choisir son camp. Vouloir organiser une mobilisation populaire qui n'oublie aucune femme, c'est choisir son camp. Faire en sorte de ne pas reproduire dans nos espaces de débat et de mobilisations les inégalités et l’invisibilisation des personnes discriminées, c'est choisir son camp. Décider d'organiser une marche non-violente, dans laquelle les organisations ou personnes qui s'en prennent aux féministes n'ont pas leur place, c'est choisir son camp.

Ce camp, c'est celui de toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles.

Caroline De Haas, militante féministe

 

Vous voulez rejoindre #NousToutes ? RDV sur http://noustoutes.org pour recevoir les infos !

 

* 1 français.e sur 5 a subi des maltraitances pendant son enfance. 16% de la population a subi des maltraitances sexuelles pendant son enfance.

 

 

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