Chaque 25 novembre, nous regardons, découvrons ou relayons les chiffres des violences contre les femmes. Et chaque 26 novembre, on tourne la page en attendant l’année suivante.

On tourne la page. Et restent sur le terrain les associations qui accueillent les victimes, les quelques professionnelles et professionnels qui se forment et travaillent sur le sujet. Et les femmes. Les centaines de milliers de femmes qui subissent les violences, insultes, pressions, mains aux fesses, humiliations, coups, viols, brulures, tortures, prostitutions, séquestrations, …

Chaque jour qui passe, notre société laisse des vies, des corps, des énergies, des ambitions, des familles, des enfants être abimés, cassés, ralentis. Chaque jour qui passe, notre société laisse des hommes taper, insulter, violer, harceler des femmes juste parce qu’elles sont femmes.

Comment pouvons-nous tolérer ça ?

(Là, vous vous dites : elle y va fort quand même. C’est vrai, c’est quand même pas ma faute si des femmes sont victimes de violences)

Et bien, je vais vous dire : je pense que si. 

C’est de ta faute. Et de la mienne. Et celle de ton voisin ou de ta voisine. C’est notre faute à toutes et tous. Parce qu’au final, si chaque jour qui passe, plus de 200 femmes sont violées, c’est que nous avons fermé les yeux. Si, chaque jour qui passe, plus de 200 hommes se sentent autorisés à violer, c’est que nous avons raté un truc.

Et c’est là qu’arrive le coup de fatigue. Parce qu’en réalité, nous savons exactement comment faire pour que les violences contre les femmes reculent dans notre pays.

Nous savons comment faire car nous avons déjà mené des politiques publiques qui ont réussi, en quelques années, à changer radicalement les mentalités et les comportements, nous en avons quelques unes.

Les recettes sont sur la table : priorité politique, sanctions, recrutement et formations de professionnels, sensibilisation à l’école, communication,

Trop facile ? Peut-être, mais ça marche. Un exemple parmi d’autres sur lequel nous avons fait bouger les choses : la sécurité routière. Il y a 20 ans, après un repas arrosé, si quelqu’un-e se levait avec un verre de trop dans le nez, qu’est-ce qu’on lui disait ? « Rentre bien », voire « Reprends un verre pour la route ». Et aujourd’hui ? On ne vous laisse plus toujours partir. Certes, pas partout, pas tout le temps. Mais quand même. La demande sociale de sécurité routière a radicalement changée.

Comment avons-nous fait ? Priorité politique, sanctions, recrutement et formations de professionnels, sensibilisation à l’école, communication. Des dizaines de millions d’euros ont été investis. Parce qu’on considérait (à juste titre je pense) que l’investissement en valait la peine. Parce que 20 000 morts par an sur les routes, ça valait des millions d’euros de campagnes de communication, ça valait d’emmener tous les collégiens se familiariser au code de la route, ça valait des radars, ça valait plusieurs prises de parole présidentielle dans les journaux télévisées et conférences de presse, ça valait d'organiser des formations, des sensibilisations, des stages, ... 

20 000 morts par an valaient cet investissement. Alors, je pose la question.

83 000 femmes victimes de viol par an, ça vaut combien ?

 

Caroline De Haas, militante de gauche et féministe

 

En 2011, j'avais écrit une tribune : "Les 25 novembre se suivent et se ressemblent". C'était il y a 4 ans. Elle pourrait être republiée.

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