Ce n’est que le début. #NousToutes

"On aurait besoin d'une vraie déferlante féministe en France". C'était en mai dernier, lors d'un déjeuner. "OK. Comment on fait ?" m'a rétorqué Madeline Da Silva. Six mois après, nous étions 50 000 partout en France pour dire Stop aux violences sexistes et sexuelles. Nous sommes devenues #NousToutes. Et rien de nous arrêtera.

Voici les mots que j'ai prononcés samedi 24 novembre, place de la République, à l'arrivée de la marche #NousToutes.

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Il y a quelques années une amie m’a confié qu'elle avait été victime de viol dans son enfance. Comme beaucoup d'entre vous sans doute la première fois qu'une amie, une collègue ou une sœur s’est confiée, y a un truc qui s’est retourné dans mon ventre.

Depuis ce jour, j’ai au fond de moi une colère infinie. Une colère infinie contre ces violences. Ces violences qui nous abîment, qui nous ralentissent, qui nous fatiguent, qui impactent nos vies.

Ces violences qui chaque jour, touchent des millions de femmes et d’enfants en France.

Une colère infinie face à cet immense gâchis.

Ces violences que nous subissons ne sont pas une fatalité. Si nous le décidons, ici, avec les dizaines de milliers de personnes qui ont marché aujourd’hui partout en France, avec les centaines de milliers d’autres qui aurait aimé être avec nous, si nous le décidons, nous avons le pouvoir d’en finir avec les violences masculines que subissent les femmes et les enfants dans notre pays.

Nous sommes une force immense, qui tire son énergie de nos colères comme de nos joies, de nos espoirs et de nos désaccords, de nos différences et de nos convictions. Une force immense qui tire son énergie de cette incroyable solidarité que nous avons vu aujourd’hui.

Nous avons un pouvoir infini.

Celui de poser la question : “Est-ce que quelqu’un t’a déjà fait du mal ?”. Avec ces quelques mots, nous pouvons changer la donne. Posez la questions, sans relâche.

Voici quelques phrases que d’autres, celles qui sont les rocs sur lesquels je m’appuie, m’ont transmis il y a quelques années.  Apprenez ces phrases par cœur, écrivez-les, répétez-les, en boucle.

  • Tu es courageuse.
  • Je te crois.
  • Tu n’y es pour rien.
  • C’est lui le coupable.
  • Il n’avait pas le droit.

Je le dis à toutes les femmes victimes qui nous entendent.

  • Vous êtes courageuses.
  • Nous vous croyons.
  • Vous n'y êtes pour rien.
  • C’est eux les coupables.
  • Ils n’avaient pas le droit.

Diffusez les numéros de téléphones utiles. Le 3919, le 0 800 05 95 95. Apprenez par cœur l'adresse du planning familial près de chez vous.

 

Pouvons-nous en finir avec les violences sexistes et sexuelles seules ? Non.

Nous avons besoin des politiques publiques.

J’adresse ici un message solennel au Président de la République. Monsieur le Président, nous avons besoin de vous. Nous sommes descendues partout en France pour affirmer notre détermination. Nous ne vous lâcherons pas.

Soyez le premier Président de la République à engager une politique radicale permettant d’en finir avec les violences sexistes et sexuelles.

Mettez les milliards sur la table pour garantir que chaque enfant, dans chaque école, apprenne qu’on n’insulte pas, qu’on n’humilie pas, qu’on ne tape pas.

Mettez les milliards sur la table pour que chacune et chacun des policier, gendarme, magistrat, médecin ou travailleur social sache détecter les violences et orienter les victimes.

Mettez les milliards sur la table pour qu’aucune femme ou aucun enfant victime ne reste sans réponse. Pour qu’aucune femme ne soit renvoyée chez elle après avoir fui le domicile parce qu’il n’y a pas de place. Pour qu’aucun enfant victime d’inceste reste chez lui parce qu’il n’y a plus de moyens pour l’accueillir.

Mettez les milliards sur la table pour que 100% des personnes vivant dans ce pays entendent parler des violences, se réveillent, se mobilisent, s’engagent. Pour que dans chaque repas de famille, chaque discussion à la machine à café, on n’entende plus jamais « elle l’a bien cherché » ou « t’as vu comme elle était habillée ».

 

Un immense merci à vous toutes et tous d’avoir fait de cette marche une telle réussite.

 

Je vous le dis : l’hiver ne va pas venir.

Avec #NousToutes, nous allons amener l’été. Nous allons en finir avec les violences sexistes et sexuelles.

Ayons conscience de notre force. De notre pouvoir de renverser l’ordre établi

 

Ce 24 novembre n’est que le début.

 

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