2017 commence maintenant

On peut au moins reconnaître à François Hollande que sur ce coup, il a été cohérent. Il demandait de la clarté : le nouveau gouvernement l’est, on ne peut plus ! La ligne politique choisie par l’exécutif, envers et contre le vote du 6 mai 2012, se confirme.

Ce remaniement est aussi l’incarnation de la façon dont François Hollande et Manuel Valls font de la politique : ils sont définitivement et totalement hermétiques au rapport de force, du moins quand celui-ci vient de leur gauche (ce qui laisse pourtant de la marge…). Après Delphine Batho, Cécile Duflot, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti ont exprimé tout haut ce que la plupart des militantes, militants, électeurs et électrices de gauche et au-delà, de nombreux citoyennes et citoyens pensent : François Hollande nous emmène dans le mur, celui de l’impasse économique et sociale, impasse au bout de laquelle on croise le Front National.

Cette incapacité à entendre ce que disent celles et ceux qui ont voté pour lui est déroutante lorsqu’on milite à gauche. Déroutante car elle ferme de nombreuses possibilités d’agir. Si celles et ceux qui font les lois, prennent les décisions, sont définitivement sourds aux revendications et imperméables au rapport de force, comment peser, comment changer le cours des choses ? Qu’il s’agisse des partenaires historiques de la gauche, des députés ou du mouvement social, tous en ont fait les frais. Les Verts en quittant courageusement le gouvernement, observant l’impossibilité de participer à un changement réel. Les « frondeurs » à l’Assemblée en utilisant tous les cadres politiques à leur disposition pour porter le débat dans la majorité sans réussir à faire bouger d’un iota les choix politiques du gouvernement. Les syndicats en claquant la porte de la conférence sociale sans que le Premier Ministre s’en émeuve. C’est d’ailleurs un des passages du livre de Cécile Duflot qui m’a le plus marqué : quand elle raconte qu’elle a découvert que si les ministres EELV n’étaient pas invités dans des cadres collectifs de débat, ce n’était pas par sectarisme. C’est simplement que les réunions politiques de débat n’avaient jamais lieu. Ils ont tracé une feuille de route sans tenir compte ni du vote du 6 mai, ni de la réalité sociale, ni des aspirations des citoyens, ni des alertes de toutes celles et ceux qui sont engagés dans la société.

Ce remaniement le confirme : il ne sera pas possible de réorienter les choix politiques dans les deux ans qui viennent. Cela ne nous empêchera pas de résister, de nous mobiliser, comme nous l'avons fait pendant 10 ans lorsque la droite était au pouvoir. Les batailles ne manqueront pas : le dernier document sorti de Bercy parle d'augmenter la TVA ou de déréguler le travail le dimanche.

Mais nous n'allons pas rester les bras croisés à regarder Manuel Valls auto-réaliser sa propre prophétie "la gauche peut mourir". Il faut donc trouver un autre chemin pour (re)prendre le pouvoir. Les initiatives, les livres, les tribunes à gauche qui se multiplient donnent de l’espoir. Mais elles ne suffiront pas. Nous vivons (encore) dans la 5ème République : il faudra, sans tarder, préparer la prochaine échéance présidentielle. En rassemblant autour de la table celles et ceux qui pensent qu'il n'y a pas qu'un seul chemin possible. Celles et ceux qui croient en la capacité du politique de changer la donne. Se mettre autour d'une table et trouver un moyen de présenter une candidature alternative à gauche car pour elle, 2017 commence maintenant.

 

Caroline De Haas, militante féministe

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