#NousToutes

A Paris et partout en France, nous sommes descendu.e.s par dizaines de milliers dans les rues pour dire notre colère, notre refus des violences sexistes et sexuelles.

Depuis samedi dernier, dans ma tête, tournent en boucle les images de la marche #NousToutes.

Je revois la place de l’Opéra bondée de laquelle j’ai eu du mal à m’extraire pour rejoindre la tête de la manif. Mon téléphone qui sonne à 14h04 : « c’est la Préfecture de police. La place de l’Opéra est saturée. Il faut démarrer là ». J’entends à nouveau les slogans, les cris, les chants. Je ressens à nouveau la joie, la colère, la détermination. Je revois République entièrement violette et la foule dansant. Des dizaines adolescentes démarrer en trombe pour rejoindre le camion lorsque la sono lance Aya Nakamura. Je revois le visage d’une inconnue sur le bord du cortège, qui pleurait très doucement en regardant la foule. Le sourire des copines quand Amel Bent a chanté « viser la lune » à Nation. Je revois les journalistes me dire : « C’est énorme non ? ».

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(Photo : F. Chevojon pour NousToutes)

Oui, c’est énorme. C’était énorme.

A Paris et partout en France, nous sommes descendu.e.s par dizaines de milliers dans les rues pour dire notre colère, notre refus des violences sexistes et sexuelles. Nous avons clamé, chanté, danser notre refus des oppressions. Nous avons dit notre refus du racisme, de la lesbophobie, de la transphobie, des discriminations que subissent les femmes en situation de handicap, de l’islamophobie et de l’antisémitisme. Nous avons affirmé notre exigence d’un monde dans lequel nous pourrions être pleinement libres d’aller et de venir. D’être en sécurité. D’être respectées. De respirer. De vivre comme bon nous semble.

Cette marche laissera des traces. D’abord par les mois de préparation qui ont précédé. Depuis juillet dernier, nous avons recruté des milliers d’activistes. Nous nous sommes formées. Nous avons ensemble, pendant des semaines, diffusé des flyers, animé des réunions, organisé des actions, parlé dans les médias des violences sexistes et sexuelles. Nous avons participé à faire de ce sujet un thème de discussion dans les repas de famille ou à la machine à café. Nous avons, peu à peu, fait monter le niveau de conscience. Chaque flyer diffusé, chaque discussion lancée sur le sujet, chaque argument avancé, chaque groupe WhatsApp créé a attaqué un peu l’énorme bloc de granit de l’ignorance et des violences.

Cette marche laissera des traces. J’ai vécu ce samedi 23 novembre comme un moment formidable de prise de pouvoir. A la fois individuelle et collective. Une prise de pouvoir individuelle car elle a été l’occasion d’être. D’exister. De chanter. De danser. De rire. De pleurer. D’occuper la rue. D'être entourée d’une foule bienveillante et joyeuse. Ce sentiment d'avoir pu être totalement soit même, au milieu de personnes de tous âges, de tous horizons, qui partageaient la même colère, est une ressource infinie de joie.

Une prise de pouvoir collective aussi. Nous avons fait bloc. Une masse immense de féministes affirmant leur droit fondamental à vivre sans être victimes de violences. A 20h, nous sommes rentrées dans toutes les maisons. Nous avons dit que nous allions en finir avec les violences. Nous avons dit à toutes les femmes victimes que nous étions à leur côtés. Nous avons dit à ceux qui harcèlent, agressent ou violent d’arrêter.

Les slogans, les pancartes, les chants : tout disait, derrière la volonté d’en finir avec des violences sexistes et sexuelles, le refus de l’ensemble des oppressions. Tout disait qu’on ne pouvait penser la fin des violences sexistes et sexuelles sans penser la fin de la société telle que nous la connaissons avec ses violences économiques, sociales, racistes ou politiques.

Cette marche laissera des traces. Elle a créé des dynamiques qui vont durer, perdurer. La rue respirait les rencontres, la solidarité, le courage. Il y aura des traces dans notre imaginaire collectif (« tu y étais ? ») mais au-delà dans l’imaginaire de notre pays et des mouvements féministes. En fabriquant un bout d’histoire, un morceau de la lutte des femmes pour leur émancipation, cette marche #NousToutes participe de fait à faire bouger le rapport de force.

Alors oui. Cette marche n’aura pas suffit à déclencher un plan national d’urgence contre les violences sexistes et sexuelles. Le gouvernement a d’autres priorités. Est-ce une surprise ? Pas vraiment.

Le gouvernement ne veut pas changer de cap. Nous le ferons à sa place.

Nous irons dans chaque entreprise, chaque administration, chaque université, chaque quartier, chaque coin de rue. Nous interviendrons dans chacun de nos repas de famille et chaque échange à la machine à café. Nous éduquerons nos fils. Nous protègerons nos filles. Nous interpellerons nos frères, nos pères et nos amis. Nous soutiendrons nos cousines, nos grands-mères et nos collègues.

Nous ne lâcherons rien. Aucun commissariat, aucun palais de justice, aucun article de presse. A chaque fois que vous banaliserez les violences, que vous blâmerez les victimes, que vous mettrez en doute la réalité de ce que nous vivons, à chaque fois, vous nous trouverez sur votre chemin.

Nous le disons à ceux et celles qui veulent nous faire taire : si vous humiliez l’une d’entre nous, nous serons 10 à nous lever autour d’elle. Si vous harcelez l’une d’entre nous, nous serons 100 à reprendre ses mots. Rien ne pourra nous arrêter.

Nous allons, pas à pas, faire monter le niveau de conscience de ce pays et le transformer. Nous allons, pas à pas, faire cesser les violences autour de nous. Puis autour de nos ami.e.s. Puis autour des ami.e.s de nos ami.e.s. Et ainsi de suite.

Nous sommes #NousToutes. Nous sommes un mouvement que rien ne pourra arrêter.

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