Ce n'est qu'un soubresaut. #Cesar2020

Notre colère est immense. Notre détermination l'est plus encore.

"La France a raté le coche de #MeToo" disait il y a quelques jours Adèle Haenel dans le New York Times.

La soirée de vendredi lui donne tellement raison. En récompensant le réalisateur de "J'accuse", le monde du cinéma français montre qu'il n'a pas pris conscience de l'ampleur des violences sexuelles, celles qui existent en son sein comme celles qui existent dans l'ensemble de la société. En déroulant le tapis rouge à un homme mis en cause par 12 femmes pour des faits de viol, l'Académie des César verrouille un peu plus le secret et maintient la chape de plomb.

La colère est immense. Colère de voir le cinéma français mépriser la parole des femmes. Colère de voir notre pays résister si fort au changement  qui s'annonce. Colère devant les sourires satisfaits de ceux qui protègent leur caste et avec elle, des hommes violents.

© canalplus

Notre colère est immense. Notre détermination l'est plus encore.

Je voudrais dire à toutes celles et ceux qui sont déçus et abattus par la soirée de vendredi, à toutes celles et ceux qui ont l'impression que nous reculons : "ce n'est pas vrai. Nous avançons. A toute allure."

Le monde est en train de changer radicalement sous nos yeux. Grâce aux mouvements féministes. Grâce à la parole des courageuses qui témoignent et entrainent avec elles des milliers d'autres.

C'est justement parce que le monde bouge aussi vite que les derniers soubresauts d'une époque qui se meurt nous semblent particulièrement insupportables. L'Académie des César est un soubresaut. Le signe d'un monde qui tente de résister, envers et contre tout à libération des femmes et son corollaire, la fin des violences sexuelles.

Ce monde qui résiste - très fort - sera bientôt balayé.

Parce que le mouvement créé par #MeToo et par les témoignages qui ont suivis - d'Adèle Haenel, de Vanessa Springora, de Sarah Abitbol et d'autres - est irréversible. Les énergies libérées ces dernières années sont incommensurables. Elles ont des conséquences partout. Dans toutes les familles, toutes les entreprises, tous les lycées ou les universités. Partout, des femmes relèvent la tête, se font entendre. Partout, la question des violences sexuelles que subissent les femmes et les enfants est mise à l'ordre du jour.

La culture du viol dont l'Académie des César est tellement représentative est en train de s'effriter. C'est lent ? Certes. Nous nous attaquons à des milliers d'années d'inégalités, de violences, de négation de nos droits et de nos libertés.

Ce ne sera jamais facile. Chaque jour qui passe, nous voyons des tentatives de nous faire taire, de refermer le couvercle, de protéger ce droit des hommes à disposer du corps des femmes sans jamais se poser de questions.

Je sais donc que le chemin qu'il nous reste à parcourir est long. Je suis malgré tout définitivement dans l'équipe des optimistes. Parce que je suis convaincue que les choses ne seront jamais plus comme avant. Que les nouvelles générations qui arrivent vont construire un monde dans lequel le niveau de conscience, le niveau de mobilisation et le niveau de détermination à ne rien laisser passer sera vertigineux pour nous qui avons connu l'avant #MeToo.

L'Académie des César est un soubresaut d'un vieux monde qui résiste.

Nous sommes l'avenir. Nous sommes l'espoir d'un monde dans lequel nos vies, nos corps, nos sexualités existeront. S'épanouiront. Jouiront.

Rien ne peut nous résister.

 

Caroline De Haas, militante féministe

@carolinedehaas

 

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