Valls: où l'on retrouve les «pudeurs de gazelles»

Les messages choqués des dirigeants socialistes ce mercredi matin, suite à l'interview de Manuel Valls dans lequel il annonce son ralliement à Emmanuel Macron m'ont mise mal à l'aise. J'ai essayé de comprendre pourquoi.

Lorsque les messages sont tombés hier soir sur Twitter annonçant que Manuel Valls voterait pour Emmanuel Macron, j'ai pensé "logique". Ces deux là ont gouverné ensemble, ils ont ensemble pensé et mis en oeuvre la politique de François Hollande. A part sur quelques sujets sociétaux où Emmanuel Macron est sans doute plus progressiste que l'ancien premier ministre (c'est pas très compliqué !), ils parlent tous deux du coût du travail, du poids des "charges"*, d'en finir avec les 35 heures, de supprimer des postes de fonctionnaires, ils ne sont pas favorables à la sortie du nucléaire... Bref, ils s'inscrivent tous les deux dans un modèle politique qui pense les protections collectives, la dépense publique ou la transition énergétique comme des freins plus que comme des opportunités. 

J'ai donc été assez surprise ce matin en découvrant, toujours sur Twitter, les messages choqués des dirigeant.e.s socialistes. 

D'abord, cela donne le sentiment qu'ils et elles ont vraiment cru que Manuel Valls allait soutenir un candidat proposant l'abrogation de la loi travail. Je ne pense pas qu'ils et elles soient naïfs à ce point. Depuis le début de la primaire, ses participant.e.s savaient qu'elle était bancale. Les militant.e.s de la gauche du Parti socialiste (ceux qui restent) disaient qu'ils n'arriveraient à pas à tracter pour Manuel Valls. Du côté de l'aile droite, on n'imaginait même pas perdre la primaire (et oui, avec une primaire ouverte, on peut moins facilement déterminer le résultat à l'avance que dans un congrès). 

Bref, tout le monde savait bien que les dés étaient pipés. Ils pensaient sérieusement régler dans le cadre d'une primaire un débat politique qui déchire le parti socialiste ? Parce que les électeurs et électrices ont désigné Benoît Hamon, les dirigeants du parti allaient dire, très gentiment : "bon d'accord, on s'est trompés depuis 5 ans, Benoît a raison". Non. Quelle surprise. 

Mais ce qui m'a mis le plus gênée ce matin, ce n'est pas ce sentiment d'assister à une sorte de mise en scène de l'indignation socialiste. 

Ce qui me choque le plus, c'est d'entendre des dirigeant.e.s politique monter au créneau, comme si c'était Jaurès qu'on assassinait à nouveau alors que depuis 5 ans, c'est silence radio.

Depuis qu'il est premier ministre, Manuel Valls a méthodiquement trahi les engagements de 2012. CICE, déchéance, contrôle au faciès, loi travail. Certains se sont parfois mobilisés, à l'Assemblée, pour faire bouger les lignes. En vain. La grandes majorité des dirigeant.e.s et élu.e.s socialistes n'ont rien dit. Voire ont soutenu une politique qui tournait le dos au vote de 17 millions de citoyennes et citoyens. 

Je déplore, comme beaucoup sans doute, que la parole politique soit devenu un vase creux, utilisé à tort et à travers sans en penser les conséquences. Le candidat élu en 2012 sur le discours du Bourget a tourné le dos à ses engagements pendant 5 ans. Le candidat de la droite élu sur l'honnêteté est mis en examen. Le Front national, dont les cadres expliquent que les autres sont tous pourris est mouillé jusqu'au cou dans un détournement de fonds publics. 

Je déplore que Manuel Valls en rajoute une couche et donne une piètre image de l'engagement politique. Mais si je devais choisir le plus grave dans l'intégralité de son oeuvre... ça ne serait pas son ralliement à Emmanuel Macron. 

Caroline De Haas

Militante féministe, candidate aux législatives dans la 18e circonscription de Paris

http://la18citoyenne.fr

* En tant que cheffe d'entreprise, la ligne "charge" de mon budget, c'est le loyer, l'imprimante et le café. Pas les cotisations sociales qui permettent aux salariées d'être protégées en cas de chômage, maladie ou maternité. 

 

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