Congé parental : plus c'est gros...

Problème : comment justifier les 300 millions d'économies budgétaires qui seront réalisées en rabotant le congé parental ? Réponse : en parlant d'égalité pardi ! Personne ne peut être contre l'égalité entre les femmes et les hommes* donc tout le monde devrait être d'accord avec la réforme proposée.

Problème : comment justifier les 300 millions d'économies budgétaires qui seront réalisées en rabotant le congé parental ?

Réponse : en parlant d'égalité pardi ! Personne ne peut être contre l'égalité entre les femmes et les hommes* donc tout le monde devrait être d'accord avec la réforme proposée.

Et le gouvernement a, c'est vrai, un argument : le congé parental, pris quasi-exclusivement par les mères, est une trappe à précarité qui les éloigne du marché du travail. Anne Cécle Mailfert, porte parole d'Osez le féminisme, le souligne dans un article de Rue89 : "Plus une femme s’arrête, plus c’est compliqué pour elle de reprendre le travail. Elles sont placardisées, parfois virées. Et quand elles trouvent un nouvel emploi, il est en moyenne 10% moins bien payé que leur précédent."

Donc en réduisant le congé parental, on va permettre aux femmes de trouver un boulot et de sortir de la précarité. C'est logique. C'est même carrément limpide. Circulez, y a rien à voir.

Rien à voir. A l'exception d'un détail : 5 millions de chomeurs et de chômeuses cherchent un emploi en ce moment même. Faire le pari que réduire la durée du congé parental va permettre aux femmes de trouver un travail relève donc au mieux de l'utopie au pire de la naïveté. 

Autre petit détail : il manque 500 000 places en crèche pour accueillir les enfants de moins de 3 ans (voir Pas de bébés à la consigne). 60% d'entre eux sont gardés par un membre de la famille (une femme dans la quasi-totalité des cas). Réduire la durée du congé parental sans ouvrir de places suffisantes en crèches va donc placer dans une situation intenable des milliers de familles qui n'auront pas les moyens de payer un-e assistant-e maternelle et n'auront d'autre solution que de rester à la maison pour garder leur(s) enfant(s).

Ah, et encore un micro-truc : les hommes touchent en moyenne 27% de salaire en plus. Donc (je parle des couples hétérosexuels) quand il faut décider de qui prend le congé parental, et même quand on est de super bonne volonté, on est généralement pas maso au point de renoncer au salaire le plus élevé des deux parents pour une indemnité de quelques centaines d'euros par mois.

Les pères prendront un congé parental quand : 1. il sera mieux rémunéré 2. on aura fait reculer le sexisme dans les têtes (en parlant d'égalité à l'école par exemple) 3. que dans les entreprises, s'occuper d'un enfant ne sera plus considéré comme un "truc de bonnes femmes" (ça, c'est aussi dans la tête de Valérie Pécresse) 4. il sera mieux rémunéré.

En plus, ce n'est pas comme si les bonnes idées manquaient : en 2009, les député-es socialistes, dont Manuel Valls avaient déposé une proposition de loi concernant... le congé parental ! Elles et ils proposaient un congé indemnisé à 80% du salaire brut et dans lequel 20% était réservé pour l'autre parent.  En voilà une super proposition ! Dommage que les député-es socialistes ne soient pas au pouvoir...

Caroline De Haas, militante féministe

* certes, cette phrase ne tient pas compte d'Eric Zemmour et autres bizarretés

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