Les dragueurs lourds n’existent pas. Ce sont des harceleurs

Lorsqu’on commence à parler de harcèlement sexuel, quasi systématiquement dans la conversation arrive cette remarque : « Oui mais attention, faut bien distinguer le dragueur lourd du harceleur hein ». Non.

De quoi parle-t-on ? Qu’est-ce qu’un « dragueur lourd », un « gros relou », « un forceur » ? Un dragueur lourd, c’est en général un homme qui tient des propos à connotation sexuelle, répétés, non désirés. Ces propos créent une sensation désagréable, un environnement hostile ou intimidant. C’est précisément la définition du harcèlement sexuel.

C’est l’article L1153-1 du code du travail qui le dit.

capture-d-e-cran-2019-03-30-a-08-41-50-1

 

Le droit européen va même plus loin puisqu’il vise « tout agissement à connotation sexuelle ». Un acte unique peut donc être considéré comme du harcèlement sexuel. La Chambre sociale de la Cour de Cassation l’a d’ailleurs validé en 2017 comme le rappelle souvent l’AVFT.

En fait, c’est simple : personne n’a à subir de propos à connotation sexuelle non désirés, ni au travail, ni ailleurs.

A ce moment-là de la conversation, arrive fatalement le « on peut plus draguer alors ».

Comme si la drague était en fait l’étape qui précédait le harcèlement. Comme si le harcèlement sexuel était de la drague appuyée. Non.

 Le harcèlement sexuel n’est pas de la drague "plus plus". C’est de la violence.

Il n’y a pas une différence de degré entre la drague et le harcèlement sexuel (drague > drague lourde > drague très lourde > harcèlement) mais une différence de nature (drague ≠ harcèlement).

 En général, quand je raconte ça en formation, je vois le scepticisme en face de moi. Cette idée reçue selon laquelle il y aurait une sorte de « zone grise », une espèce de flou entre la drague et le harcèlement sexuel est profondément ancrée dans les têtes.

Je pose donc dans ce cas la question : « imaginons qu’à la pause, je commence à draguer l’une ou l’un d’entre vous, en essayant de récupérer son 06 ». Si la personne est partante, nous rentrons dans une relation en adultes consentants (et cela ne vous regarde pas)

Si la personne n’est pas d’accord pour boire un verre avec moi, me donner son n° ou plus si affinités, combien de temps je vais mettre à m’en rendre compte ?

Et c’est là le moment clé. Parce que la totalité de la salle, la totalité, répond : « ben, tout de suite ». Oui. Lorsque quelqu’un n’a pas envie de coucher avec vous, vous vous en rendez compte tout de suite.

On appelle ça un râteau. Ce n'est pas agréable ? C'est vrai. Mais ça arrive. Faut faire avec. On fait un pas de côté, on s’excuse et surtout, on ne recommence pas. On respecte le souhait de la personne de ne pas avoir envie (même si ça nous rend triste).

Jamais on entendra à la machine à café : « Untel, il m’a draguée, je lui ai dis non, et ben, figure toi qu’il a respecté mon choix. Quel gros relou hein ». Jamais. Nulle part.

Donc à partir du moment où la personne n’a pas envie (et la quasi totalité des gens reconnaissent qu'on s’en rend compte tout de suite), on arrête.

Imaginons maintenant que le lendemain, je recommence à faire des propositions, des allusions, des remarques ambiguës, à la personne qui m’a mis un vent. C’est qu’en réalité, je n’en n’ai rien à faire de son consentement. Je ne la drague pas, je la harcèle.

Je ne suis pas dans une relation d’égalité, de respect, de bienveillance, de séduction. Je veux mettre l’autre mal à l’aise, affirmer un pouvoir. Je suis dans une relation basée sur la violence.

Soit vous respectez l’autre et vous êtes attentif à son désir, son consentement. Ça s’appelle de la drague. C’est autorisé (tant mieux).

Soit vous ne respectez pas le désir de l’autre, vous lui faites des remarques qui la mettent mal à l’aise. Ça s’appelle du harcèlement. C’est interdit (tant mieux aussi).

Les dragueurs lourds n’existent pas. Ce sont des harceleurs sexuels.

 

Caroline De Haas, @carolinedehaas

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.