L'intégration en France

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Cette semaine, j’ai eu ma demi-journée d’intégration en France. Depuis 2007, la politique de l'’immigration française a instauré cette nouvelle mesure afin d’intégrer les étrangers en situation régulière « dès le début » de leur arrivée en France, et d’empêcher ainsi leur « non intégration » à la société française et tous les problèmes sociaux et économiques qui peuvent en découler : chômage des immigrés, ghettoïsation des cités, etc…

 

Sauf qu’un petit détail a dû échapper aux services de l’Agence Nationale de l’Accueil des Etrangers et des Migrations : je suis résident en France depuis 2004, j’ai depuis été diplômé d’une université française et j’ai travaillé dans une banque française avant de travailler aujourd'hui pour une autre entreprise française... Autant dire mon intégration est bien entamnée depuis 4 ans... Mais pour renouveler mon titre de séjour cette année, il m’a été « fortement recommandé » d’assister à cette demi-journée de post-intégration. Le caractère obligatoire de cette « formation » n’est pas explicitement mentionné, mais je me suis vite rendu compte en m’informant que mon absence pèserait sur les futures décisions du préfet de me délivrer -ou pas- mon titre de séjour. Il me fallait donc prouver mon assiduité.

 

Je me présente alors Jeudi à 13h00 à l’adresse indiquée. Après avoir attendu une demi-heure dehors avec un groupe d’autres étrangers conviés comme moi à cette demi-journée d’intégration, les portes du centre se sont ouvertes et, après les contrôles d’identité habituels, me voilà placé dans une salle avec une trentaine d’autres étrangers. Une femme entre, nous souhaite la bienvenue et commence par nous expliquer le déroulement de cette demi-journée. En gros, j’étais là pour « m’informer sur la vie en France » et signer « mon contrat d’accueil et d’intégration ».

 

La demi-journée débute par le visionnage d’un film de 20 mn sur la vie en France. Tout y était : Marianne et son buste, la tour Eiffel et ses lumières, des images de pompiers entrain de secourir des riverains qui ont perdu leur maison suite à des inondations pour illustrer la solidarité à la française, des images de la coupe du monde 1998 remportée par la France (présentée comme symbole de la France...?), etc. On nous a rappelé les valeurs de la République : droits de l’homme, laïcité, égalité hommes-femmes, interdiction du port de signes religieux ostentatoires, le devoir de payer ses impôts, etc… Et la voix-off qui insistait : « en France, les femmes n’ont pas besoin de l’autorisation du père, ni celle du mari ou du frère pour travailler » avec comme image de fond une femme qui conduit une voiture…Le film se termine par une information importante : les secteurs du bâtiment et de la restauration sont particulièrement en recherche de travailleurs étrangers…

 

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Après ce film très instructif, j’ai dû attendre 2h pour être reçu par « une auditrice sociale ». Pendant ces deux heures d’attente, le défilé des auditeurs n’a pas cessé. Chaque 15 mn, l’un d’entre eux se présentait en appelant un étranger par son nom et en lui demandant de le suivre. Les auditeurs eux-mêmes étaient manifestement issus de l’immigration et parlaient avec un fort accent : il y a avait des latinaux, une chinoise (qui n’auditait que les étrangers chinois qui étaient présents), une arabe, etc. J’ai personnellement été reçu par une auditrice qui devait venir d’Europe de l’Est. Elle a vérifié les informations qui s’affichaient sur son écran, a complété mon dossier en saisissant de nouvelles informations qui n’y figuraient pas (mon statut, mon travail actuel, etc…). Puis elle m’a remis mes diplômes !

 

Eh oui, j’ai été deux fois diplômé cet après-midi : j’ai reçu « une attestation d’information sur la vie en France » qui prouvait que j’ai bien bénéficié de la formation sur la vie en France, ainsi qu’une « attestation ministérielle de dispense de formation linguistique », mon niveau de français ayant été jugé « satisfaisant » par mon auditrice. J’ai signé mon « contrat de bienvenue en France », précieux sésame à montrer au préfet dans 12 mois, pour lui prouver ma bonne volonté quand je demanderai mon renouvellement de titre de séjour…Sauf que j’en ai pas terminé avec la paperasserie : il me reste un troisième diplôme à avoir en poche pour être complètement « intégrable » en France : mon diplôme de formation civique ! Je suis obligé de me présenter prochainement à une journée de formation civique sur l’organisation et le fonctionnement de l’Etat et de ses institutions, et sur les principes fondamentaux de la république française, notamment la Liberté, l’Egalité, la Laïcité et la Solidarité. Le repas nous sera gentiment offert, nous a-t-on précisé…

 

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Tout cela n’est pas inutile : parmi les étrangers présents à cette demi-journée, certains comprenaient / parlaient mal le français. L’Etat français s’engage à leur offrir une formation linguistique adaptée à leur niveau. Mais je doute sérieusement de l’utilité et de l’efficacité de "l’information sur la vie en France", du moins telle qu'elle est fournie. A mon avis, l’intégration à la société française passera naturellement et mieux par le travail et par l'octroi d'un vrai statut social. Comment résoudre les problèmes complexes de l’intégration des immigrés en France, juste en montrant aux nouveaux arriveants un film sur la vie en France ? Et les jeunes « voyous » de banlieue, qui ont cramé tant de voitures en 2005, auraient-ils été mieux assimilés à la société française s’ils disposaient du « livret d’accueil Vivre en France » qui m’a été remis à l’issue de cette demi-journée ? L’intégration ne passe-t-elle pas plutôt par l'application de la non discrimination et de l’égalité des chances ?

 

Ce qui est sûr, c’est qu’il faut vraiment être motivé pour supporter la lourdeur du processus d'intégration…Dans ce sens, on peut dire que l'immigration en France est bien "choisie"...

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