Censure

Un tsunami de censure s’est abattu sur la toile tunisienne ces derniers temps. Les blogs, qui sont les derniers espaces où la liberté d’expression s’exerce encore en Tunisie, ont été particulièrement touchés : Pour Gafsa (Un blog pour défendre la cause des habitants de Gafsa), Samsoum, Mochagheb, Radyoun (Le blog d'une radio tenue par des bloggueurs tunisiens), Mohammed Ali, Anti-censure (Un blog pour dénoncer la censure en Tunisie), Annaqued, etc... ont été visés par les ciseaux du censeur...
Jamais le rythme de la censure n'a été aussi soutenu. L'acharnement du censeur à rendre innaccessible depuis la Tunisie tout site "perturbateur*" démontre deux points: que la blogosphère et les autres sites liés sont étroitement surveillés, et que les moyens déployés pour cette surveillance sont considérables. J'imagine d'ici les cyber-surveillants, ou cyber-policiers, entrain de scruter le web et de taper leurs rapports quotidiens à leurs supérieurs...
Mais la censure a franchi un pas nouveau: elle s'est attaquée à Facebook, un des sites préférés et les plus utilisés des tunisiens (plus de 28 000 utilisateurs). La popularité du site a fait que la réaction face à son inaccessibilité s'est vite ressentie: à côté des nombreux posts des blogueurs, quelques sites d'information tunisiens ont réagi, timidement certes, à cette nouvelle censure: Africanmanager se demande naïvement à quoi est dû ce problème technique (doux euphémisme pour désigner la censure...); tandis que Business News rappelle au censeur que bloquer Facebook revient à bloquer des voix "amies"...

 

Ce qui est surprenant, c'est le nombre considérable de personnes dans mon entourage qui viennent de réaliser que la censure est bien effective en Tunisie! Auparavent, un blog censuré passait presque innaperçu, et seules les rares personnes averties se rendaient compte de la censure. Avec le banissement de Facebook, tout le monde ou presque vit et ressens cette privation, et se sent du coup lésé dans son droit à discuter avec ses amis ou diffuser ses photos...Certaines personnes qui ont appelé leur Fournisseurs d'Accès à Internet pour avoir des expilcations ont eu la réponse suivante: "le site est fermé car il renferme les activités de groupes intégristes"...Seulement, ces mêmes personnes ne concoivent pas qu'on prive une majorité "saine" de l'utilisation de ce site à cause d'une minorité perturbatrice...D'où le sentiment de punition collective ressenti par les utilisateurs de Facebook, tout comme ce fut le cas pour Youtube et Dailymotion, qui sont par ailleurs toujours censurés depuis la Tunisie...
Mais ce qui frappe le plus, c'est l'inutilité de cette censure. Comment peut-on bloquer Internet, une technologie si rapide et qui jouie d'une capacité de regeneressence inégalable? A quoi sert la censure, quand on peut facilement la détourner grâce aux proxys, et aux innombrables portes d'accès aux sites prohibés? L'utilité de cette censure ne réside pas dans le simple blocage de ces sites, mais dans les effets indirects qu'elle produit: peur et lassitude de l'internaute, auto-censure des bloggueurs, etc...
Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de la Chine, de ses J.O., et de la vigueur de la censure de la toile chinoise. Aujourd'hui, je ne vois personnellement aucune différence entre le censeur tunisien et le censeur chinois, du moins en terme d'intensité de la surveillance et de la censure. Tout comme en Chine, la toile tunisienne est entrain de devenir superficielle, biaisée, et ne représentant pas la diversité des opinions et des courants qui caractérisent la société tunisienne.
Pour en savoir plus sur la censure en Tunisie, ici.

* "Eléments perturbateurs" est le terme qui a été utilisé par les autorités tunisiennes pour désigner le groupe de jeunes chômmeurs de Redeyef qui manifestaient pour leur droit au travail. Pour en savoir plus, ici.

 

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