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Billet de blog 27 sept. 2022

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Les élections au Brésil : changement de cap, ou prélude à un coup d’État ?

[Rediffusion] Les élections qui se dérouleront au Brésil les 2 et 30 octobre prochain auront un impact énorme pour les Brésiliens, mais aussi pour le reste du monde, tant les programmes des deux principaux candidats s’opposent. Tous les sondages indiquent que Lula sera élu, mais la question qui hante les Brésiliens est de savoir si l’armée acceptera la défaite de Bolsonaro. Par Michel Gevers.

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Le choc d’octobre 2018

Le monde fut sous le choc le 28 octobre 2018 lorsqu’il apprit l’élection de Jair Bolsonaro comme président du Brésil. Car enfin voilà un candidat, devenu président, qui n’avait pas arrêté de clamer sa nostalgie de la dictature militaire, qui exprimait ouvertement son mépris pour les femmes, sa haine pour les personnes LGBT, et qui traitait de communistes tous ceux qui n’adhéraient pas à ses idées d’extrême droite. Sa violence et sa vulgarité étaient hors du commun, faisant presque passer Trump pour un gentil garçon. Bolsonaro n’avait pas hésité à déclarer que la dictature militaire avait commis l’erreur de ne pas tuer 30.000 opposants de plus. Il avait dit à une collègue députée, Maria do Rosario, qu'elle était trop moche pour valoir la peine d'être violée. Et s’il avait eu un fils homosexuel, il aurait souhaité qu’il meure dans un accident de voiture.

On pourra dire que Bolsonaro ne doit son élection qu’au fait que l’ancien président Lula, qui le devançait de 20 points dans les sondages à l’été 2018, fut emprisonné par le juge Sergio Moro le temps de l’élection, sur base de son « intime conviction » que Lula s’était rendu coupable de corruption. Moro fut récompensé par Bolsonaro, qui le nomma Ministre de la Justice, tandis que Lula sera libéré par la Cour Suprême, qui déclarera sa détention illégale. Mais la mise à l’écart de Lula, le temps de l’élection, n’explique pas tout : Bolsonaro a tout de même été élu par une majorité de Brésiliens. C’est ce qui inquiète les démocrates de ce pays.

Le Brésil: un pays sans grande tradition démocratique

Au cours des 100 dernières années, le Brésil n'a connu que peu de régimes  démocratiques, le régime actuel ayant été mis en place en 1990, après 21 ans de dictature militaire. Et cette démocratie est fragile, car il manque à ce pays une presse indépendante. La presse est aux mains d'une oligarchie financière, industrielle et de l’agro-business, qui mène depuis de longues années campagne contre la gauche et les réformes introduites par le Parti des Travailleurs (PT) de l’ex-président Lula, considéré comme l'ennemi absolu.

Lula  a été président du Brésil de janvier 2003 à décembre 2010. Durant son mandat il a créé deux programmes sociaux, Bolsa Família (allocation familiale) et Fome Zero (zéro faim), qui ont sorti des dizaines de millions de familles brésiliennes de la pauvreté et de la faim. L'allocation Bolsa Família, liée à une obligation scolaire pour les enfants des familles bénéficiaires, a permis de donner accès à l’éducation scolaire à une grande partie de la population brésilienne qui en était privée. On ignore souvent à l'étranger qu’outre ces programmes sociaux, Lula a aussi investi massivement dans l'éducation et dans les infrastructures. Un grand nombre d'universités publiques ont été créées, après des années de désinvestissement dans l'éducation nationale qui avaient laissé le champ libre à des universités privées de médiocre qualité, où l’on « achète » son diplôme. Au Brésil, ce sont les universités fédérales et certaines universités d’État qui assurent l’excellence.

En 2010 Lula, après deux mandats comme président, ne peut plus se représenter et c'est Dilma Rousseff qui lui succède. Elle n'a pas le charisme politique que Lula a acquis, et l'opposition, soutenue par la presse, se déchaine. Dans un parlement où un tiers des députés font l’objet d’une enquête pour corruption, Dilma Rousseff, inattaquable sur ce plan-là, est alors accusée d’avoir présenté une situation budgétaire plus favorable qu'elle n'était en réalité ; une pratique courante dans nos contrées. Après 8 mois d’une campagne de presse, et malgré des dizaines de manifestations de masse en soutien à la présidente, elle est destituée en 2016. Jair Bolsonaro a dédié son vote en faveur de la destitution au Colonel Carlos Ustra, qui avait personnellement torturé Dilma Rousseff sous la dictature militaire, durant laquelle elle avait été emprisonnée pendant deux ans.

Les élections du 2 octobre prochain

Le 2 octobre se jouera le premier tour des élections pour la présidence du Brésil. Ces élections surviennent à un moment charnière pour l’Amérique Latine puisque plusieurs pays dirigés depuis longtemps par une droite néo-libérale agressive, ont récemment basculé vers des gouvernements progressistes. Si, comme il est probable, aucun candidat ne dépasse les 50%, les deux premiers s’affronteront pour le deuxième tour le 30 octobre. Ce ne pourront être que Luiz Inácio Lula da Silva et Jair Messias Bolsonaro, qui devancent largement les autres candidats dans les sondages. À l’instar des États-Unis, le Brésil est fracturé en deux camps qui s’affrontent durement : Lula et Bolsonaro sont chacun adulés par les uns et haïs par les autres. À ce jeu, c’est celui qui engendre le moins de haine qui sera élu. Au moment d’écrire ces lignes, tout indique que ce sera Lula. Mais rien n’est fait pour autant.

Depuis des mois, les sondages[1] donnent Lula largement en tête au premier tour, avec une avance sur Bolsonaro de l’ordre de 10%, et vainqueur au second tour avec un écart de près de 15%. Ces écarts se sont un peu rétrécis ces dernières semaines après que Bolsonaro eût décidé d’octroyer de larges cadeaux aux Brésiliens, comme la suppression de la taxe sur les carburants. Mais la menace qui hante les démocrates brésiliens est celle d’un coup d’État, menace que Bolsonaro brandit depuis des mois à la vue des sondages qui lui sont défavorables. Alors que le vote électronique est utilisé au Brésil depuis 1996, il s’est lancé dans une attaque virulente contre les machines de vote électronique, prétextant leur manque de fiabilité pour refuser à l’avance le résultat de l’élection au cas où il ne serait pas élu. À l’instar de son mentor Donald Trump, il parle déjà d’élection volée.

Les risques d’un coup d’État

Dans son attaque préventive contre la légalité de l’élection du 2 octobre, Bolsonaro a rallié à sa cause plusieurs militaires haut-gradés, dont des membres de son gouvernement, constitué en bonne partie de militaires. Mais la plupart des observateurs estiment que l’armée ne le suivra pas dans sa tentative de coup d’État. Ainsi, selon Luís Roberto Barroso, juge à la Cour Suprême et ancien président de la commission électorale: « Le coup d’État militaire de 1964, qui a entrainé 21 ans de dictature brutale, était soutenu par la classe moyenne, par les dirigeants d’entreprise, par la presse et par les États-Unis. Aujourd’hui, aucun de ces acteurs ne soutiendrait un coup d’État[2]

Le rôle des évangélistes et des réseaux sociaux

Lors de l’élection de 2018, les évangélistes et les groupes WhatsApp qu’ils alimentaient ont été déterminants dans la victoire de Bolsonaro[3]. Le pouvoir politique des évangélistes est énorme au Brésil. Mais alors qu’il y a quatre ans, ils soutenaient massivement Bolsonaro, qui les avait activement courtisés sur les questions liées à l’avortement et à la place de la femme dans la famille, aujourd’hui ce soutien n’est plus unanime. Les pasteurs évangélistes soutiennent toujours aussi fermement Bolsonaro, mais leurs fidèles commencent à se rendre compte que la politique qu’il a menée depuis quatre ans n’est pas vraiment alignée sur les enseignements de Jésus. Lula a dès lors, lui aussi, compris l’intérêt qu’il avait à les courtiser. Lors de ses récents meetings électoraux, il s’est explicitement adressé aux évangélistes[4].

Quant au rôle énorme joué par les groupes WhatsApp lors de l’élection de 2018, il se joue aujourd’hui sur les divers organes du groupe Meta (Facebook, WhatsApp et Instagram), qui sont inondés de « fake news » et d’appels à la contestation des résultats électoraux[5].

Les enjeux géopolitiques

Le choix du nouveau président brésilien aura des répercussions très importantes sur le plan géopolitique. Tout oppose les positions des deux candidats. À la soumission indéfectible de Bolsonaro aux multinationales, aux grandes entreprises agro-alimentaires qui détruisent l’Amazonie, et aux États-Unis, Lula oppose sa politique de soutien aux travailleurs, de défense de l’Amazonie et de non-alignement. Rappelons que, lors de ses deux premiers mandats, Lula a été un maitre d’œuvre de la création des BRICS (ce groupe de pays dits non-alignés à l’époque : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dont il fut souvent le porte-parole charismatique. Son aura internationale était énorme, surtout dans les pays en développement. Aujourd’hui, ses proches collaborateurs au sein du PT rêvent de le voir reprendre ce flambeau, comme l’explique l’historien indien Vijay Prashad[6]. L’élection de Lula entrainerait certainement un réalignement de la politique étrangère brésilienne, et une distanciation vis-à-vis des États-Unis. Les récentes déclarations de Lula sur la guerre en Ukraine, dans lesquelles il rendait Poutine et Zelensky également responsables, tout en égratignant Biden[7], en attestent. L’explication est simple : les dirigeants de gauche des pays latino-américains sont tous marqués par le fait que les USA ont toujours soutenu, voire instauré, des dictatures militaires dans leurs pays (Chili, Brésil, Argentine, et bien d’autres). Sous la pression de l’agro-business, un de ses principaux soutiens, Bolsonaro a récemment adopté lui aussi une position neutre sur la guerre en Ukraine[8]. Le Brésil importe en effet massivement des engrais russes.

Les enjeux environnementaux

Bolsonaro n’a jamais caché son mépris pour la préservation de la nature et la lutte contre le réchauffement. Dès son arrivée au pouvoir en 2019, lui et son ministre Ernesto Araújo ont déclaré que le réchauffement climatique est une invention des marxistes qui veulent priver les Brésiliens d'air conditionné. Il a résisté à toutes les pressions émanant de l’étranger visant à préserver la forêt amazonienne. Sous sa présidence, les assassinats ciblés de militants écologistes, de travailleurs et d’autochtones n’ont jamais été aussi nombreux, et la déforestation s’est accélérée de manière spectaculaire, à grand renfort d’incendies de forêts démarrés par les producteurs de bétail et les industriels de l’agro-alimentaire.

Le 7 septembre, Eliane Brume, experte depuis 25 ans de l’Amazonie où elle habite, écrivait ceci dans El Pais[9]. L'augmentation récente des incendies résulte sans doute de la crainte que Bolsonaro ne gagne pas et que l'impunité diminue en Amazonie avec le prochain dirigeant. Les chiffres sont éloquents : le mois d'août a connu le plus grand nombre d'incendies de tout le mandat de Bolsonaro: 33.116 foyers. Le 10 août 2019, les bûcherons et les voleurs de terres publiques de la région de Novo Progresso ont organisé la "Journée du feu", avec 2.366 foyers. Depuis lors, ces chiffres n’ont pas cessé d’augmenter. Ainsi, le 4 septembr on a dénombré 3.393 départs de feu en une seule journée, soit une augmentation de 43,4 % par rapport à la « journée du feu ». Comme pour la plupart des attaques contre la forêt et ses habitants, les criminels restent impunis.

Les élections au Brésil, dont le premier tour aura lieu le 2 octobre, auront un impact considérable, aussi bien pour la population brésilienne que quant au positionnement du Brésil sur les enjeux internationaux, au premier rang desquels il faut ranger le climat. Bolsonaro et Lula entraineraient le Brésil dans des directions diamétralement opposées. Au moment d’écrire ces lignes, les sondages indiquent que Lula sera l’élu du peuple. Mais la question qui taraude une bonne partie de la population est de savoir si, dans ce cas, Bolsonaro réussira à convaincre l’armée de prendre le pouvoir. Depuis un mois, une coalition vaste et inédite, réunissant hommes d’affaires, travailleurs, juges, enseignants, personnes de toutes religions, s’est mise en place pour défendre l’intégrité du scrutin[10].

Par Michel Gevers, professeur émérite à l’UCLouvain, pour Carta Academica

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Opinion_polling_for_the_2022_Brazilian_presidential_election

[2] https://www.nytimes.com/2022/09/07/world/americas/bolsonaro-brazil-bicentennial.html?nl=todaysheadlines&emc=edit_th_20220908

[3] https://pour.press/les-cles-de-lelection-de-bolsonaro-les-evangelistes-et-whatsapp/

[4] https://elpais.com/opinion/2022-09-13/dios-el-ultimo-comodin-de-las-elecciones-en-brasil.html?rel=buscador_noticias

[5] https://www.other-news.info/january-6th-all-over-again-is-facebook-fueling-bolsonaros-coup-mongering/

[6] https://www.other-news.info/the-most-important-election-in-the-americas-is-in-brazil/

[7] https://www.theguardian.com/world/2022/may/04/brazil-lula-zelenskiy-blame-war

[8] https://www.internationalaffairs.org.au/australianoutlook/brazils-ultra-conservative-surge-and-the-2022-presidential-elections-is-bolsonaro-over-yet/

[9] https://elpais.com/opinion/2022-09-07/en-visperas-de-las-elecciones-la-amazonia-arde.html?rel=buscador_noticias

[10] https://elpais.com/opinion/2022-08-13/empresarios-y-trabajadores-unidos-por-la-democracia-en-brasil.html?rel=buscador_noticias

Les points de vue exprimés dans les chroniques de Carta Academica sont ceux de leur(s) auteur(s) et/ou autrice(s) ; ils n’engagent en rien les membres de Carta Academica, qui, entre eux d’ailleurs, ne pensent pas forcément la même chose. En parrainant la publication de ces chroniques, Carta Academica considère qu’elles contribuent à des débats sociétaux utiles. Des chroniques pourraient dès lors être publiées en réponse à d’autres. Carta Academica veille essentiellement à ce que les chroniques éditées reposent sur une démarche scientifique. 

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