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Carta Academica est un collectif d'universitaires belges qui a décidé d’intervenir dans le débat public
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Billet de blog 29 oct. 2020

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La pensée ne doit jamais se soumettre…

La liberté d’enseigner et de chercher est mise à mal. Les fondamentalismes et autoritarismes de toutes obédiences, relayés par des réseaux sociaux où la haine et les fake news font office d’argumentation, prennent de plus en plus en étau les enseignants et chercheurs qui tentent, face aux simplismes, de dire la complexité du monde. Nous ne nous laisserons pas faire. Par Carta Academica

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« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. »

Ces paroles du mathématicien, physicien et philosophe des sciences, Henri Poincaré, prononcées à l’occasion des célébrations du 75e anniversaire de L'Université libre de Bruxelles (ULB), le 21 novembre 1909, résonnent au cœur des missions d’enseignement, de recherche et de service des académiques de nos universités et Hautes-Écoles. Cette liberté académique irrigue également le travail de bon nombre d’enseignants, qui ont, chevillée au corps, cette passion de la transmission de savoirs et de leur co-construction avec leurs élèves, l’esprit critique en étendard.

L’actualité de ces derniers jours fait craindre pour cette liberté, attaquée par celles et ceux qu’elle dérange parce qu’elle questionne et critique leurs dogmes : les fondamentalismes de tout poil, en ce compris les fondamentalismes religieux, tout comme une certaine instrumentalisation de la laïcité ; les autoritarismes de tous bords, qui ne s’accommodent guère de la liberté de penser et de critiquer.

Les enseignants et les universitaires se retrouvent ciblés pour avoir osé essayer d’ouvrir les esprits. Parmi ces enseignants, certains l’ont payé de leur vie, comme dernièrement Samuel Paty en France, d’autres de leur liberté de mouvement ou d’agir, après avoir été emprisonnés (Égypte, Turquie, …) ou privés d’exercer leur métier (Hongrie, …).

D’un autre côté, certains pouvoirs, qui se prétendent pourtant républicains et font profession de foi de lutter contre les fondamentalismes, vont jusqu’à désigner nombre de nos collègues à la vindicte populaire en leur imputant la responsabilité de relativiser le danger du péril du fondamentalisme, qui est toujours celui de l’Autre[1]. Ce faisant, ils prennent, eux, la lourde responsabilité de banaliser la violence qui pourrait déferler sur ceux qui ont notamment pour mission de déchiffrer et de dire la complexité d’un monde que les dogmatiques s’acharnent au contraire à réduire à leur seule perspective.

Intimidations et menaces sont ainsi de nos jours le lot de nos collègues, pris entre le marteau et l’enclume, mais désireux de ne pas faillir à leur mission.

À cela s’ajoutent les relais des réseaux sociaux, parfois dans le plus pur et le plus lâche anonymat des commentaires individuels ou collectifs, qui pullulent d’insultes, d’anathèmes et d’incitations à la haine à l’encontre de ceux qui ne se soumettraient pas à leur idéologie. Alors que les organes ou associations plus ou moins officiels devraient modérer les commentaires postés sur leurs pages, au moins lorsqu'ils traitent de problèmes sociétaux complexes, certains n’en font absolument rien, ce qui semble légitimer un lâcher de haine qui est souvent légalement condamnable. Si la liberté d’expression est un droit fondamental, celui-ci n’est cependant pas légalement absolu : il est interdit notamment de diffamer et d’inciter à la haine d’autrui.

Pour avoir défendu certaines options de recherches sur des questions sociales et religieuses, pour avoir essayé de partager leurs résultats avec la société, hors de la tour d’ivoire dans laquelle certains voudraient les confiner, quelques-un·e·s de nos collègues ont été cloué·e·s au pilori, se sont vu menacer d’attaques verbales, psychiques ou physiques.

Les discours scientifiques n’ont pas vocation à se muer en vérité absolue, ne l’oublions pas. Une des conditions de scientificité d’une théorie en est même la falsifiabilité : la possibilité de pouvoir essayer de la falsifier, de la mettre en défaut – sinon elle vire à la pétition de principe, à la tautologie, voire à la parole dogmatique. Il est donc et normal et sain que des paroles divergentes puissent être énoncées, en fonction de différents points de vue posés, pour dire et expliquer le même objet d’étude. La cohérence et persistance des observations et la récalcitrance et insistance des faits se chargeront de les départager. C’est ainsi que la science progresse, de manière dialectique.

Il faut rendre au débat public la noblesse du respect que constitue à la base la contestation des thèses d’autrui. Lorsque l’on conteste scientifiquement des thèses, on les juge dignes d’intérêt et dignes d’être discutées, dans le respect des interlocuteurs.

Il est hors de question que la liberté académique soit soumise à quelque diktat ou oukase que ce soit.

Nous ne nous soumettrons à aucune menace et assurons de notre soutien plein et entier, tou·te·s nos collègues dont la liberté académique serait menacée ou attaquée.

Carta Academica (https://www.cartaacademica.org/)

[1] Ces mêmes pouvoirs, visiblement expéditifs, viennent de faire voter par le Sénat ce 28 octobre un amendement à la Loi de Programmation de la Recherche, qui stipule dans son désormais article 1er A que « Les libertés académiques s’exercent dans le respect des valeurs de la République ». La sénatrice Laure Darcos (Les Républicains), qui a déposé l’amendement avec le soutien de la Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, Frédérique Vidal, a bien précisé qu’au premier rang de ces valeurs figure la laïcité. Voilà donc la liberté académique assujettie à la vision – qui peut évidemment être éminemment politique, et donc polémique – de la laïcité. La brèche est ouverte…

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