Pro-clamer pour ne plus Ré-clamer

Dépasser le paradoxe du conservatisme des mouvements sociaux

Des stratégies affirmatives et autonomes sont possibles pour vaincre Macron. Ce serait pourtant faire fausse route de croire que les obstacles nous sont extérieurs. Nous devons, pour que soit possible un basculement sociétal solide, surmonter nos propres obstacles. Pour en finir avec des stratégies défensives qui placent le mouvement progressiste dans le conservatisme il nous faut retrouver l’élan de la conquête.

Nous posons, pour le moment, la revendication et la dénonciation comme principe car nous pensons n’avoir d’autres pouvoirs concrets. « Comme l’enfant réclamait, l’adulte revendique » dira un jour Frédéric Lordon sur la place de la République des Nuits Debout. Réclamer c’est cette posture qui place celui qui l’adopte à la portée directe de décideurs extérieurs, d’individus qu’il présente lui-même comme ses maîtres. Réclamer c’est se laisser aller à un instinct régressif, sans doute confortable et sûr pour ceux qui sont dans une forme d’attentisme ou de suivisme, mais régressif tout de même. Le préfixe Re/Ré évoque un retour en arrière, un sens contraire, un mouvement de recul, comme le laisse entendre les mots suivants : progression/régression, provocation/révocation, proactif/réactif, provenir/revenir etc.…

Comment donc pourrions-nous impulser un mouvement vers l’avant quand la posture de la revendication nous place en position de repli ?Comment aller vers de nouvelles conquêtes quand nous laissons pourrir la situation et nos forces nous abandonner dans les tranchées du status quo ? Échapper à la revendication est donc primordiale pour sortir de la contrainte du bon vouloir d’autrui. Nous pourrions sortir de la revendication - c’est à dire de l’enfance politique d’un mouvement contestataire - et constituer une force politique consciente de sa légitimité, une force Pro-clamative.

Proclamer c’est devancer et anticiper. C’est aussi faire « dans l’intérêt de ». C’est faire connaître publiquement ce que nous voulons et faire reconnaître officiellement l’autorité populaire en affirmant avec hauteur. Nous n’avons pas à rougir de qui nous sommes. Ce ne sont pas les citoyens qui manipulent, détruisent et confisquent. Il va nous falloir réapprendre à garder la tête haute et ne faire preuve d’aucune déférence envers ceux qui exploitent le monde. La proclamation c’est l’acte premier de la révolution française, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est préfigurer le changement en créant à priori un espace libre dans les esprits pour les préparer aux évolutions à venir.  Proclamer c’est l’acte des communards de 1870 qui posent un acte émancipateur qui va permettre la lutte. Quand la république est rétablie elle est proclamée, quand les évènements historiques ouvrent la voie à l’adoption d’une nouvelle constitution elle est proclamée. Proclamer c’est dire le préexistant. Proclamer c’est s’appuyer sur une évidence. C’est passer sans attendre de la destitution à l’institution par l’affirmation de soi.

 

 

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