Le nouveau gouvernement des riches

Compte-rendu, non exhaustif, de la conférence " Le nouveau gouvernement des riches ". Conférence animée par Liem Hoang Ngoc, économiste et homme politique français, avec Dany Lang, (économiste) et Muriel Ressiguier ( député de La France insoumise). AMFiS d'été de la France Insoumise Marseille Août 2017.

Liem Hoang Ngoc débute cette conférence en posant la question suivante: Qu'est-ce qu'un riche?

On est tous le riche de quelqu'un, mais ce n'est pas de cette manière que nous pourrons définir ce que nous entendons cibler dans cette conférence. Elle doit d'abord définir le périmètre de réflexion dans lequel elle s'inscrit.

Il y a en France 50% de la population qui a des revenus inférieurs à 1700 € et parmi ceux-là 9 millions de pauvres à moins de 1000 € par mois. 40% de la population se situe entre 1700 et 5000 € par mois ( avec une proportion s'amoindrissant à mesure que l'on se rapproche des 5000 €). Enfin 10% de la population a des revenus supérieurs à 5000 € par mois et un patrimoine supérieur à 500000 €. (Hollande disait il y a 10 ans que les riches étaient ceux qui faisaient partie des 10% de la population les plus aisées). Cette définition de la "richesse" est trompeuse car elle englobe sans discernement ceux qui n'ont pas de problèmes matériels mais pas ou peu d'influence politique et ceux pour qui l'argent n'est pas un problème mais qui exercent une influence directe sur les politiques publiques. Dans ces 10%, il y a donc des individus que ni vous ni moi ne cotoyons jamais. C'est cette infime minorité qui est au coeur de notre réflexion, même si nous mesurons l'étendue du pouvoir militant des portions de la société privilégiées. Il y a donc environ 3000 personnes qui bénéficient matériellement le plus des politiques publiques menées et qui ont le pouvoir d'orienter la décision publique. Ces derniers possédent des patrimoines compris entre 15 millions et 35 milliards de patrimoine et représentent 0,001% de la population. Ce sont ces personnes qui toutes sont favorables aux politiques néo-libérales et qui reprennent en choeur la ritournelle du "tout le monde peut devenir milliardaire".

Serait-il donc vrai que nous puissions tous rejoindre les rangs des fortunés? Comment s'y prendre pour devenir riche?

L'ironie veut que ceux-là même qui vantent la travail comme l'aboutissement ultime de l'épanouissement humain aient tout d'abord été des héritiers. Ainsi, et mis à part le cas Mulliez, on devient riche en héritant. On ne devrait donc pas parler de devenir riche mais de naître riche, ce qui n'a donc plus rien à voir avec des capacités individuelles propres à saisir des opportunités capitalistiques que seuls les lois et règlementations limiteraient. Ces "riches" donneurs de leçons sont donc nés avec un stock important de patrimoine à la naissance, patrimoine également actionarial bien entendu. Ces patrimoines augmentant tous les ans grâce aux revenus du capital, pas grâce aux revenus du travail. Depuis les années 80, 10 points de PIB sont passés des revenus du travail aux revenus du capital, c'est à dire 100 milliars au début des années 80 mais 200 milliards aujourd'hui, tandis que 85% des profits nets alimentent les dividendes au détriment de l'investissement ( 15%). Ce sont donc principalement les actionnaires qui bénéficient des fruits l'activité en France.

La révision de l'assiette d'imposition de l'ISF, l'Impôt de Solidarité sur la Fortune, qui concerne 1% de la population soit 350000 personnes, va ôter les actions de la taxation ( l'ISF impose le stock d'action et pas seulement le flux). En se concentrant sur le patrimoine immobilier l'ISF nouveau est donc une très mauvaise nouvelle. Enlever les actions de l'ISF c'est accentuer le creusement des inégalités. Mais ce n'est pas tout : Ce qui est volontairement tu par le gouvernement c'est le fait que l'IR, l'impôt sur le revenu, des plus riches va aussi baisser. En effet, l'IR des riches va bénéficier d'un "prélèvement libératoire" qui incluera la CSG ( qu'ils ne paieront plus) et qui va faire baisser l'imposition de 45% aujourd'hui à 30% demain. Il va donc y avoir de fait une baisse d'impôts de 4 milliards pour cette population, qui s'ajoute aux 2 milliards du manque lié à la suppression des actions de l'assiette de L'ISF.

Or, Edouard Philippe s'est engagé auprès de Bruxelles à obéir à l'objectif des 3% de déficit dès 2018. Il va donc bien falloir qu'il compense la baisse de l'ISF. Il va donc, pour faire plaisir aux plus riches, prélever sur le reste de la population. 

M. Macron veut par ailleurs défaire la seule avancée réelle du quinquennat passé en matière de taxation du capital ( Hollande avait amené la taxation du capital à celle du travail). Il est bien entendu aussi question de baisser la dépense publique ( 54% des dépenses sur PIB sont des dépenses publiques) pour la porter autour de la moyenne européenne qui est de 48,5%. Pour y parvenir il va baisser de 15 milliards les crédits alloués à l'assurance maladie, de 10 milliards ceux des collectivités locales ( 300 millions ont déjà été supprimés récemment par décret) et de 25 milliards sur les dépenses de l'Etat ( ex: moins 300 millions sur les universités, moins 120000 fonctionnaires, rétablissement du jour de carence). Dans le même temps il compte investir 15 milliards pour l'écologie, ce qui est ridicule au regard des défis climatiques majeurs à venir.

M. Macron compte également extraire les partenaires sociaux de la gestion de l'assurance maladie, alors que ces derniers bénéficiaient d'un acquis porté par le CNR ( Conseil national de la résistance). Il s'appuit également sur des économistes qui promeuvent encore le taux de chômage naturel ( le taux de chômage naturel correspondrait au taux de chômage vers lequel l'économie tend sur le long terme, selon cette théorie, de matrice néo-libérale, ni l’État ni la banque centrale ne doivent intervenir pour soutenir la demande sur le marché des produits, lorsque le taux de chômage se trouve à son niveau «naturel»).  C'est Milton Friedman, par ailleurs conseiller de Thatcher et de Pinochet, qui défendit l'idée qu'on pouvait faire baisser le chômage en détruisant toute la structure sociale d'un pays, l'Etat n'étant plus que le garant de la stabilité des prix. Des individus comme Gilbert Cette, économiste français, qui pense par exemple que le smic est trop élevé, vient d'être nommé, dans la plus grande opacité, par le premier ministre Edouard Philippe pour prendre la tête d'un groupe d’expert pour travailler sur le SMIC ! Nous voilà rassurés.

Dany Lang met encore l'accent sur le fait que plus on fait de cadeaux fiscaux aux plus grosses fortunes en pratiquant une politique d'austérité pour le reste de la population plus le PIB décroît. Tendentiellement, le PIB baisse de 0.5 point quand on baisse les taxes pour les plus riches alors qu'il augmente d'autant si on augmente les salaires. Ces cadeaux fiscaux aux plus riches participent à la financiarisation de l'économie qui nous éloigne toujours plus de l'économie réelle. Ainsi en 2007 le PIB mondial réel ( c'est à dire le volume des échanges de marchandises et de services) était de 24 millions de milliards de dollars quand le volume d'argent échangé au sein des marchés financiers représentait 750 millions de milliards de dollars. M. Lang met enfin l'accent sur le fait que le chômage de masse favorise la moins disance sociale et qu'à ce titre il est entretenu pour constituer ce que Marx appelait l'armée de réserve de travailleurs. Sans chômage de masse la population pourrait négocier facilement des améliorations des conditions de travail.

Enfin Muriel Ressiguier, députée la France insoumise de l'Hérault et membre de la commission des finances à l'assemblée, évoque sa perception du fonctionnement du parlement et le calendrier relatif aux questions budgétaire. Ainsi, les discussions sur la loi de finance vont s'étendre d'octobre à décembre et porter sur les recettes, les dépenses et la sécurité sociale. Les orientations choisies par le gouvernement confirment une augmentation de la CSG de 1.7 point, la disparition progressive de la taxe d'habitation et la baisse de l'impôt sur les sociétés qui passerait de 33 à 25% au cours du quinquennat. La députée nous renseigne aussi sur le principe du dépôt d'amendements; chaque amendement donne du temps de parole, ce qui est une aubaine pour les petits groupes à l'intérieur ou à l'extérieur de l'hémicycle.

Elle considère enfin et pour conclure que la plupart des députés LREM n'ont pas d'ossature politique, ils ne sont d'accord que sur l'évolution néolibérale inéluctable de notre société. Sur de nombreux textes pas franchement dans l'intérêt des français, les députés En Marche "ne savent pas" tandis que ceux du PS s'abstiennent en évoquant "tout de même des avancées significatives". Ce sont ces députés, ceux qui comprennent bien les enjeux mais qui choisissent de laisser faire, qui sont les plus vicieux. Le cynisme parlementaire semble avoir beaucoup de mal à mourir.

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