La mondialisation malheureuse

Compte-rendu, non exhaustif, de la conférence " La mondialisation malheureuse ? ". Conférence animée par Thomas Guénolé, avec Sylvie Mattely ( directrice adjointe de l'IRIS, Elise Ternynck du collectif Ethique sur l'étiquette, Oscar Oesterlé de l'association SHERPA et Dany Lang économiste. AMFiS d'été de la France Insoumise Marseille Août 2017.

 

Compte-rendu, non exhaustif, de la conférence " La mondialisation malheureuse ? ". Conférence animée par Thomas Guénolé, avec Sylvie Mattely (directrice adjointe de l'IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques)), Elise Ternynck (collectif de l'Ethique sur l'étiquette), Oscar Oesterlé (association SHERPA (association de protection et de défense des populations victimes de crimes économiques)), et Dany Lang (économiste membre des économistes atterrés).

La mondialisation malheureuse se caractérise par le pillage des ressources humaines et naturelles au profit d'une petite minorité.

Il y a dans le monde aujourd'hui plus de 30 millions de personnes en situation d'esclavage, c'est à dire des individus qui tout en étant de condition libre ne disposent pas librement d’eux-mêmes et sont dans un état de dépendance totale vis-à-vis de quelqu'un ou de quelque chose. Il y a également 750 millions de personnes dans le monde qui sont les victimes collatérales d'une organisation commerciale et financière globales et qui souffrent de la faim. La mondialisation malheureuse c'est enfin un système qui procède de la dépossession des Etats par le secteur privé entrainant une diminution excessive des capacités de protection de ces derniers. C'est donc bien un système rétrograde (en France, la retraite à 65 ans c'était en 1910). 

Nous avons tendances à qualifier, ceux qui profitent de cette réorganisation passéiste de la société, de néolibéraux alors que le vocable approprié serait plutôt néo-oppresseurs. 

Pourtant ces politiques économiques basées sur l'austérité produisent partout où elles sont mises en œuvre une dégradation des conditions de vie et une progression de la détresse sociale. Les succès sont plutôt à rechercher du côté de pays qui s'orientent vers des politiques publiques qui se détournent des rôles de facilitateur des échanges commerciaux et financiers. Ainsi, par exemple, dans les années 2000 la politique de Lula, président brésilien, a permis de rembourser le FMI avec deux ans d'avance, tandis que ce dernier poussait le gouvernement progressiste à appliquer des mesures de réduction des investissements publics. Le libre-échange qui est présenté, dans le sillage des organisations de la mondialisation, comme un facteur de paix entraine des dépenses d'armement toujours plus fortes ; Dès 1998 les dépenses militaires repartent à la hausse aux Etats-Unis sous l'administration Clinton.  Entre 2001 et aujourd'hui elles ont doublé dans le monde (+ 60% aux USA (deux fois le budget de l'agriculture), + 300% en Chine, +160% en Russie, + 160% en Arabie Saoudite, + 100% en Inde, + 100% en Afrique, + 100% au Moyen-Orient) et combinent entre elles plus de 1000 milliards de dollars en 2015.  

Le contexte actuel est particulièrement instable avec la création d'un risque stratégique majeur entre les puissances en compétition avec une surenchère sécuritaire démesurée, et dont l'objectif n'a rien à voir avec la sécurité des peuples. Ce que l'organisation commerciale défend c'est la sécurité des investissements.

C'est un paradigme économique qui place les acteurs en présence dans des postures belliqueuses où la puissance de chacun se mesure au degré de violence avec lequel ils tentent d'imposer leur volonté les uns aux autres.

Le néolibéralisme promeut le retrait de l'Etat social, il n'est absolument favorable à un désengagement de l'Etat. À partir du moment où l’État permet au commerce mondial de s'affranchir de tout contrôle, il se doit de faire preuve d'une autorité sans faille. La course aux armements est dans ce contexte une nécessité et ne cessera que lorsque nous penserons différemment le rapport à l'autre. C'est dans cet état d'esprit que le collectif De l'éthique sur l'étiquette agit en faveur du respect des droits de l'homme au travail dans le monde. Son ambition principale est la reconnaissance du droit à l'information des consommateurs sur la qualité sociale de leurs achats. En révélant les atteintes graves aux droits humains fondamentaux provoqués par la mondialisation ils espèrent changer les modes de consommation. La mise en danger de la vie d'autrui, illustrée tragiquement par l'effondrement du Rana Plaza qui provoqua plus de 1000 morts au Bangladesh, est un des effets d'une organisation commerciale qui refuse, quand elle délocalise dans les pays à bas coûts, de garantir des conditions de travail sûres. De l'éthique sur l'étiquette exige la création d'un fonds d'indemnisation pour les victimes, une première étape vers une reconnaissance pleine du statut du salarié dans les pays où la main d'œuvre est bon marché. L'association désire également que soit créé un salaire vital au niveau international afin que chaque salarié puisse bénéficier d'une rémunération décente. 

La loi sur le devoir de vigilance du 21 février 2017, promulguée en mars 2017, oppose aux multinationales l'obligation de mettre en place un plan de vigilance avec une cartographie des risques permettant de planifier les évaluations et les actions d'atténuation des risques. Dès lors que les causes sont établies à la suite d'une tragédie, c'est à dire dans l'éventualité où le plan ne serait pas respecté, les sanctions envisagées ne sont hélas pas de nature à effrayer les multinationales. Lors du débat concernant cette loi, un certains Emmanuel Macron s'est opposé au texte avec la plus fervente énergie. Les décrets d'application sur ce que contiendra effectivement cette loi n'étant toujours pas signés il est crucial d'exercer une pression collective constante pour que nous ayons des chances d'aboutir. 

L'association Sherpa, pour sa part, a attaqué en justice le cimentier français Lafarge pour financement du terrorisme. Ce sont les crimes économiques liés à la mondialisation qui sont ici la cible de l'association qui initie des actions au contentieux. Il faut se souvenir que le droit ne reconnaît pas la responsabilité ou la culpabilité d'une entreprise quand ce sont ses filiales ou ses sous-traitants dont les agissements sont fautifs. Donc fi du principe de responsabilité. La RSE (responsabilité sociale et environnementale) est non contraignante car décidée par l'entreprise elle-même. C'est dans ce contexte qu'intervient Sherpa.

Enfin, les règles du jeu de la mondialisation malheureuse profitent aux formes les plus absurdes de spéculations : sur les marchés financiers on peut s'assurer sur des choses qu'on ne détient pas, un peu à la manière de parieurs professionnels, et ainsi générer des revenus n'ayant plus aucun lien avec l'économie réelle. On comprend mieux pourquoi aucun de ceux qui tirent les ficelles d'une économie financiarisée ne désirent réellement le retour au plein emploi.

Un retour au plein emploi signifierait un renversement du rapport de force et un regain de pouvoir lors des négociations au profit des salariés, provoquant une hausse des rémunérations et une réévaluation des droits.

D'où partira la prochaine crise ? La dette privée Chinoise comme la dette estudiantine Etasunienne sont de possibles déclencheurs du prochain krach mondial. 

 

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