L'inconcevable terrorisme Made in France

La France persiste dans le déni face à ses responsabilités dans l'accroissement d'un rejet de sa politique dans ses frontières ou dans un Moyen-Orient en guerre . Cette posture, identique à celle des pays dont l'influence économique mondiale est importante, nous mène a envisager de refuser jusque dans notre constitution que des terroristes puissent afficher une nationalité française.

Le temps presse face aux menaces sécuritaires et policières que le gouvernement de M. Valls entend mettre à exécution. Chaque jour qui passe apporte son lot d'arbitraire, de violence, de reniement des idéaux d'hier et de mise sous silence du contre pouvoir judiciaire. Ces décisions politiques permettent à un pouvoir en débacle de préparer avec cynisme et démagogie son tour de piste pour la seule chose qui justifie toutes les bassesses et les compromissions: l'élection présidentielle. Rien ne nous est hélas épargné et c'est encore et toujours l'écran de fumée de la sécurité alimenté par les braises d'une peur institutionnalisée qui nous paralyse et inhibe toute ambition de demander des comptes. Notre projet de société se résume donc, pour ces sinistres fossoyeurs de la démocratie que sont nos responsables politiques, à une suspicion permanente érigée en système, tremplin liberticide, aujourd'hui envisagée comme privative de nationalité. 

Le pouvoir en place, de la même manière que les autres pouvoirs militairement dominants, ne peut bien entendu pas faire fausse route et évoque sans ciller la punition ultime que serait la déchéance de nationalité. Chacun est conscient que cette mesure, oh combien populiste et raccoleuse, n'aura pas d'effet sur la motivation d'une personne qui est prête à donner sa vie pour délivrer son message.

Si ce n'est pas une mesure qui produira des effets ne serait-ce que dissusifs alors pourquoi la prendre? Et si c'est alors qu'une mesure symbolique, quel type message délivre-t-elle?

A ces deux questions la réponse est tristement identique; la poursuite d'un processus de confiscation de la démocratie, d'écartement du système décisionnaire des citoyens qui n'ont plus de possibilités à disposer d'eux-mêmes librement. Une société dépossédée d'elle-même ne parvient pas à exprimer clairement son appartenace à une collectivité dès lors que la collectivité n'est plus que la somme de trajectoires solitaires où le sens même de la participation de chacun à l'édifice social est devenu un concept. C'est sur les sociétés fragmentées que s'appuient les régimes autoritaires et la France est en morceaux. La fragmentation ouvre la voix à la dissociation et la connaissance ou reconnaissance des autres devient superficielle quand elle n'est pas inexistante, quand elle ne devient pas une idée discutable parmi d'autres. Devenus des inconnus les uns pour les autres reste la peur et l'indifférence.  

Il n'est donc pas surprenant qu'au sein d'une société qui s'attache à uniformiser et normaliser, jusque dans nos aspirations de vie les plus profondes, l'expression de la violence au travers de cris ou d'actes de désespoir ne soient plus entendus et deviennent insupportable car ils remettent en question nos choix et notre responsabilités face à ces choix. Dans ce quotidien de déni et des "petites lâchetés du quotidien", comme l'écrit Franck Pavlov dans Matin Brun, le réflexe de survie qui consiste à détourner le regard, à défendre bec et ongles notre modèle de civilisation reprend jusqu'à l'écoeurement  les gargarismes de grandeur de la France, de son aura de pays des droits de l'homme et de la libre pensée. De manière totalement absurde nous acceptons donc collectivement que notre système, considéré comme étant un des meilleurs au monde, est bien incapable de produire les monstres que nous pourchassons ici et dans le monde.

La déchéance de nationalité est la lâcheté ultime, le dernier cran sur le revolver de nations qui préparent dans le silence terrible de l'unité nationale une démocratie suicidée.

 

 

 

   

 

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