N'utilisons plus les mots qui nous blessent

La guerre des mots est une guerre que nous pouvons facilement gagner pour renverser les idées reçues, retourner une situation et retrouver le respect qui nous est dû. Si nous continuons à 'dénoncer les violences', 'revendiquer un monde plus juste' nous ne parviendrons pas à sortir vainqueur de la guerre que nous livre le gouvernement.

La guerre des mots est une guerre que nous pouvons facilement gagner pour renverser les idées reçues et retourner une situation. Nous acceptons de parler de 'violences' alors qu'il s'agit d'actes de légitime défense quand, par exemple, des manifestants sont pourchassés par la bac, la police et la gendarmerie. Nous sapons nous-mêmes nos forces quand nous hésitons à assumer que la réponse des citoyens, seuls souverains en république, n'est pas à la  hauteur des violences d'Etat. Notre devoir n'est-il pas d'engager toutes nos forces quand le gouvernement encourage et couvre la répression policière pour qui tous les voyants sont au vert? Notre détermination ne doit-elle pas être totale quand l'ordre établi ne respecte plus la légalité qu'il a lui même mis en place?

Il est alors impératif de prendre du temps pour réfléchir et cesser d'utiliser les expressions qui sont utilisées par nos ennemis.

Sommes nous réellement d'accord pour continuer d'appeler la police politique ( BAC, CRS, etc...), 'les forces de l'ordre'? Si nous utilisons cette image nous naturalisons l'idée que tous ceux qui se trouvent en face, c'est à dire les manifestants, les citoyens conscientisés, seraient les 'forces du désordre'. Pourquoi par exemple ne pas appeler ces corporations les 'brigades du chaos' ? Ce serait, il me semble, plus près de ce qu'est devenu leur rôle au fil du durcissement des politiques répressives et liberticides dites 'sécuritaires'.

Nous ne pouvons plus nous contenter d'un usage des mots dont nous ne serions pas à l'origine.

Si nous continuons à 'dénoncer les violences', 'revendiquer un monde plus juste',' parler de la France comme un 'Etat de droit', 'dire que nous vivons tout de même en démocratie', nous ne parviendrons pas à entrainer nos luttes sur notre terrain, le seul à pouvoir nous être favorable.

Il me semble que la première étape pour une libération progressive d'une terminologie qui cherche à nous humilier, nous bestialiser, nous déshumaniser, nous factionniser est de refuser d'employer des mots qui étaient auparavant associés à des objets.

Nous allons devoir faire un effort pour sortir du 'logiciel' qui transforme l'humain en humanoïde, en automate puis en machine ou en bête. Ainsi il est urgent de ne plus utiliser certains mots ou expressions afin de rétablir les contours organiques de nos existences. Questionnons les expressions suivantes et tentons de trouver une équivalence proche pour dire ce que nous ressentons réellement:

'Je dois me reconnecter à mes amis', ' en faisant du sport je recharge mes batteries', ' Il faut que j'intègre cette notion à mon logiciel', ' Il va falloir nous reprogrammer si nous voulons sortir du consumérisme', ' J'ai buggé en écoutant la radio ce matin', 'J'ai du mal à fonctionner le matin avant un café', 'Je me mets sur 'off' après le boulot',  'J'ai le processeur un peu lent depuis ma gastro', 'Faut mettre un peu d'huile dans l'moteur et ça repart' pour les expressions liées au champ lexical de la machine. Pour ce qui est de notre proximité avec le monde animal nous avons des expressions comme ' la grogne sociale' qui suggère que nous ne formulerions pas de pensée articulée et précise. En fait nous ne connaitrions pas les raisons même de notre opposition au régime.

Ces quelques exemples montrent à quel point nous sommes colonisés de l'intérieur par des manières d'exprimer notre existance sociale qui sont autant de façons de nous faire passer de sujets à objects. Ces appélations sont réductrices eu égard à la subtilité et la complexité des être humains.

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