Que voulons-nous vraiment?

La victoire sur la production nous fera passer du "soutien des victimes, à l'école des vainqueurs" ( B. Friot).

"Substituons la grandeur de l'homme à la petitesse des grands" Robespierre.

Que voulons-nous vraiment?

Les rassemblements, les témoignages, les AG se succèdent et les revendications s'additionnent sans parvenir à dépasser le cadre des réformes combattues.
Cette stratégie essentiellement défensive, face à un gouvernement offensif, déséquilibre la lutte et nous peinons à porter nos coups.

Quel est le résultat de cette tactique?

Un paysage sonore qui s'installe dans la contestation et le conservatisme social. Nous ne nous battons plus pour des avancées universelles majeurs et restons dans les tranchées du statu quo alors même que nous portons collectivement des ambitions dont nous ne disons presque rien. Nous savons ,par exemple, que notre organisation sociale aura du mal à survivre encore 4 années et pourtant l'exigence d'élections anticipées ne fait pas partie de nos discours.

Imaginons un instant qu'un concours de circonstances favorables nous donne l'ascendant et que toutes les réformes engagées soient retirées; Qu'aurions-nous accompli? Rien de plus que continuer à vivre dans un monde qui à bien des égards, nous désespère - c'est à dire revenir, au mieux, à la fin du quiquennat Hollande - Est-ce ce que nous voulons?

Pourquoi ne nous préparons-nous pas à la poursuite de l'offensive, une fois que la brêche serait ouverte ?
Parce que nous avançons derrière des mots d'ordre défensifs, et que tous ceux que nous désirons voir rejoindre la mobilisation ne comprendraient pas que notre objectif change, une fois ces revendications satisfaites.
Les moments où les gouvernements reculent sont rares et l'ennemi aura subi un revert mais ne sera pas défait.

Voulons-nous défaire notre ennemi ?

Si la réponse est positive, alors nous faisons certainement fausse route car nous ne nous sommes engagés collectivement sur aucun objet objectif conscient, ambitieux et dont la portée universelle parlerait à l'ensemble de la population. L'addition des revendications ne nous permet pas d'être la force d'entrainement qui seule pourrait devenir un aimant pour ceux qui ne se sentent pas concernés.

Nous avons, dans notre histoire récente, des moments qui nous ont paru être des victoires - De quoi ont-ils accouché?
En 2005, avec le NON au traité constitutionnel européen et en 2006 pour faire échec au CPE, nous avons à chaque fois chanté victoire. Mais l'année qui suit c'est sarkozy qui parvient à la présidence avec son cortège de destructions. Ces deux batailles n'étaient pas la guerre.

La guerre doit être ouvertement déclarée et nous devons dire qui nous sommes, quel est notre héritage et ce que nous voulons.

Sur quel mots d'ordre pouvons-nous alors mobiliser?

Sur une meilleure répartition des richesses qui nous échappe, sur le pouvoir d'acheter ce que nous ne produisons plus, sur la défense d'un existant qui nous maintient à genoux? Mais qui a la main sur la répartition, qui la décide? Nous nous tournons, comme à chaque fois, vers ceux qui nous dirigent, nous oppressent et contrôlent jusqu'à la définition même de ce qu'est le travail.
Mais notre combat historique n'a jamais été un combat pour l'aumône - C'est un combat pour que nous décidions de la répartition - Notre lutte c'est une lutte pour leur prendre le contrôle de la production.
Nous aurons beau crier à plus de répartition que cela ne changera pas les faits: une production qui se délocalise , faite au chantage à l'emploi, une production toxique pour notre habitat et notre organisation sociale, qui se fait par la peur et par la force, une production de la soustraction des biens communs pour les transformer en marchandises.

Nous devons relever un triple défi:

- Nous occuper principalement de discuter et s'entendre entre nous sur des avancées sociales universelles. Elles permettront de rallier à nous une partie de ceux qui ne trouvent pas leur compte à suivre les boucliers de la contestation sociale et pour qui l'horizon est sombre.

- Nous battre pour arracher des griffes des gouvernants et des corporations tous les services publics et les étoffer, afin de les sanctuariser sur le modèle des cotisations sociales sur lesquelles nous retrouverions totalement la main.

- Enfin et surtout cesser de faire le tri entre ceux qui se présentent dans l'action pour faire paroles et front communs pour que notre société dépasse le capitalisme. Nos troupes doivent s'étoffer, s'unir pour nous porter vers la victoire.
La victoire sur la production nous fera passer du "soutien des victimes, à l'école des vainqueurs" ( B. Friot).

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