La bataille culturelle sur internet

Quelques notes, et réflexions personnelles, à l'occasion de la conférence d'Antoine Léaument dans le cadre des AMFiS d'été de la France insoumise

Militer en utilisant les réseaux sociaux est l'occasion de mettre en avant du contenu que les médias de masse ne traitent plus. Ce contenu est hélas trop souvent inaccessible pour la grande majorité des Français. Utiliser les réseaux sociaux c'est aussi, trop souvent, se rendre compte (avec une certaine dose de frustration) que le cercle des personnes touchées a du mal à s'agrandir. C'est surtout réaliser que ces nouveaux moyens d'échanger ne sont pas vraiment conçus pour échanger du contenu politique.

Il nous appartient donc de nous poser la question des moyens mis à notre disposition, même si ces derniers n'ont rien d'une évidence. Les sites, concernés par la vente d'espaces publicitaires et de vos données personnelles, n'ont aucun intérêt à faciliter l'expression ample d'une parole qui pourrait aller à l'encontre du modèle qu'ils défendent. Ainsi, construire un espace culturel d'échanges, de débats, où serait faite la démonstration de la pertinence du programme de l'Avenir en commun est à très court terme notre prochain horizon. Il va s'agir, pour nous, d'être suffisamment visibles et intéressants pour obtenir l'adhésion éclairée et massive de la population.  

55% des Français utilisent internet mobile aujourd'hui ( ils étaient 22% en 2008) et les sites les plus utilisés en France sont par ordre Google, YouTube, Facebook. Twitter n'arrive pour le moment qu'à la 10ème position.

C'est en prenant conscience de l'importance de ces outils logiciels que certains n'hésitent pas à recourir à des méthodes visant à donner l'impression qu'il y a une opinion massive sur un sujet. Cela s'appelle de l'astroturfing ( def wiki: L'astroturfing désigne une technique de propagande utilisée à des fins publicitaires ou politiques ou encore dans les campagnes de relations publiques, qui ont pour but de donner une fausse impression d'un comportement spontané ou d'une opinion populaire ( cette tentative de manipulation fait référence à la pelouse artificielle de marque AstroTurf utilisée dans les stades). Elle consiste à simuler un mouvement citoyen, venu de la base. Cette pratique est très souvent utilisée par le FN par exemple qui utilsent de faux comptes et de très nombreux trolls ( des internautes qui empoisonnent les débats sur internet avec des remarques inappropriées ou provocantes) dans le but de neutraliser l'avancée et la propagation de la réflexion.

- Voici donc quelques règles à suivre afin de ne pas produire l'effet inverse que celui recherché : la mise en avant d'opinions parasites ou idéologiquement contraires aux vôtres au lieu de faire vivre et évoluer les échanges d'idées, sortir de la pensée unique et des débats stériles :

1) Toujours être sur le fond, toujours sur les idées et le programme. Ne pas se laisser glisser vers des considérations d'ordre personnelles qui mènent à la stérilisation des échanges (que nous souhaitons par dessus tout éviter).

2) Déjouer les pièges des médias en utilisant de préférence l'humour et la dérision mais sur un autre média que celui d'origine.( cf plus bas pourquoi).

3) Toujours positiver quand quelque chose nous plaît; ce sont les commentaires positifs qui sont les plus attractifs. Les commentaires négatifs, quand bien même ils reviendraient sur un aspect anecdotique du contenu avec lequel vous êtes par ailleurs tout à fait d'accord, ne font que démobiliser les moins convaincus. Le cadre d'une expression publique, donc relayable à l'infini, n'a rien à voir avec le cadre privé qui, lui, permet d'introduire de subtiles nuances car les individus ont alors tout le temps et le loisir de débattre, ce qui n'est pas le cas sur internet où le temps long n'est pas le bienvenu.

4) Ne pas s'acharner sur les trolls, ne pas répondre, ne pas prendre au sérieux et ainsi perdre le temps et l'énergie précieuse dont vous disposez. De plus, et c'est peut-être le plus important, chaque commentaire fait en réponse à un commentaire provocateur ne va avoir pour effet que de placer le commentaire parasite en tête des commentaires et souvent en illustration du contenu posté.

5) Utiliser des formats comme l'outil logiciel gratuit CANVA qui permet de créer de belles affiches sans trop de peine.

Voici maintenant, un peu plus en détail, les particularités des sites YouTube, Facebook et Twitter:

YouTube est conçu comme un réseau social avec la génération d'activité liée à une vidéo. Les nombres de commentaires et de pouces bleus sont importants car ils permettent de mettre une vidéo " en tendance" c'est à dire de la présenter à des utilisateurs du site qui n'auraient spontanément aucun moyen de la découvrir. Comme pour le point 4, il est primordial de bien comprendre qu'une vidéo dont vous souhaitez dénoncer le contenu en la partageant ou en lui mettant un pouce rouge de réprobation, va par ce biais devenir plus populaire. En effet YouTube ne fait aucune distinction entre les éloges et les critiques. Une vidéo qui fait le buzz, positif ou négatif, va se retrouver mise en avant dans les tendances. S'abstenir, faire montre d'indifférence est encore la meilleure tactique. Vous pouvez en revanche, en utilisant l'humour sous toutes ses formes, parler de son contenu sur un autre support, type Twitter par exemple. L'effet sera à ce moment là positif pour les idées que vous défendez. Si vous postez du contenu sur YouTube, il faut veiller à y accoler un titre accrocheur, à soigner la description et le choix des mots clés. Devenir créateur de vidéos (YouTuber) peut offrir une exposition large mais peut de ce fait porter un éclairage sur son auteur qu'il faut être en mesure d'assumer (professionnelement par ex) si elle devient populaire. On peut aussi lancer des appels à l'action dans les commentaires et ainsi en appeler à l'activisme caché ou en dormance des commentateurs. Enfin, et si vous en avez le loisir, lire les commentaires postés sur YouTube permet de trouver des sources d'info.

Facebook revendique quelques 33 millions d'utilisateurs quotidiens en France. Le site possède un algorithme ( ensemble de règles opératoires dont la mise en oeuvre permet de résoudre un problème énoncé au moyen d'un nombre fini d'opérations) qui chaque fois que vous ouvrez Facebook entre en action. « L’algorithme du fil d’actualité de Facebook [...] peut nous rendre heureux ou triste ; il peut nous exposer à des idées nouvelles et stimulantes ou nous isoler dans des bulles idéologiques. »Will Oremus. Vous comprendrez aisément qu'il y a la possibilité dans Facebook d'orienter votre réflexion, vos comportements et même les chemins originaux qui font de votre pensée une pensée personnelle et unique. Cet algorithme n'a pour autre ambition que de vous enfermer dans le programme Facebook pendant des moments de plus en plus longs, ceci afin de vous mettre en contact avec du contenu publicitaire. Votre perception de l'opinion des autres peut ainsi être totalement faussée, si vous ne passez du temps que sur Facebook bien entendu ;-) car, pour vous tenir en haleine, présent sur son site, Facebook vous propose sans discontinuer du contenu proche de vos idées et préoccupations. 

Facebook n'étant pas prévu pour la diffusion de contenu politique, et hormis les individus bénéficiant d'une grande notoriété (qui sont des exceptions), vous aurez beaucoup de mal à élargir votre cercle d'influence. Facebook favorise, dans cet ordre; les vidéos, les images, le texte et les liens extérieurs. Il vaut donc mieux poster des vidéos que des liens, d'autant que le lien vous fait sortir du logiciel, ce qui, vous l'avez compris, est le pire des scénarios pour le site. Pour finir, il ne faut pas hésiter à apporter des compléments d'info dans ses commentaires, se souvenir que le commentaire qui apparaitra sous la vidéo sera celui du troll si on s'oppose massivement à lui et ne pas hésiter à mettre en avant tout ce qui vous plaît sur les pages Facebook d'un groupe de personnes ( attractivité).

Twitter, réseau social de microblogage, dit de son côté compter plus de 4 millions d'utilisateurs par jour en France. Le volume des tweets est pour la majorité des utilisateurs assez faible ( seuls 8% des utilisateurs ont plus de 50 retweets par jour tandis que 56% des utilisateurs n'en ont aucun). Il y a beaucoup de journalistes et de militants politiques sur le site, ce qui pourrait en faire, si l'information n'était pas la plupart du temps aussi orientée, un outil utile pour une transmission sincère des contenus. Les # les plus utilisés arrivent ( comme pour les autres réseaux précités) sur les tendances France de Twitter. On peut même, comme ce fut le cas pour les hologrammes, arriver dans les "tendances monde". Il ne faut pas hésiter à publier des livetweets, des images et des vidéos. Vous remarquerez enfin que ceux qui tweet le plus rapidement après un drame sont souvent des individus ou partis pour qui le drame en question est source alimentaire pour leur idéologie nauséabonde ou dangereuse pour la société. Twitter c'est le site de référence pour les trolls.

Pour conclure;

Notons qu'il y a des créneaux horaires plus favorables afin de toucher un public le plus large possible: la fin d'après midi en semaine ( sortie du boulot) et la fin de matinée le weekend.

Il faut sans cesse chercher à dépasser son public.

Les médias de masse postent quotidiennement du contenu militant ( défense du modèle néolibéral capitaliste) et cherchent à nous nuire. Il faut donc les dénoncer par la moquerie si possible. ( On se souviendra particulièrement que Franceinfo a lancé une semaine avant le premier tour la polémique autour de l'ALBA)

Si on en a les talents, il est préférable de poster des vidéos sous-titrées afin d'atteindre le plus grand nombre de personne ( beaucoup de situations du quotidien ne permettent pas l'utilisation du haut-parleur et on a pas toujours des écouteurs accessibles avec soi).

Voilà pour ce premier compte-rendu non exhaustif. La vidéo de la conférence sera sûrement mise en ligne prochainement.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.