Halte aux lynchages

Quand Plenel s'invite dans le club pour faire son auto-promotion, comme un maire dans son journal municipal, il se retrouve d'emblée en première page. Moi qui viens seulement appeler à un peu d'éthique journalistique, je resterai invisible. Chers ordonnateurs des affichages, donnez-moi tort, chiche !

Non, chers journalistes de Mediapart, le non-respect de la présomption d'innocence n'est pas équivalent selon que vous dénonciez des crimes ou des faits de corruption, documents à l'appui, ou bien que vous relayiez des accusations de comportements inappropriés sur la base de simples témoignages.

Dans le premier cas, vous faites votre travail d'information en prenant des risques, et la personne mise en cause peut se défendre en contestant vos preuves et/ou en apportant de nouveaux éléments matériels. Dans le second cas, vous déclenchez un lynchage en ne prenant aucun risque, et la personne mise en cause ne peut pas se défendre autrement qu'en niant. C'est évidemment dégueulasse !

Il est tout-à-fait hypocrite de prétendre que les personnes mises en cause peuvent toujours se plaindre de diffamation. A supposer que parfois, exceptionnellement certes, certaines accusations seraient exagérées voire carrément infondées, comment la personne mise en cause pourrait-elle en apporter la preuve décisive. Comment donc prouver matériellement que quelque chose n'aurait pas eu lieu ? Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! Un peu facile non ? Il n'y a pas de fumée sans feu ? Vous en êtes surs, absolument sûrs ? Alors qu'il est devenu aujourd'hui si facile de faire de la fumée, du buzz, même autour de fake-news avérées, comme vous ne le savez que trop bien.

L'honneur de notre Justice est encore de préférer des coupables en liberté à des innocents en prison. Souhaiteriez-vous, avec la populace déchaînée, l'inversion de ce paradigme ?

Depuis un certain temps déjà, Médiapart dérive, apparemment entraîné par une petite bande de redresseurs de torts et de donneurs de leçons à la petite semaine (toujours les mêmes) bénéficiant apparemment d'une grande bienveillance managériale. Mais il reste quelques vrai(e)s journalistes, plus attaché(e)s au fond qu'à l'écume des choses, rigoureux(ses) et pondéré(e)s. Pour combien de temps ?

Dérive, d'abord en choisissant d'aborder tous les sujets, même les plus courageux, sous l'angle le plus racoleur possible. Dérive, ensuite, en vous érigeant en temple d'une bien-pensance étriquée dont le manque d'empathie humaniste pourrait faire douter qu'elle soit vraiment de gauche. Dérive, enfin, en flattant systématiquement les plus vils instincts, toutes ces passions tristes qui s'originent dans la haine. Haine qui est ainsi devenue petit à petit votre véritable fond de commerce. Vous la récupérez, vous la relayez, vous l'amplifiez, vous la dirigez au besoin. Et ainsi, par populisme objectif, vous participez en fait à cette déshumanisation de la société que vous fustigez par ailleurs. Est-ce bien là le rôle d'un organe de presse ambitieux ?

Pourtant vous savez bien que cette haine qui enfle, c'est le capitalisme qui en est responsable, avec la souffrance extrême qu'il inflige au plus grand nombre en contrepartie des profits qu'il génère pour un tout petit nombre. S'il vous plait, ne vous trompez pas d'ennemis ! Si la haine s'exprime autant autour des faits de société c'est qu'aucune alternative n'apparaît encore au plan politique. Plutôt que d'essentiellement surfer sur la haine, ne pourriez-vous pas œuvrer plus utilement à aider à construire une (des) alternative(s) en relayant davantage les initiatives de celles et ceux qui refusent cette logique de guerre ? Informer c'est aussi investiguer pour les trouver et leur donner de la visibilité. Facile de dire qu'il n'y en a pas lorsque, par facilité, on n'a même pas cherché. Cela aussi pourrait peut-être se révéler "vendeur". C'est semblerait-t'il la toute nouvelle voie choisie par "La croix".

Paradoxalement, votre dérive populiste est probablement à l'origine de votre succès économique. Raison qui handicape sans doute une expression plus ouverte de la part du groupe des journalistes ayant conservé leur éthique. Mediapart, pour garder son âme, devra t'il se résigner au départ de ceux et celles, et surtout de celui, qui laissent délibérément ce medium d'exception dériver dans la facilité rentable d'un populisme éhonté en renonçant à la mission éducative de la presse, un des derniers remparts contre la barbarie ? Alors que l’Éducation Nationale qui y a pour sa part déjà depuis longtemps renoncé, est à présent occupée à renoncer aussi à sa mission d'instruction.

Pour ma part, je m'en vais, j'ai résilié mon abonnement.

 

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