Un enseignement de l’entrepreneuriat

François Hollande pense que « c’est d’abord le rôle de l’école que de stimuler l’esprit d’entreprise dans notre pays » et il annonce la mise en place « de la sixième à la terminale d’un programme sur l’entrepreneuriat ». De quoi se mêle François Hollande !

François Hollande pense que « c’est d’abord le rôle de l’école que de stimuler l’esprit d’entreprise dans notre pays » et il annonce la mise en place « de la sixième à la terminale d’un programme sur l’entrepreneuriat ». De quoi se mêle François Hollande !

Veut-il influer sur le Conseil supérieur des programmes qui a tout juste commencé à travailler ?
Veut-il influer sur les « valeurs communes » (la dignité, la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, l’esprit de justice, le respect et l’absence de toutes formes de discrimination) du rapport de la mission sur l’enseignement de la morale laïque qui « vise notamment à conduire l’élève à la conscience de la réciprocité dans le rapport aux autres, à la capacité à se mettre à la place des autres. Le manque d’empathie, l’indifférence aux autres, le mépris, l’absence de considération du point de vue de l’autre ou l’habitude de voir l’autre comme un ennemi, un concurrent ou un objet sont au cœur de la violence, une violence qui peut être tout à fait ordinaire » ?
Car cette visée est en contradiction avec la logique de performances individuelles, de la concurrence et de compétition du monde de l’entreprise et de cette fameuse recherche de « compétitivité » tant portée par le gouvernement.
L’« esprit d’entreprise » décliné dans le Socle commun dans « autonomie et initiative » a encore le sens d’entreprendre des projets, des actions et non de jouer au chef d’entreprise compétitive ou au salarié exemplaire ou au chef de service zélé.
L’esprit compétitif balaiera bien vite les « valeurs communes » pour laisser place propre aux valeurs boursières !
François Hollande veut-il souffler au Conseil supérieur des programmes une évolution du concept « esprit d’entreprise » ?

Pour quoi vouloir faire aimer l’entreprise aux collégiens ?
On n’aime pas l’entreprise en soi, on peut aimer des domaines professionnels autour de la santé, de l’éducation, du bâtiment, de la mode, du commerce…
Que les jeunes découvrent des métiers par la rencontre avec les personnes qui les vivent au quotidien !
Qu’ils puissent se découvrir une passion, un domaine d’activité et quels que soient leurs cursus scolaires puissent y travailler !
Que cela permette d’éviter des orientations par défaut liées aux résultats scolaires !
Il existe déjà l’enseignement économique et social, peut-être justement garantir son indépendance par rapport aux pressions de certaines entreprises qui veulent y glisser leurs intérêts particuliers et lui laisser le soin d’éclairer les jeunes sur la compréhension du monde économique, ses enjeux sociaux, ses possibles transformations… Il serait préférable d’élargir cet enseignement à tous et dans tous les lycées.

Même Jules Ferry présent dans le discours de François Hollande lors de son intronisation en mai 2012 désavouerait cette intrusion de l’entreprise dans les programmes scolaires. Bien que pourtant favorable à la politique économique libérale, il mettait en garde : « C’est une garantie des forces de la société française, une des garanties les précieuses de son avenir, que d’avoir conservé, à tous les degrés, sous le régime de la liberté la plus étendue, un enseignement de l’État fortement organisé […]. Dans une société démocratique, surtout, il est de la plus haute importance de ne pas livrer les études aux entreprises de l’industrialisme, aux caprices des intérêts à courte vue, aux courants impétueux et contradictoires d’un monde affairé, positif, tout aux soucis de l’heure présente »[1] (discours de Jules Ferry à la distribution des prix du concours général, le 4 août 1879).


[1] Citation extraite du billet de Claude Lelièvre : http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/300413/hollande-ferry-et-le-monde-affaire


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