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Billet de blog 1 août 2018

Environnement, urgence !

Le 1er août 2018, l’humanité a consommé tout ce que produit la planète pour l'année – bien sûr pas toute l’humanité, celle qui vit au-dessus de ses besoins pour vivre, voire mal vivre pendant que des centaines de millions d'humains meurent de faim.   Et si le monde entier vivait comme les Français, elle aurait commencé à creuser son déficit écologique dès le 5 mai 2018 !

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A la fin du 20e siècle et encore au début du 21e siècle, lorsque des catastrophes naturelles surviennent en France ou ailleurs, la population et les journalistes se réfèrent le plus souvent au passé pour commenter et comparer les phénomènes. Leur accélération et leur force ne sont guère perçues. Certes, après la Conférence de Paris (COP21) de novembre 2015, on parle un peu plus de défense de l’environnement, d’écologie, mais on relie rarement les différents phénomènes météorologiques au dérèglement climatique.

Les périodes de pluie et d’orages violents provoquant des inondations ou celles de sècheresse intense suivies d’incendies dévastateurs se succèdent. Des ouragans se déchaînent : Irma avec une force inédite sur les Antilles et  les pluies diluviennes d’Harvey sur le Texas.  

Ces catastrophes inquiètent de plus en plus les scientifiques qui publient et lancent des alertes comme le rapport annuel sur l'action climatique mondiale publié par l'ONU le 31 octobre 2017 qui fait la synthèse des dernières études scientifiques. Pour lui, il faut  « urgemment accélérer les actions à court terme et renforcer l’ambition à long terme ». Il met en garde sur l’écart entre les engagements actuels et ce qu’il faudrait « pour préserver  des centaines de millions de personnes d’une vie de misère », un constat dangereux et annonciateur de grands dérèglements tels que canicules, inondations et super-ouragans.

Mais seules les personnes déjà sensibilisées réagissent et mettent en cause le dérèglement climatique dans les rencontres spécifiques à la problématique écologique et sur les réseaux sociaux. Les médias  s’en emparent peu et la gravité de la situation reste peu visible.  

Les phénomènes extraordinaires du début de l’été 2018 changent la donne :

– Les températures anormalement élevées dans l’hémisphère nord avec ses conséquences meurtrières sur les humains et la nature : en avril 2018, le Pakistan a enregistré une température de 50,2°C  et  le record de température a été battu le 17 juillet en Laponie, 31,6° C.

– Les incendies détruisant des hectares de forêts en Grèce, en Suède.  

– Les inondations en Slovaquie, aux Philippines, au Nouveau Mexique, aux États-Unis, au Vietnam, au Cambodge, en Chine, en Mongolie, au Liberia, au Nigéria, après des pluies torrentielles, dans le Nord Pakistan suite à la fonte d’un glacier…

– Un village du Groenland est évacué à cause de la dérive d’un iceberg.

Devant ces phénomènes inhabituels et en grand nombre, les médias évoquent pour chacun d’eux le dérèglement et le réchauffement climatiques.

Les scientifiques sont entendus et cités comme Jean Jouzel le vice-président du Giec[1] : «si rien n'est fait pour lutter contre le réchauffement climatique, on pourrait avoir des températures record en France qui atteignent 50 degrés ».

Même si Nicolas Hulot appelle à un électrochoc et à « une union sacrée sur le climat », aucunes prises de décision, on continue de consommer, de produire sans penser à l’impact sur l’environnement. Les médias rappellent les restrictions de circulation pour les voitures trop polluantes, conseillent de rester chez soi et de boire davantage, de veiller sur ses voisins… mais personne ne rappelle les engagements pris par la France lors de la COP21.

Les vacances sont à l’ordre du jour avec les journées rouges de départ sur les routes, les anecdotes sur les aires de repos, les difficultés ferroviaires et les trains supprimés... Les présentateurs des bulletins météo rassurent les spectateurs – ou auditeurs avec la présence tenace de l’anticyclone, le rayonnement du soleil sur l’hexagone et la température de l’eau sur les côtes.  Les hautes températures semblent satisfaire les vacanciers interviewés qui se tartinent de crème solaire et jouent dans les vagues. Des reportages montrent des enfants heureux sous les jets d’eaux, des centres de loisirs inventifs pour offrir des jeux sans exposition au soleil… Pas une image ou un mot sur ceux qui ne partent pas en vacances et qui n’ont que ce que propose leur commune ou leur quartier pour ne pas trop souffrir des températures élevées.

Et aucune évocation de la souffrance de ceux qui vivent dans la rue et n’ont que les fontaines d’eau pour se rafraîchir…  quand elles ne sont pas fermées pour éviter d’effrayer les touristes.

Le 1er août 2018[2], l’humanité a consommé tout ce que produit la planète pour l'année – bien sûr pas toute l’humanité, celle qui vit au-dessus de ses besoins pour vivre, voire mal vivre pendant que des centaines de millions d'humains meurent de faim.  

Et si le monde entier vivait comme les Français, elle aurait commencé à creuser son déficit écologique dès le 5 mai 2018 !

Pour stabiliser ou au moins ralentir le réchauffement climatique, il faudrait que chaque citoyen de la planète produise moins de dioxyde de carbone. Ce qui implique non seulement une prise de conscience, mais un changement de système de production, de mode de vie et de consommation de chacun.

Ce citoyen au quotidien devra non seulement vivre, consommer, produire autrement, mais être vigilant sur le suivi des politiques à venir.

Ce n’est donc pas n’importe quel citoyen !

Pour qu’il puisse advenir, il faudrait que chaque enfant, jeune et adulte soit sensibilisé à son environnement et formé pour penser et agir ensemble : la coopération doit faire oublier la compétition et son enchaînement exponentiel de comportements dangereux pour l'humanité et la planète...

L’Éducation est le moteur de cette prise de conscience et avec elle la Convention internationale des droits de l’enfant comme référence première de toutes les politiques publiques que ce soit au niveau national ou international. Pas une seule loi, décret, circulaire,  pas une seule réforme… ne devraient être adoptés sans prendre en compte l’intérêt supérieur de l’enfant.

Ainsi les enfants, les jeunes et les adultes pourraient être non seulement conscients de leurs responsabilités, mais surtout acteurs et auteurs de politiques soucieuses de l’humanité et de la planète.

C’est urgent !

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