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Billet de blog 3 déc. 2014

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Évaluer n’est pas noter !

La parution du rapport du Conseil supérieur des programmes a déchaîné les réactions des nostalgiques – de droite comme de gauche – d’une école idéalisée portée par une méritocratie sans taches. Les propositions du rapport ont été caricaturées, moquées et présentées comme un nouveau jouet politique du gouvernement.

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La parution du rapport du Conseil supérieur des programmes a déchaîné les réactions des nostalgiques – de droite comme de gauche – d’une école idéalisée portée par une méritocratie sans taches. Les propositions du rapport ont été caricaturées, moquées et présentées comme un nouveau jouet politique du gouvernement.

Une évaluation bienveillante ! Quelle « niaiserie » ! On n’est pas dans le monde de Bisounours ! L’école doit plutôt habituer l’enfant à souffrir pour réussir, car adulte, la société ne lui fera pas de cadeau.

Des réactions politiciennes qui montrent bien le peu d’intérêt qu’ont ces personnes pour l’enfant, l’élève qui passe le tiers de sa vie à l’école pendant au moins dix ans – si l’on s’arrête à la fin de la scolarité obligatoire…

Déjà en 1964, Célestin Freinet le répétait : « Les notes et les classements sont toujours une erreur » Invariant n° 19.

En 1969, le ministre de l'Éducation nationale Edgar Faure dans sa circulaire n’est pas insensible aux pédagogies nouvelles : « Le développement des méthodes actives, des travaux d'équipe, ont rendu familiers des procédés de stimulation et d'émulation qui ne risquent pas d'engendrer un ''esprit d'âpreté'' déplaisant, et surtout n'ont point sur les élèves qui ne figurent pas dans le'' peloton de tête'' les effets décourageants que maintes études psychopédagogiques ont mis en lumière. »[1]

Et pourtant en 2014, une certaine idée de l’évaluation perdure : évaluer c'est contrôler et estimer une performance. Alors, on la quantifie, on mesure les écarts entre différentes performances ; on recherche une conformité ; on met au point des critères, des dispositifs.  

On compare, on fait des statistiques : les bons élèves, les bonnes classes, les bons établissements, les bons pays…

On est bon ou… mauvais !

On a au-dessus ou en dessous de la moyenne !  

Beaucoup d’élèves et leurs parents attendent une note comme un dû, une rétribution ou une récompense. Il faut dire que l’École depuis la petite section se charge de leur faire comprendre les règles de cette course au long cours : les mieux notés seront les mieux servis en terme de choix d’orientation, de diplôme et donc de valorisation sociale.

 Plutôt que de se dire qu’un élève sait ou ne sait pas et de comprendre l’origine de ses difficultés, on dit de lui qu’il est bon ou mauvais.

Dans certaines classes, écoles, collèges… il n’y a pas de notes : que ce soient des chiffres, des lettres accompagnées de petits plus et de petits moins, ou de petits bonshommes contents ou mécontents, ou de points rouges… 

Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de notes qu’il n’y a pas d’appréciation, ni d’évaluation. 

En effet, l’enfant, l’adolescent, comme l’adulte d’ailleurs, lorsqu'il crée, qu’il produit, qu’il fournit un travail éprouve le besoin de montrer, de savoir ce que l'on pense de sa création, de sa production, de son travail. Par rapport à lui-même, pour visualiser ses progrès, ses réussites, ses échecs ; pour évaluer ce qu'il a acquis, ce qui lui reste à savoir, et également par rapport au groupe qui aide l'enfant à se situer et à se repérer.

L’évaluation peut revêtir trois aspects : l'évaluation de l'enfant par lui-même (l’auto-évaluation), l'évaluation de l'enfant par le groupe, la classe, l'évaluation de l'enfant par l’enseignant.

L'interaction de ces trois aspects aboutit à une autre sorte d’évaluation qui profite en premier à l’enfant.  

Évaluer devient ainsi donner de la valeur, valoriser. 

Évaluer n’est plus un dispositif, c’est une démarche, un processus.  

Un processus où les cycles sont essentiels, car ils permettent d’accueillir les cheminements singuliers et de respecter les temps différents d’apprentissage, d’appropriation. L’enseignant et l’élève disposent alors de tout un cycle (2 ans ou 3 ans) pour s’approprier un maximum de connaissances.   

Un processus où le couple « s’autoriser » et « créer » permet à l’enfant, l’adolescent de devenir le plus souvent possible : auteur.  

Un processus où l’expression-communication est un élément indispensable avec entre autres :  

- la critique constructive du groupe ;

- les exigences scolaires qui se posent au fur et à mesure (grilles de correction, critères de lecture…) ;

- les traces des travaux.

Ainsi donner de la valeur à l'expression des enfants implique obligatoirement :

- des temps réguliers d'expression : orale, écrite, mathématique, scientifique, artistique, corporelle… 

- des temps réguliers de communication : présentations de textes libres, lectures, recherches, projets, créations…  

Un processus où la pratique de l'évaluation n'a pas besoin d'attendre la fin du trimestre, de la période, car elle se réalise au quotidien : 

- pour donner les moyens de personnaliser les apprentissages des enfants ;

- pour que l'enfant se sente encouragé dans son évolution (et non stigmatisé) ;

- pour que les réussites des uns deviennent des ressources potentielles pour l'ensemble du groupe (entraide, coopération, échange de savoirs) ;

- pour bénéficier de repères aidant chaque enfant à se situer quant aux attentes de l’école ;

- pour permettre à chacun de choisir le moment où il s'estimera en mesure de passer l’évaluation, de montrer une production, de présenter un texte, un livre, une recherche…

- pour enrichir la culture de la classe. 

On est bien loin de la note qui arrive tel un couperet sans espoir de retour. On est bien loin de la réussite aux dépens des autres… c’est une réussite solidaire et non compétitive. 

C’est cela aussi la bienveillance !

Quelques jours avant la Conférence nationale de l’évaluation, quelques semaines avant les conclusions de l’Éducation nationale, j’ai un souhait, une demande : tenez bon, ne lâchez rien, madame la Ministre !


[1] Lire le billet de Claude Lelièvre, « Luc Ferry, stupéfiant de niaiserie » : http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-lelievre/021214/luc-ferry-stupefiant-de-niaiserie

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