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Billet de blog 12 févr. 2015

Le printemps en hiver !

Des vacances de printemps qui débordent sur le mois de mai, une anomalie, une dérive du calendrier ! Cette dérive scandaleuse – marronnier de tous les nouveaux calendriers scolaires – est entendue à chaque fois par les ministres.

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Des vacances de printemps qui débordent sur le mois de mai, une anomalie, une dérive du calendrier !

Cette dérive scandaleuse – marronnier de tous les nouveaux calendriers scolaires – est entendue à chaque fois par les ministres.

Comme monsieur Vincent Peillon en décembre 2013, le 10 février 2015, madame Najat Vallaud-Belkacem tente de rassurer le tourisme blanc qui s’inquiète de cette « dérive » et l'un de ses représentants annonce 30 000 emplois de moins pour les professionnels de la montagne si les vacances de printemps débordent sur le mois de mai.

Le ministère va donc étudier la question…

Comme le mois de mai appartient au printemps, où est la dérive ?  

Qu'un temps de repos pour les enfants, entre les vacances d’hiver et d’été, pour équilibrer les temps de classe et de congés soit au printemps, rien de plus naturel. Les dernières zones débordent sur le mois de mai pour que les premières zones ne soient pas trop proches des vacances d’hiver. Bref, un équilibre, un rythme favorable aux enfants, à tous les enfants !

N’oublions pas que la majorité des enfants ne partent jamais aux sports d’hiver. Seuls 8 % des Français partent au ski (et encore un an sur deux) et c’est pour cette minorité que la ministre de l’Éducation nationale accepte de réfléchir à une concentration des vacances d'hiver et de printemps sur les semaines où la neige fleurit pour satisfaire les entreprises touristiques !

Actuellement, il y a deux périodes de vacances pendant les mois d’hiver : celles de Noël (deux semaines) et celles d’hiver (sur six semaines). Soit huit semaines !

Ce serait insuffisant et il faudrait donc avancer les vacances de printemps !

En 2015, les vacances de printemps mordent sur le mois de mai (11 mai), ce qui ne permet même pas à la première zone qui part en vacances d’hiver, d’avoir au moins six semaines de classe après les vacances de Noël (cinq semaines en réalité). On est loin des sept semaines recommandées, mais si on resserre encore pour ne pas mordre sur mai, on tombera à quatre semaines ! Ces coupures rapprochées avec les temps de reprise brisent le rythme et réduisent d’autant les périodes favorables aux apprentissages. 

Et tout ça pour à peine 10 % des enfants qui partent aux sports d’hiver (et ce sont toujours les mêmes de vacances en vacances) ! Il faut dire qu’une semaine aux sports d’hiver pour une famille équivaut au moins à deux mois de SMIC.

Et ce sont surtout les enfants pour qui l’École fonctionne bien qui partent : les enfants de familles à haut revenu, fortement diplômées, de cadres… et si peu d’enfants d’ouvriers. De plus, partir en vacances en hiver va de pair avec une vie sociale, culturelle et sportive riche. Ce sont les mêmes qui fréquentent les pistes, les cinémas, les théâtres, les activités culturelles. Et pour les autres ils n’auront guère d’activités à part la télé, l’ordinateur, les bas d’immeubles… 

Alors au lieu d’étudier des vacances de printemps à la neige, madame la ministre, étudiez ce qu’on propose à tous les enfants comme activités culturelles et sportives pendant les temps de vacances que l’Éducation nationale propose, que ce soit dans des séjours ou sur les territoires. Elles doivent retrouver l’expression « populaire » qu’elles ont perdue. Comme vous le savez, l’accès aux activités et au départ pour tous est un élément essentiel pour réduire les inégalités sociales, culturelles et donc scolaires.      

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