J'ai retrouvé cette lettre que j'avais envoyée à Monsieur Vincent Peillon il y a un an pour la sortie du Nouvel Educateur spécial Refondation. Comme seule réponse de sa part : la déception et les interrogations se sont précisées.
Le 9 avril 2013
Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale,
J’ai l’honneur et le plaisir de vous faire parvenir ce numéro spécial de notre revue « Refondation ? ». J’y tenais particulièrement, ayant vécu quelques grands moments de ce projet de refondation de l’école.
Dès juillet, j’ai représenté le mouvement Freinet dans les ateliers de la concertation pour la refondation de l’école, j’ai assisté à la remise de son rapport à la Sorbonne, j’étais présente quand vous avez reçu la délégation du Collectif des Associations Partenaires de l'École publique (CAPE) et j'ai apprécié votre intervention à la clôture des journées de l’innovation à l’UNESCO où vous avez évoqué Célestin Freinet et Jean Zay, d’ailleurs je siègerai pour le CAPE au Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative.
Notre mouvement pédagogique a « joué le jeu », seul ou avec le CAPE il a envoyé des contributions et des propositions pour enrichir le projet de loi d’orientation et de programmation pour l’école. Ses critiques ont toujours été constructives et ambitieuses pour notre École et ses élèves. Vous pourrez le constater en lisant ce numéro. Cependant, les déceptions se multiplient.
Une première déception a suivi votre annonce sur la semaine de quatre jours et demi avec 25 heures devant toute la classe, dont deux heures hors enseignement. Quelques heures plus tard, vous recevez les syndicats, une négociation qui s’est prolongée tard dans la nuit et vous revenez sur cette 25e heure et à 24 heures d’enseignement devant toute la classe, mais rien n’est figé sur le contenu du temps en petits groupes. Vous annoncez une grande table ronde avec tous les partenaires (y compris le Collectif des Associations Partenaires de l'École publique). Nous travaillons au sein du CAPE sur une contribution que nous présentons au Salon de l’éducation où vous êtes intervenu rappelant l’importance de nos associations pour la réussite du projet. La table ronde n’a jamais eu lieu et seules les négociations avec les représentants des syndicats et des collectivités locales ont modelé l’écriture du décret sur les rythmes.
Nouvelle déception quand le projet de décret sur les rythmes est paru, car il ne prenait pas en compte le temps de l’enfant dans sa globalité, il le réduisait à la journée et à la semaine scolaire.
Les heures d’activités complémentaires auraient pu être l’opportunité d’offrir à tous les enfants un accès à la culture, de permettre aux enseignants de travailler avec d’autres acteurs de l’éducation. De donner un peu plus de cohérence au temps de l’enfant. Ce n’était qu’une amorce, certes, mais l’on pouvait imaginer une suite…
Avec le décret adopté, l’ouverture aux activités culturelles pour tous les enfants s’est réduite comme peau de chagrin au profit des activités purement scolaires. Les défenses particulières et catégorielles ont donc pris le pas sur les considérations que portait à l’origine ce projet de rythmes scolaires, celui de l’intérêt de l’enfant.
Est-ce normal que les contenus pédagogiques n’aient pas été réfléchis avec les mouvements pédagogiques et d’éducation populaire ?
Je crains pour les décrets à venir.
Qu’arrivera-t-il du projet de décret sur les cycles avec en particulier le cycle 3 et tout le projet de lien entre le collège et l’école primaire, certains syndicats se sont déjà exprimés ?
Qu’arrivera-t-il de celui sur le socle commun et les programmes ?
Qu’arrivera-t-il de celui sur l’évaluation ?…
Une espérance bien vivante encore : que soient entendus les mouvements pédagogiques et d’éducation populaire pendant l’application de la loi d’orientation et de programmation et qu’ils soient partie prenante de la formation initiale et continue des enseignants.
En souhaitant sincèrement que la lecture de notre revue renforce encore votre conviction de transformer notre École sans trop de concessions.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, l’expression de ma haute considération.