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Billet de blog 21 novembre 2015

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Résister et espérer

Quand je regarde les hommes, les femmes, les jeunes dans le métro, dans le RER, sur le trottoir je me sens humaine et je les aime. Le sourire est prêt à jaillir et je le laisse se répandre. Je me sens pleinement partie prenante de notre société, de notre démocratie, j’ai envie de participer, de défendre nos principes et je le fais avec enthousiasme dans tous mes engagements associatifs.Mais quand j’ai entendu les politiciens[1] qui nous représentent à l’Assemblée, au Sénat, j’ai eu la nausée. Et pour la première fois qu’ils soient à gauche ou à droite de l’hémicycle. Ce ressenti s’est ajouté à ma colère et à mon indignation, mais heureusement ne les a pas remplacées. Mais il me rend triste.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Quand je regarde les hommes, les femmes, les jeunes dans le métro, dans le RER, sur le trottoir je me sens humaine et je les aime. Le sourire est prêt à jaillir et je le laisse se répandre. Je me sens pleinement partie prenante de notre société, de notre démocratie, j’ai envie de participer, de défendre nos principes et je le fais avec enthousiasme dans tous mes engagements associatifs.

Mais quand j’ai entendu les politiciens[1] qui nous représentent à l’Assemblée, au Sénat, j’ai eu la nausée. Et pour la première fois qu’ils soient à gauche ou à droite de l’hémicycle. Ce ressenti s’est ajouté à ma colère et à mon indignation, mais heureusement ne les a pas remplacées. Mais il me rend triste.

Ces élus qui se laissent entraîner sur cette route dangereuse pour des raisons à court terme – les prochaines élections – et qui ferment les yeux sur l’avenir de la démocratie sont pitoyables. Une surenchère d’unité nationale pour ne pas être en reste !

Dans ses discours, en affirmant avec un ton solennel « la France est en guerre » et en se taisant sur les causes des attentats, François Hollande souhaitait mobiliser la fibre sécuritaire des citoyens et des élus et il a réussi. Tout était calculé, chaque mot était pesé pour fixer la peur et ainsi valider toutes les mesures autoritaires et liberticides en projet. Même la droite forte, voire l’extrême droite y a trouvé son compte et a applaudi. Le Président n’a pas hésité ainsi à mettre en danger la démocratie française déjà fragilisée par les discours de ceux qui préfèrent l’identité à l’Égalité, la sécurité à la Liberté et le repli sur soi nourri par la peur de l’étranger à la Fraternité.  

Le spectacle du premier ministre était angoissant avec ses rictus de haine et ses mots qui entretenaient la peur, il était inquiétant avec ses injonctions à ne pas céder au juridique, au Conseil constitutionnel – pourtant garant de nos droits fondamentaux – et il était dangereux avec sa volonté de figer dans la Constitution ce qui ne devrait n’être que provisoire. Un spectacle angoissant, effrayant, dangereux, mais réussi, car presque tous les élus ont voté la prolongation de l’état d’urgence et son idéologie guerrière. Six seulement se sont démarqués…   

Et pourtant les conséquences sont graves pour l’état de droit : extension de la déchéance nationale aux binationaux nés Français ; l’autorisation pour les policiers de porter leur arme hors du temps de service ;  suspicion et soupçon sur comportement suffisants pour engager des perquisitions, des surveillances, des assignations à résidence… et sur simple décision de police administrative ; pouvoirs exceptionnels donnés aux préfets ; aggravation du contrôle étatique, etc.

Pendant que l’État préfère l’état d’exception à l’état de droit, les citoyens eux, sont écartés, invités à s’isoler et sommés de ne pas se rassembler, se réunir et manifester. Être citoyen de France devient un délit, juste le droit d’avoir peur !

Les interdictions liées à la COP21 sont les prémisses de toutes celles qui vont se répéter lorsque les citoyens auront à exprimer leurs critiques, leurs défiances et leurs dissidences.

Malgré ces mesures liberticides, je reste confiante dans la possibilité des citoyens et citoyennes à se réapproprier le politique au quotidien, au local, au national et à s’engager dans les grands enjeux de notre société, comme le prochain sur le climat, l’avenir de la planète et de son humanité.  

Les collectifs d’un jour ou de plusieurs, les associations, les organisations citoyennes… feront ce que ne font plus les politiciens, ils penseront le présent et le futur. Ils inventeront des formes d’action et de résistance.

« Créer, c’est résister ! Résister, c’est créer ! »[2]

Et ce qui est le plus enthousiasmant : la jeunesse est bien là, présente et active et j’ai confiance en elle !

Alors, la nausée s’en est allée !


[1] Je les appelle politiciens, pour ne pas salir le mot politique qui appartient encore à tous les citoyens.

[2] Stéphane Hessel

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