Élections européennes quand on y tient… ou pas

Malgré les débats organisés, les émissions spéciales diffusées, les articles de la presse publiés, depuis le début de la campagne, on n'a guère parlé d'Europe. Qui a lu les programmes ?

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Dimanche 26 mai, les électeurs sont appelés à se rendre aux urnes pour l’Europe.

L’abstention de la jeunesse promet d’être toujours aussi importante (deux sur trois qui ne voteraient pas). Mais qu’est-ce qui pourrait la pousser se déplacer dimanche ? 

D’ailleurs même si nous n’appartenons plus à la jeunesse, qu’est-ce qui peut nous pousser à participer à cette élection ?

En tous cas, pas ce que nous a donné à voir la campagne réduite à un spectacle sans éclats.

Des listes avec des noms accrocheurs, des  visages connus,  des expressions publiques aux bons mots pas toujours réfléchis, aux erreurs historiques… tout pour créer le buzz dans les réseaux sociaux, mais pas grand chose sur l'Europe.

On twitte, on like, on s’indigne, on caricature, on ironise…

Et le chef d’orchestre, Emmanuel Macron oublie qu’il est le président de tous et s’impose sur les affiches de la liste LREM. Sans complexe, il appelle au choix de la liste portée par Nathalie Loiseau. « Sauvez la France » est son mot d’ordre, car le danger de l’arrivée de l’extrême droite devrait guider le choix électoral de chacun.

Pour l’instant les différents sondages montrent qu’il aurait convaincu :

Sur les 34 listes proposées aux électeurs : LREM et le Rassemblement national (RN) sont au coude à coude avec une estimation de 23,5 (LREM) et de 24,2 % (RN) un duel que portent, scénarisent les  médias. Ce qui fait déjà la moitié des suffrages.

Sachant que les listes qui auront moins de 5 % n’auront aucun député au Parlement européen. Il n’y aurait que les Républicains (LR) 13 %, les Verts (EELV) 9 %, la France insoumise (FI) 7,5 %, le Parti socialiste (PS) - Place publique (PP) 5,5 % qui siègeraient également.

Ce qui fait 6 listes sur les 34 !

A part Debout la France avec 4 %, toutes les autres listes auraient moins de 3 % et donc non remboursées de leurs frais.

L’insistance quotidienne du Président sur le danger de l’extrême droite aurait donc porté ses fruits. Mais n’a-t-elle pas permis également que les électeurs ne se plongent pas dans les différents programmes ?

D’ailleurs qu’apprend-on en les lisant ? J’ai juste pris deux des thèmes.

  1. L’immigration un sujet délicat et clivant

A gauche, des politiques d’ouverture

Mettre en place une flotte de sauvetage en Méditerranée.

Abroger le règlement de Dublin (renvoyer les demandeurs d’asile dans le pays par lequel ils sont entrés).

Créer un statut de réfugié climatique.

Pour la FI seulement : sortir de Schengen et de Frontex pour « refonder la politique européenne de contrôle des frontières  extérieures » et sans militarisation de la politique de contrôle des flux et les « accords honteux » qui maintiennent les migrants dans des pays non démocratiques.

Le PS lui souhaite « sauver » Schengen en renforçant la gestion commune des frontières extérieures.

A droite des politiques de fermeture

LR et le RN proposent de protéger davantage les frontières extérieures de l’Europe. Pour les frontières internes : RN veut sortir de Schengen et LR lui, souhaite « pérenniser le rétablissement de contrôles aux frontières intérieures » tant que l’extérieur n’est pas mieux contrôlé et propose que les demandes d’asile soient étudiées à l’extérieur de l’Europe dans des centres internationaux. Le RN se veut non laxiste dans l’octroi de cet asile et expulser les clandestins voire supprimer l’immigration légale.

LREM se situe entre les deux, en même temps une politique plus ferme de l’immigration illégale et une politique plus humaine de l’accueil des réfugiés avec en plus, le souhait d’harmoniser les critères d’asile dans toute l’Europe. Elle propose aussi d’augmenter les aides financières au retour volontaire et de donner des fonds européens supplémentaires aux municipalités qui accueillent des réfugiés.

  1. L’écologie, un sujet porteur et points communs

Toutes les listes ont glissé dans leur programme des propositions écologiques, plus ou moins floues, souvent peu concrètes, mais des composantes indispensables après les différentes marches et pétitions pour le climat. On y trouve la création d’une banque pour le climat (LREM), des dépenses vertes non soumises aux 3 % de déficit (PS-PP), un traité environnemental européen pour tous les pays (EELV), une taxe carbone sur les produits importés (LR), produire au plus près pour moins polluer (RN), l’interdiction des perturbateurs endocriniens, de l’élevage en batterie et du plastique à usage unique (FI)...

 Et tous parlent protection : taxe carbone et fin des accords de libre échange avec ceux qui ne respectent pas les Accords de Paris sur le climat (LREM), rétablissement de taxes, quotas et contingentements aux frontières de l’Europe comme au États-Unis (RN), plus « protectionnisme  solidaire » pour la FI, « protectionnisme vert » pour EELV, « exception agriculturelle » européenne dans les négociations  (PS-PP), ouverture des marchés européens aux pays qui ouvrent les leurs (LR).

 

 A part les militants et sympathisants des différents mouvements politiques, la lecture des propositions pour l’Europe est difficile pour l’ensemble des électeurs qu’ils soient jeunes ou pas.

Les grandes préoccupations des citoyens ne sont guère abordées : pouvoir d’achat, fiscalité, chômage, l’accès aux soins, aux services publics… sans oublier que la confiance dans la représentation politique s’estompe régulièrement.

Et pour la participation (autour de 42 % selon les sondages) il y aura en plus des militants et sympathisants, les plus anciens, les retraités qui ont conservé leurs habitudes de participation aux élections.

 Pas très optimiste tout ça, mais avec un président qui gouverne seul, qui méprise les parlementaires, déteste les journalistes, les syndicats, les associations, un président qui s’incruste partout…  on ne peut que s’inquiéter pour l’avenir de la démocratie en France.

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