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Billet de blog 24 févr. 2021

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L'écriture inclusive exclut-elle ?

Qu'on la nomme épicène ou inclusive, une écriture qui fait débat, avec même une proposition de loi pour l'interdire dans les services publics...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Inclure le féminin dans la langue française est un élément essentiel pour la reconnaissance de l’égalité homme/femme dans la société. Mais cette inclusion n’a de sens que si la société tient compte des inégalités que subit la femme au quotidien. L’écriture sexiste n’est qu’un maillon de la chaîne inégalitaire. 

Les femmes se sentent-elles concernées par l'écriture inclusive ?

Voici deux situations simplifiées de personnes sur les très nombreuses que les femmes vivent et qui renferment des inégalités de toutes sortes :

– Une femme de 35 ans, française depuis plusieurs générations, résidant à Paris (dans un quartier peu populaire), mère de trois enfants, cadre supérieure. Elle a le temps (femme de ménage, nourrice…) de se questionner sur la place de la femme, l’écriture inclusive et elle a les connaissances linguistiques pour la comprendre.

– Une femme de 35 ans, française depuis plusieurs générations résidant à Grigny, mère de trois enfants,  peu diplômée, s’occupant de tout à la maison. Elle n’a guère le temps de se questionner sur la place de la femme, l’écriture inclusive et elle n’a pas assez de connaissances linguistiques pour la comprendre.

Si on change leur origine…

Pour la première femme, même si elle est d'origine étrangère, son niveau d’études, ses contacts sociaux, son lieu de vie sont déterminants. Elle peut toujours se questionner sur l’égalité homme/femme et s’intéresser à l’écriture inclusive.

Pour la deuxième, la culture familiale qui l'entoure peut rendre très acceptable sa condition de femme au foyer. La place des femmes est ainsi depuis des générations dans sa famille qu'elle soit en France ou à l'étranger.. L'écriture inclusive ne la concerne pas.

… et si on ajoute une religion

La première femme vit comme légitimes les inégalités qu'elle rencontre au travail, même si son expertise professionnelle est connue. L'égalité homme/femme ne l'interpelle pas, et même si l'écriture inclusive ne l'intéresse pas, elle n'a aucune difficulté pour la comprendre.

Pour la deuxième, elle vit sa condition de femme au foyer comme totalement naturelle puisque validée par les écrits religieux, comme l’est la soumission à l’autorité de son époux. Elle n'est pas en situation de réfléchir à l’égalité homme/femme et encore moins à l’écriture inclusive.

Alors, qui se sent concerné par l’écriture inclusive ?

Les femmes ayant une culture politique, issues de milieux sociaux privilégiés, aux  métiers reconnus, vivant dans des lieux peu populaires et n’ayant pas de soucis linguistiques avec le français.

Les hommes des mêmes catégories sociales, mais en retirant ceux qui ne la souhaitent pas pour des raisons idéologiques, de maintien de leurs privilèges…

Et il faut retirer tous les hommes et toutes les femmes qui craignent pour l’avenir de la langue française…

Une utilisation non sexiste de la langue sans utiliser les excès de l’écriture inclusive est-elle possible ? 

Oui avec ce préalable : avant de réfléchir à une utilisation non sexiste de la langue, il faut que l’éducation mette en vie l’égalité garçon/fille dans ses programmes éducatifs, dans ses propositions d’orientation avec des politiques éducatives sans concessions – qu’elles soient nationales ou territoriales.

Et surtout ne pas oublier les plus inégaux devant la langue française que ce soient les enfants ou les adultes.  Quelques exemples qui exacerbent ces inégalités :

- Apprendre à lire avec des mots coupés par des points. Un mot ne devrait pas se morceler ainsi, même les « syllabistes » n’en font pas autant !

- Le  rapport à la mémorisation inconsciente des mots qu’on lit.

- Les marques du pluriel qui ne se voient plus. Ex : « des citoyen.nes », on voit en premier « des citoyen » puis  « des citoyenne » et enfin « des citoyen.ne.s ».

Alors, évitons le plus possible le point médian et mixons différentes formes de féminisation dans un texte, utilisons entre autres :

- le féminin des noms (métiers, fonctions, grades, titres...) : une députée, une autrice, une professeure...

-  les deux noms : citoyen et citoyenne

- réactualiser la règle de proximité pour l’accord de l’adjectif : le conducteur et la conductrice sont prudentes ou la conductrice et le conducteur sont prudents

- une autre expression : la population française pour les Français et les Françaises

Et surtout : mobilisons-nous pour vaincre les inégalités homme/femme qu'elles soient scolaires, professionnelles, domestiques, politiques, territoriales, nationales...

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