«Veiller sur mes parents», ça s’achète!

Depuis quelques jours, une publicité me dérange : une personne âgée peut rester vivre chez elle grâce à la visite régulière de son facteur. Jusque-là tout va bien...

 La valorisation du travail quotidien d’un travailleur du service public qui est le contact humain indispensable des personnes âgées que ce soit en ville ou à la campagne, notamment dans les villages, voire les hameaux les plus reculés.

Même si ce n’est pas très nouveau pour de nombreux facteurs, si la Poste les encourage à s’arrêter davantage, à prendre un café ou une part de gâteau avec une personne âgée, à encourager la relation humaine, pourquoi pas ?

Mais on déchante très vite, quand on voit que ce n’est pas un encouragement à ce que chaque facteur prenne du temps auprès des personnes âgées de sa tournée, mais plutôt la publicité pour un nouveau service – plutôt un produit – payant.  En effet, les familles qui souhaitent avoir un œil vigilant et bienveillant sur leurs parents âgés doivent souscrire à un forfait défini selon le nombre de visites souhaité :

- une visite par semaine : 19,90 € (offre de lancement[1]) puis 39,90 € par mois

- quatre visites : 99,90 €

- six visites : 139,90 €

Après chaque visite, les familles seront informées via une application sur leur smartphone.

Une certitude : plus la famille paie, plus elle est rassurée… tout se vend, même la quiétude !

Une inquiétude : la personne âgée sans famille payante n’aura-t-elle plus qu’un salut rapide du facteur, voire même plus de contact si pas de courrier à lui apporter ?

Tout peut se vendre

Ce n’est pas la préoccupation humaine et la valorisation du travail du facteur qui sont visées, mais tout simplement la recherche de nouveaux produits à vendre. De plus, comme le facteur est une personne reconnue et appréciée des Français, la confiance dans la prestation n’est pas difficile à obtenir et les clients sont faciles à récupérer.

Ce nouveau produit détruit tout simplement ce qui existait auparavant et sans contrepartie monétaire.

C’est bien le concept de « service public » qui se transforme en « services au public » qui bien sûr, sont payants !

 De l’usager au client, le pas était déjà franchi par la Poste, mais là elle fait une nouvelle enjambée : la relation humaine devient un produit à vendre.

Cette prestation ne s’arrête pas à la visite du facteur, la Poste a également pris une participation majoritaire dans Axeo (réseau de 180 agences de services, qui propose de l'aide au maintien à domicile, du bricolage, du jardinage… )

En informant la famille, le facteur va-t-il lui suggérer un service supplémentaire utile pour la personne visitée ?

Le facteur, un représentant commercial de confiance tout trouvé !

 

[1] Sur le site de la Poste : « Prix TTC appliqués jusqu’au 31 décembre 2017 pour toute souscription effectuée entre le 22 mai 2017 et le 31 décembre 2017 sur les formules Veille 1 et Veille 2. À partir du 1er janvier 2018, le tarif de l’abonnement est celui de la grille tarifaire en vigueur. »

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