La rue, c’est pour circuler en sécurité
L’arbre est menaçant on l’abat, le pigeon est insalubre on l’empoisonne, le piaillement du moineau agace on le fait fuir, le jeune fait peur on le contrôle en permanence, le banc attire les sans-abris on le supprime…
Plus d’espace convivial pour se reposer, lire, discuter, regarder les passants... Tant pis pour les personnes âgées qui peuvent ainsi rompre un peu avec leur solitude, tant pis pour les jeunes qui refont le monde, rient, chantent et dansent, tant pis pour les mamans qui se posent avec les poussettes…
Les lumières de la ville, celles qui scintillent dans les yeux des enfants et des amoureux, dans les reflets de fenêtres qui s’ouvrent et se ferment au gré des saisons, dans les rues qui s’animent et font la fête… peuvent s’éteindre si nous laissons la méfiance s’installer. Déjà, petit à petit, les yeux des caméras de surveillance s’imposent et nous suivent ; l’éclairage est là, alors, pour les soutenir et ne pas laisser un seul espace sans leur regard.
La rue, c’est pour acheter en sécurité
Les badauds sont des clients potentiels qu’il ne faut pas effrayer pour qu’ils puissent s’arrêter devant les vitrines sans être perturbés par la présence parfois bruyante des sans-abris, des pauvres qui mendient et donnent mauvaise conscience. Il ne faut pas gâcher le plaisir d’acheter... surtout aux personnes qui ont les moyens financiers. Les autres n’intéressent pas, elles ne se promènent guère dans les rues piétonnes, ne flânent pas devant les vitrines et entrent encore moins dans les boutiques… elles achètent au marché ou dans les supermarchés à bas prix.
La rue, ce n’est pas pour jouer, discuter ou se reposer
L’imagination des municipalités pour rendre inutilisables les espaces urbains pour s’asseoir ou se coucher est surprenante : pointes, accoudoirs mal placés... Dans le métro, il n'y a plus de bancs depuis longtemps, ils ont été remplacés par des sièges tellement incurvés et séparés les uns des autres que seuls des chats pourraient les utiliser pour se coucher... s’ils en avaient envie.
Il ne reste plus que les sols.
Que vont inventer les villes pour les rendre inaccessibles ?