Liberté de Con sans Science

Dans son édito n° 2019 du 2 Décembre 2015, Riss développe une thèse qui ne peut passer inaperçue dans le climat délétère où semble plongé notre pays : la religion, l'islam, est à l'origine des attentats du 13 Novembre 2015 qui ont frappé Paris. En tant que citoyenne, soucieuse d'établir quelques vérités, mon amie G. R. interpelle Riss.

 Dans son édito n° 2019 du 2 Décembre 2015, Riss développe une thèse forte : la religion, l'islam, est à l'origine des attentats du 13 Novembre 2015 qui ont frappé Paris. Sa prise de position détonne dans le discours politique et médiatique qui plaide contre la confusion entre islam et terrorisme. Se présentant comme un « hebdo satirique, politique et social, sans pub » qui se bat pour « l'amour entre tous frères », la démonstration de son nouveau directeur de publication est pour le moins inattendue.

     Dès le deuxième paragraphe, Riss ne peut trouver d'exemple plus récent dans sa culture politique que le parti nazi pour illustrer sa thèse. Exemple qui a l'avantage, depuis de nombreuses années, de justifier à peu près tout et n'importe quoi. Mais Riss a fait son choix : le parti nazi sert à montrer comment « les idéologies totalitaires ont toujours puisé parmi les criminels pour grossir leurs troupes ». Comme toutes les évidences, l'affirmation est difficilement discutable : les idéologies totalitaires ayant des intérêts politiques et financiers exploitent les vices des hommes pour atteindre leurs buts.

     Mais Riss persiste en réaffirmant son postulat : «… il n'en reste pas moins que c'est bien la religion qui est à l'origine de ses horreurs. ». Pour l'auteur, l'islam est une « idéologie totalitaire » comparable au nazisme. Cette conclusion honore la ligne éditoriale du journal : «… un pas de côté sur l’actualité, pour voir au-delà de ce que tous les autres médias nous proposent ». A part les groupuscules d'extrême droite, notamment Geert Wilders à la tête du Parti nationaliste néerlandais, personne n'avait osé soutenir cette idée.

      Ensuite, vient le tour des représentants de l'islam en France «… car jamais on ne les entend affirmer haut et clair leur attachement aux valeurs de la démocratie ». Regrette-t-il la sincérité nazie ? L'islam en tant qu'idéologie totalitaire devrait, si l'on suit son analogie, attaquer les fondements de la démocratie et clamer sa haine de la France. Le problème avec « eux », c'est que non seulement ils avancent masqués mais qu'en plus, ils font mentir Riss... On appréciera le manque de clarté de Dalil Boubakeur au micro d'Europe 1, après l'attaque de Charlie Hebdo : « La communauté est abasourdie par ce qui vient de se passer. C'est un pan entier de notre démocratie qui est gravement atteint. »

     Ces nouveaux soldats du totalitarisme iront jusqu'à appeler « les citoyens de confession musulmane à rejoindre massivement la manifestation nationale de dimanche 11 janvier 2015 pour affirmer leur désir de vivre ensemble en paix dans le respect des valeurs de la République » sur le site du Conseil Français du Culte Musulman le 8 janvier 2015 [1] Riss en conclura peut-être qu'il ne s'agit que de techniques de dissimulation, inspirées de la très médiatique taqqiya...

     C'est en expert de l'islam, des banlieues et des musulmans en France que Riss, fort de son savoir, affirme sans crainte... du ridicule : « Critiquez l'islam sans être musulman, et on vous traitera d'islamophobe. Critiquez l'islam en étant musulman, et vous serez condamné à l'exil par votre famille. ».

     En intellectuel avisé et curieux, Riss énumère les tabous de la tradition islamique en réduisant ses lectures à la version des fondamentalistes, écartant ainsi la voix de nombreux intellectuels qui prônent une renaissance authentique de l'islam comme Abdelmajid Charfi[2] :

 « Penser l'islam aujourd'hui c'est, par conséquent, démasquer le caractère trompeur de ces traditions qui prétendent refléter les volontés du Prophète, alors qu'elles ne sont, et ne peuvent être, que des représentations influencées, de bonne ou de mauvaise foi, par des facteurs historiques susceptibles d'être analysés par les méthodes des sciences humaines et sociales modernes. Nous osons affirmer qu'une nouvelle interprétation du Coran et des textes fondateurs est non seulement possible mais qu'elle est plus fidèle à l'esprit et à l'objectif ultime du message du Prophète.[3] »

     On rappelle au docte Riss les propos de Gérard Mordillat dont les documentaires sur les religions trouvent grâce à ses yeux : « L'ignorance a toujours été la préférence des tyrans. » [4]  Un démocrate ignorant peut devenir tyran.

     En proclamant que « l'islam aujourd'hui est une religion de cancres », Riss confesse au lecteur son ignorance et son mépris d'une partie de la population française. Que cherche Riss ? Quel climat veut-il instaurer dans un pays où deux millions de citoyens cherchent à vivre leur religion dans l'espace que leur accorde la laïcité en France. Riss prend en otage nos valeurs et la démocratie qui selon le philosophe Abdou Filali-Ansary, « devient, du fait de ces approches, l'enjeu ou l'alibi de combats qui la dépassent en la défigurant, qui déplacent ses contenus pour livrer des batailles sur d'autres terrains. » [5]

      Une heure de recherche sur internet aurait suffi à cet éditorialiste de renom pour constater les limites de son savoir.

 

 


[1]1  http://www.lecfcm.fr/?p=3913

[2]http://www.iesr.ephe.sorbonne.fr/index4774.html

[3]http://abonnes.lemonde.fr/savoirs-et-connaissances/article/2007/10/11/l-islam-aujourd-hui-face-a-la-modernite-par-abdelmajid-charfi_965794_3328.html

[4]http://television.telerama.fr/television/sur-arte-jesus-prophete-en-islam,134860.php

[5]http://www.revue-pouvoirs.fr/Islam-laicite-democratie.html

 

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