Action Froid : des citoyens s’engagent contre la précarité

La petite asso lancée en février 2012 par Laurent Eyzat a tout d’une grande ! Après 33 mois de maraudes, des tonnes de vêtements récoltés et des milliers de repas servis avec les moyens du bord, elle déploie ses antennes à travers la France. Avec de beaux projets en perspective… Rejoignez-les !

Le 29 octobre, j'ai écrit un article pour le site collaboratif Ecoloinfo. Un media citoyen axé sur l'actualité écologique, le développement soutenable, la vie associative, des sujets traités sans étiquette politique pour faire avancer le schmilblick. Je vous invite à le visiter, à partager et commenter. L'article a connu un franc succès avec plus de 1 500 mentions "j'aime" sur Facebook. J'ai donc décidé de lui offrir une seconde chance en le publiant ici dans une version plus courte, dans l'espoir qu'il continue sa vie et permette à plus de citoyens de "faire leur part" dans ce projet d'entr'aide aux sans-abris. Dans l'article initial, vous trouverez des photos et des commentaires.

UN PRÉSIDENT QUI FAIT BOULLIR LA MARMITE

Février 2012. Il fait un froid de gueux ! Laurent Eyzat rentre chez lui, en banlieue parisienne. Il neige, ça pèle. Dans les rues noires, il va croiser des ombres couchées sur les trottoirs. Abris précaires, parfois un matelas. Son sang ne fait qu’un tour. Le temps de rentrer chez lui, de faire chauffer de l’eau, d’en remplir un thermos. Il passera la nuit dehors, à servir des cafés chauds, distribuer deux trois couvertures, des gants, un bonnet. Et à parler, parler, parler… Gros moment de solitude et sentiment d’impuissance. C’est mal connaître le bonhomme. Ni une, ni deux, il crée un petit groupe et envoie des messages à quelques ami-e-s sur facebook. Les réponses fusent, la première maraude est lancée pour le samedi suivant, le temps de récolter vêtements chauds, sacs de couchage et provisions. Aujourd’hui, l’antenne parisienne compte plus de 400 membres et un noyau dur de 100 bénévoles actifs qui maraudent tous les samedis (été comme hiver) dans les arrondissements de la capitale. Sans subvention. 

L’antenne parisienne occupe un local à Arcueil, qui lui permet de gérer les montagnes de vêtements qui affluent, les stocks de provisions et de produits d’hygiène, les packs d’eau – récoltés grâce à des opérations organisées dans des supermarchés de proximité. Il abrite depuis peu un vestiaire solidaire (merci Laure) où sont proposés à la vente les vêtements inappropriés pour la rue parce que trop luxueux ou trop légers. Des prix solidaires (2€), parfois même des prix groupés pour les familles dans le besoin.

Rejoindre l'Antenne Paris - France

CALAIS, L’ANTENNE SPÉCIALE

En juillet 2014, le démantèlement ultra violent des camps de réfugiés de Calais a fait bondir Pierre Rode. « On a décidé d’y aller sur un coup de tête. Trois voyages plus loin, le constat est clair. Motiver sur un objectif précis et sur une période courte peut être très efficace ! Promenés par des associations locales, on a vu des gens dehors, qui ramassaient leurs affaires sous une pluie battante. » Distribution de nourriture et surtout d’eau : « nous sommes revenus absolument bouleversés », décrit-il dans un souffle. Toute une humanité maltraitée par les instances municipales et par une population hostile… Indifférence, agressivité, haine. « A Calais, il y a le début de quelque chose qui est un danger, mais à Calais nous avons vu des « saints », des gens qui reçoivent chez eux des schizophrènes, des paranos, et qui vérifient qu’ils prennent leurs cachets. Les mêmes vont dans les camps au risque d’être contaminés par les épidémies. Ici aussi, on peut apporter du matériel, c’est l’aspect pratique. Relayer, montrer ce qu’on y voit, c’est symbolique. On a l’impression d’être dans un camp retranché, dans une ville assiégée. On est attendu comme la cavalerie ! Et c’est pour cela qu’on y retournera." 

Rejoindre Action Froid Paris-Calais

UN FONCTIONNEMENT BASÉ SUR LA SOLIDARITÉ

L’association a été créée pour aider les sans-domicile fixe lors des grandes vagues de froid. Elle a vu le jour le 02 février 2012 à l’initiative de Laurent Eyzat. Laurent a voulu donner un sens au réseau social, et c’est naturellement sur Facebook qu’il lance l’association. Très vite les réponses arrivent, les messages se relaient de page en page… les idées fusent et les premières actions sur le terrain ont lieu dès le 1er jour de la création. Plusieurs personnes de différentes régions répondent et montent des antennes locales.

Des citoyens comme toi et moi se lancent dans l’aventure, certains à pied, d’autres en voiture.  Le 26 octobre, Ivan Mouton, porte parole d’Action Froid, a rassemblé tout ce petit monde pour un grand week-end de retrouvailles. L’occasion de faire connaissance, de débattre sur les expériences de chacun, de signaler des besoins, d’échanger les bons plans.


Les antennes nationales

À Lyon, ce sont les étudiants de Sciences-Po qui ont pris les choses en main : 60 bénévoles qui maraudent en bus et métro. Leur fait de gloire ? L’organisation d’un concert qui a généré 1000 € en une seule soirée. Une idée à reprendre ! Vous êtes dans la région ? Ils ont besoin d’un local et cherchent à s’acoquiner avec un boulanger :)

À Montpellier, c’est plus compliqué !  « Chez nous, il y a deux catégories de personnes dans la rue, des personnes en précarité et des marginaux volontaires. Nous maraudons à pied avec de simples caddies de course. La nourriture sert de prétexte pour aller au devant des sans-abris. Beaucoup d’assos distribuent de la nourriture. Les gens ont plus besoin de dialoguer. C’est parfois leur seul contact social. » Sophie raconte la violence particulière des policiers à l’encontre de l’équipe de maraudeurs lors de la dernière sortie. Et pose la question. « Comment marauder dans la légalité ? »

Clermont-Ferrand, en septembre 2013, 360 personnes sont evacuées des hébergements d’urgence car le 115 n’a plus les subventions. Un campement de fortune s’improvise place Jaude ( femmes, enfants, personnes âgées). Nathalie s’enthousiasme: « on a rejoint le campement avec Lilee ma maraudeuse et mon homme afin d’apporter un peu de soutien moral, des produits d’hygiène, aider à bricoler des abris….. Lilee est restée plusieurs jours ! Depuis ces personnes ont été hébergées en hôtel et baladées tout les deux jours. Nous, on leur court après. Nous sommes deux nanas à marauder une fois par mois. Clermont n’est pas Paris, les sdf ne sont pas à même le trottoir ( encore plus invisibles…) : on tourne dans les parcs, devant les squats; on amène fringues et produits d’hygiène, un peu de paperasse, beaucoup de piapia ^^ et plein de sourires ».

 

À Bordeaux, l’antenne se bouge: brocantes et vide-grenier ont rempli les caisses. Une opération organisée par les vendeurs de Décathlon a permis de récolter des polaires. Et L’antenne de Bordeaux a son camion, offert par un concessionnaire ! Manque plus que les bénévoles ! Une si belle ville et tant de misère ? Faites vous connaître amis bordelais ! Les copains de Disco Soupe, une opération spéciale ? Activez vos réseau. La petite antenne de Bordeaux vous attend :)

Dans la bonne ville de Nantes, Isabelle, François et Yolande sont soutenus par la Croix Rouge pour le don de vêtements et s’appuient sur les points de rendez-vous des bus des restos du cœur pour leurs distributions. « Les gens ont besoin de parler, on est là pour ça ». A l’avenir, ils formeront 2 équipes, l’une qui reste près des bus, l’autre qui va reprendre la déambulation en « charriotte ». Et Isabelle de conclure par une citation de Confucius: « Vivre est la plus belle des choses, Il y’a ceux qui se contentent d’exister. Moi je trouve que les gens de la rue vivent et je vis à travers eux ».

Très applaudie, l’antenne de Strasbourg pour son coup de maître. Un local de 10. 000 m2 qui fait rêver le président ! Offert en bail précaire par un brasseur de Schiltigheim. Mise en place en 2013, elle a connu un certain temps de démarrage. Aujourd’hui, ce sont déjà 3 500 repas servis. Chaque semaine, Valérie prépare dans sa cuisine de la soupe bio et des gâteaux maison. Deux boulangers donnent le pain. « Nous maraudons le mardi soir en 3 points fixes », explique-t-elle.« Nous nous sommes rendu compte que la plupart des sans-abris sont autour de la gare. » Dans leur groupe Facebook, 800 personnes les suivent, ramenés par des gens influents. Leurs besoins ? Pas tellement les vêtements, plutôt du matériel de cuisine et de transport pour le chaud. Question à laquelle le président a sa réponse que l’on lira plus bas.

À Toulouse, on fait autrement. Une équipe de jour est lancée à l’automne 2012.  Constituée de femmes, elle agit le vendredi après-midi. Olivier prend la relève le vendredi soir avec 30 bénévoles. « Il y a plus de besoin la nuit ». Ils possèdent un local de 20 m2 et s’appuient sur leurs deniers personnels pour le ravitaillement. Les dons de vêtements affluent. Un groupe à pied prend en charge le centre ville et les marginaux, l’autre en voitures sillonne les camps Roms. Avec 15 membres réguliers. « Les CE sont de bonnes sources de collecte, nous avons de grandes entreprises à Toulouse. Ils ont des budgets dédiés à l’humanitaire ». Pour Noël, ils vont copier sur l’antenne parisienne et distribuer des filets repas de fête. Du pain sur la planche pour les 30 bénévoles actifs de l’antenne de la ville rose. 


En savoir plus

C’est une action immédiate face aux baisses de température. Mais qui fonctionne également les mois d’été, pour la distribution d’eau par exemple (NDLR). « Nous fournissons sur le terrain via des maraudes avec l’aide de nos bénévoles, du matériel de survie pour les SDF: couverture, gants, bonnets écharpes… » ActionFroid a mis en place un circuit court qui va de vos dons reçus à l’achat immédiat de matériel et à une distribution la plus rapide possible.

Comment puis-je aider ? Voici quelques réponses.

Action Froid est une association loi 1901 d’intérêt public. Trop jeune encore pour obtenir les aides de la Banque alimentaire (vous savez, ces collectes organisées dans tous les supermarchés), elle se débrouille avec les moyens du bord. Moyens qui tendent à enfler grâce à la générosité de citoyens lambdas et de grandes sociétés. En tout premier lieu, on peut récolter des vêtements autour de soi (dans ses propres placards, dans son voisinage, dans son entreprise). On peut aussi donner du temps et pour cela se rapprocher d’une antenne locale. On peut aussi faire un don en numéraire et recevoir un quitus fiscal.

Mais tout cela ne suffit pas. Pour remplir ses caddies, Action Froid a développé une politique de proximité avec des supermarchés et des fondations. Des Opérations Microdons sont régulièrement organisées, des collectes alimentaires également. Toujours avec succès. « Un don, un bonbon », c’est la devise Action Froid :). Des opérations faciles à organiser pour des élèves du collège qui n’ont pas le droit de marauder car ils sont mineurs. Une petite mamie ne résistera pas à un jeune homme qui lui dit : « j’ai besoin d’une boîte de sardine pour les gens qui dorment dehors. »

 www.actionfroid.org




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